ROSA BONHEUR
lutter. Rosa Bonheur dit qu'elle a dépassé l'âge du Salon. Comme l'oiseau qui ne chante que pour lui et pour sa nichée, elle ne veut plus travailler que pour elle et des admirateurs assurés. Il est au moins consolant de penser que l'acquéreur de ces œuvres si importantes n'a pas, lui, de plus grande joie que de les montrer à ceux qu'il croit dignes de les apprécier.
OF New York
Un déjeuner chez M. Glovis Hugues
Une cause absolument étrangère au drame dont W^^ Hugues fut l'héroïne en plein Palais de justice m'amenait, un matin de 1885, chez le député de Marseille. Midi sonnait. M. Clovis Hugues était à table. Il déjeunait en compagnie de ses deux délicieuses filles, Marianne et Mireille, et de ses beaux-parents, M. et M"^^ Royannez.
Dès l'entrée, son visage m'a absolument stupéfié, et si vivement que ce mot est aussitôt venu sur mes lèvres :
— Vous n'êtes pas malade?
— Malade? Non. Mais fatigué, brisé. C'est la réaction qui se produit.
Il était pâle, défait. Il y avait sur son assiette une côtelette entamée.
— Finissez donc de manger...
Il se leva et m'entraîna dans le salon. Il ne voulait pas causer devant les enfants.
— Il paraît que vous retournez à la Chambre?
— Oui, et je dois dire que tous mes collègues, ceux de la droite comme ceux de la gauche, se sont montrés bien bons pour moi. En vérité, je crois que s'il se pouvait que le jury fût composé de tous les députés, il n'y aurait pas une voix contre ma femme.
Je demandai des nouvelles de M^^ Hugues, alors en prison préventive.
— Ah! c'est elle qui m'inquiète. Je suis autorisé à la voir maintenant. Quand c'est moi qui vais à Saint-Lazare, elle fait encore la brave. Elle se contraint pour me donner du courage et pour me consoler de la savoir là. Mais elle n'est pas du tout la même avec ses parents. Hier, elle s'est jetée en pleurant dans les bras de sa mère... Vous comprenez que c'est trop long aussi...
Quand a eu lieu le drame du Palais de Justice, Clovis Hugues se proposait de déposer une interpellation sur le bureau de la Chambre.
— Nous pouvons causer de cela en famille, lui dis-je en me levant. Venez donc achever de déjeuner.
Il fit enlever sa côtelette. On apporta du ma-