‹ Les memoires de ParisChapitre 6 sur 48 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

tout notre soûl, dans le profond silence de la rue. La fièvre de l'information à outrance a donc ce côté mauvais de surexciter le public, de le tenir secoué par l'événement du jour, inquiet de l'événement du lendemain. Les faits prennent dès lors une importance disproportionnée, on vit dans une tension continuelle. C'est, je le disais plus haut, le malade mis heure par heure au courant de sa maladie, écoutant battre son pouls, assistant à la désorganisation de sa machine : il s'exagère les accidents, il meurt de la fièvre qu'il se donne. Tout grand facteur social a ainsi son danger, la part du sang qu'il sème sur la route; car, il ne faut pas s'y tromper, la presse est en train de refaire les nations, elle repétrit le monde. Où nous mène-t-elle?Qui saurait le dire? A plus d'instruction sans doute, à plus d'unité aussi. Aujourd'hui, il semble que commencer à savoir est une chose fâcheuse, simplement bonne à troubler les nuits; demain, quand on saura davantage, peut-être en tirera-t-on du bonheur. Et puis, quoi? l'évolution nous emporte, l'histoire parfois jette des générations dans le fossé pour que l'humanité passe.

PRÉFACE. vi(

Ce qu'il faut dire aussi, dans cette couise folle à l'information, cette rage que les journaux ont de se devancer l'un l'autre, c'est que la besogne ne vaut que par l'ouvrier. Que de bêtises et de mensonges lancés à la pelle dans la circulation! Qu'importent la logique et la vérité, pourvu que le numéro du matin ait sa nouvelle à sensation ! Les reporters contrôlent à peine, sont les derniers à croire ce qu'ils écrivent- Ils se moquent du blanc et du noir, leur unique souci est d'apporter leur copie et de toucher leur mois. C'est cette indilTérence qui gâte la besogne, peu d'entre eux aiment leur métier; et de là, viennent sûrement la banalité et la confusion dont la presse déborde. On sent des employés pressés de quitter le bureau, bâclant le travail, n'y mettant rien de leur tendresse ni de leur foi.

Vous, mon cher confrère, vous êtes un croyant. J'ai lu votre livre, et il respire tout au moins la conscience, l'amour du document que vous allez chercher, le désir de le transcrire avec la sensation même qu'il a produite en vous. Il y a là beaucoup de naïveté, et c'est un grand éloge que je vous fais, car je ne prise rien tant que la vé-

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