PÈLERINAGE POSITIVISTE
conception métaphysique, tout ce qui est surnaturel, et ne reconnaît que les faits matériels et palpables.
— 11 n'y a pas, me dit mon interlocuteur, de gens plus incrédules que nous, mais il n'y en a pas de plus croyants quand les choses nous sont prouvées. Nous nions aujourd'hui, mais nous affirmerons demain, si la science parle. Nos doctrines sont modifiées par chaque nouvelle découverte.
Pour Auguste Comte, l'ère chrétienne a pris fin en 89. Avec la Révolution a commencé une nouvelle ère d'affranchissement. Aussi, date-t-il de 89 son calendrier, — calendrier bizarre où les noms des mois sont remplacés par ceux des grands types: Moïse, Aristote, Shakespeare, etc.
Ainsi, une affiche collée dans le bureau, le 6 décembre 1877, porte cette date : h, Bichat, 89. Le 13 juin 1886 s'appelait le <c 26, saint Paul 98 ».
Saint Paul est très vénéré par les positivistes, qui le considèrent comme le véritable fondateur du christianisme.
Vers dix heures les trente Anglais arrivent. On les introduit dans le salon principal où M. Pierre Laffitte leur souhaite la bienvenue et leur communique les lettres de ceux qui ont été
empêchés de venir. L'une d'elles fait tomber les larmes des yeux de M. Harrison. Elle est d'un proscrit de 1871, à qui il a donné l'hospitalité en Angleterre.
Il est temps de dire qu'à Londres M. Frédéric Harrison, l'un des principaux leaders du Times, est le grand prêtre du positivisme. En France, ce sont surtout des savants et des pauvres qui professent les idées d'Auguste Comte. A Londres, les positivistes, qui se donnent rendez-vous à Newton-Hall, sont très fortunés. Plusieurs d'entre eux, M. Chamberlain, par exemple, ont été ministres. Positiviste également, M. John Morley, secrétaire général de l'Irlande.
En termes très émus, M. Harrison, nommé président de la séance, répond à M. Laffitte. Il s'excuse de ne pas pouvoir assez bien s'exprimer en français et, après s'être félicité d'être dans le berceau d'Auguste Comte, dans le centre de la civilisation, demande à parler à ses compatriotes en leur langue maternelle.
Il explique la doctrine collectiviste et le but du pèlerinage.
Après son discours qui, sténographié, a été immédiatement télégraphié à Londres, on visite dans ses détails la maison du philosophe. Puis