‹ Les memoires de ParisChapitre 47 sur 48 · M. ALGLAVE · texte numérisé non relu

M. ALGLAVE

sur l'abus de l'alcool, une statistique effrayante.

En Suisse, sur cent fous, il y a quarante alcooliques.

Chez nous, la moitié des crimes sont commis par des ivrognes. Que dites-vous de cela, messieurs les chansonniers bachiques? De même, la plupart des jeunes détenus sont fils d'alcooliques.

Mais M. Alglave est un sceptique. 11 signale le mal et critique les remèdes employés jusqu'à ce jour. Il sait bien que, dans certains pays, en Hollande surtout, on a essayé de diminuer le nombre des cabarets. L'effet produit a été contraire aux prévisions. Quand il y a moins de cabarets, il y a encore plus d'ivrognes. On se grise en famille !

M. Alglave n'est pas non plus pour les sociétés de tempérance. Son argumentation même est très juste. Ce ne sont naturellement pas les ivrognes qui entrent dans les sociétés de tempérance. Alors à quoi servent-elles?

Que veut donc l'éminent professeur scientifique à la Faculté de droit de Paris. En sa qualité de légiste, il demande des lois qui contraignent les fabricants à ne nous livrer que de l'alcool de vin.

Vient l'heure des expériences. Il faut reconnaître qu'il n'y a rien de plus convaincant que

la façon dont M. Alglave démontre la différence qu'il y a entre l'alcool de vin et les mauvais alcools. Il prend deux cochons d'Inde nés le même jour et également forts. A chacun d'eux il fait donner même dose d'alcool.

« Voyez, messieurs, celui qui a pris de l'alcool de vin n'est certes pas dans son état naturel. Il €st ivre, mais hilare. Il ne titube même pas. Il ne demande qu'à se promener. Un peu plus, il chanterait. Voyez l'autre. 11 a pris de l'alcool vulgaire. »

Et il saisit la pauvre bête par un pied. Elle est inerte, ivre-morte. Il assure pourtant qu'elle en reviendra, mais on ne le dirait guère. Il la secoue. Il la laisse retomber sur la table. C'est visiblement un cadavre.

Et pas la moindre protestation? Toutefois, le professeur n'est pas tranquille. Il redoute W^^ Huot.

« Mesdames, dit-il, j'ai d'autres expériences, plus pénibles encore, à faire sur des chiens. Mais comme il se pourrait qu'elles choquassent quelques personnes, je ne les ferai qu'après ma conférence. Celles d'entre vous qui croient que ces expériences les impressionneraient seront donc libres de ne pas y assister. »

Aucune ne se retire. On n'ignore point que les femmes, quand elles ne ressemblent pas à

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