PRÉFACE. V
tout gouvernement autoritaire commence-t-il par museler la presse, car il n'y a pas de meilleur moyen pour calmer les esprits : aussitôt les têtes se refroidissent, les ventres engraissent, une période de prospérité matérielle se déclare. C'est la nation mise au vert, ne pensant plus, broutant l'herbe. Je ne fais point de politique, je ne dis point que cette nuit grasse ne puisse être suivie de quelque terrible réveil. La vérité n'en est pas moins que la bête humaine, elle aussi, paraît avoir besoin de ces sommeils à plein ventre dans la fraîcheur des prés, de ces heures de pure vie animale où l'on goûte Tunique joie de vivre. Voyez où nous en sommes, après dix-huit ans de tribune et de presse libres : quel dégoût de la politique, quelle fatigue à nous gouverner nousmêmes, quel énervement à connaître et à voir s'aggraver notre mal, minute par minute ! Si nos Assemblées sont impopulaires, c'est qu'on nous occupe trop d'elles, c'est qu'elles font un bruit trop grand pour une trop petite besogne; et si, demain, nous nous jetions aux bras d'un maître, ce serait uniquement par une envie ardente de nous coucher, de souffler la chandelle, de dormir enfin