LES DERNIERS CHEVALIERS
J'aurai pourtant le courage de dire la vérité. Tous les derniers chevaliers sont absolument convaincus, tous moins un, le premier, le lieutenant général, le nommé Dominique Piccoli, qui ne se sert de la Milice de Jésus-Chrit que pour faire ses petites affaires.
Cela l'aide à placer du vin! On vit comme on peut.^
Rosa Bonheur.
Une légende veut que toutes les œuvres de Rosa Bonheur aillent en Amérique. Elle est justifiée par ce fait qu'on ne les voit ni dans les Expositions, ni chez les marchands de tableaux ; mais, comme beaucoup d'autres légendes, elle est absolument démentie par l'histoire, et c'est cette dernière que je vais établir ne varîetiir.
Oui, la plupart des tableaux de la grande artiste sont maintenant achetés par l'Amérique, mais ses petits tableaux seulement, ses toiles de chevalet, je pourrais dire de commerce.
Rosa Bonheur est trop Française, trop reconnaissante à la France, trop désireuse d'y perpétuer sa gloire pour laisser partir au delà des mers ses œuvres importantes. Un étranger ne les aurait pas, même en les couvrant de billets de banque jusqu'à la saiUie du cadre. Celles-
ci sont en France, toutes vendues à un admirateur enthousiaste qui a la générosité de n'en être pas jaloux. Il n'y a pas de galerie plus hospitalière que la sienne. Quiconque va à Nice et aime les arts n'a qu'à se présenter chez M. Gambart, un de nos consuls. Chez lui, trois cents toiles, toutes de prix, chantent à tous les visiteurs la gloire de l'école française.
C'est là que sont les cinq plus grandes œuvres de Rosa Bonheur, les cinq œuvres dont elle est particulièrement fière : trois tableaux, deux cartons. C'est là qu'elle-même va quelquefois les voir, heureuse d'être reçue comme une reine dans son domaine.
Une Famille de lions, tel est le titre du premier tableau. Sur une toile immense, un lion, sa lionne et trois lionceaux, grandeur nature, semblent réellement vivre.
Il ne s'agit pas ici d'animaux faits de chic. C'est dans l'admirable parc qui entoure sa demeure, le château de By, qu'ont habité ses modèles. Le tableau fini, elle a fait cadeau au Jardin des Plantes du père et de la mère, qui lui avaient coûté huit mille francs. Les lionceaux sont encore chez elle en liberté. Il paraît même qu'ils raffolent de leur peintre.
Le deuxième tableau a pour titre : un Cerf clans la forêt de Fontainebleau. Pour donner