scène ! J'étouffais de ne pouvoir rire à mon aise
Et des deux mains, elle lit revenir en place le mollet fugitif qui lui modela un semblant de jambe.
— Et dire que j'en porte toujours! ajoute-t-elle, ce qui n'empêche pas qu'on blague mes pauvres flûtes !... Qu'est-ce que ça serait sans mes postiche^!...
A ce moment encore, Sarah parlait volontiers de sa maigreur. Ses études artistiques, dont nous avons parlé plus haut, n'avaient pas encore développé chez elle le sens de la beauté plastique. Ainsi, dans son appartement de la rue d'Italie, les habitués avaient leurs entrées libres dans son cabinet de toilette et la surprenaient dans tous les) costumes, ou sans costume, sans que sa coquetterie s'effarouchât. Elle avait l'orgueil d'être prise telle qu'elle était, et, dans son mépris jaloux pour les autres femmes, elle airectait un grand dédain pour le mystère dont ellos entouraient leur toilette. Puis, pour tout dire, en sa parfaite vanité, elle se croyait, môme physiquement, un être incomparablement parfait, indéniablement supérieur.
Au théâtre, sa loge demeurait constamment ouverte, et tous, jusqu'au pompier de service, pouvaient la voir taire sa tête, et même, avec une naïve impudeur, vaquer à de plus intimes occupations. Ses postiches ? maiâ c'était une concession aux goûts orlen-
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taux du vuigaire. Elle était très bien comme elle était. Seulement, pour faire comme tout le monde, " '^ile s'arrondissait »!
;:est ainsi que, s'habillant devant les hôtes de sa ménngcrie, elle empruntait à chacun son mouchoir pour emplir les goussets de son corset et soulever sa pauvre gorge, ou plutôt pour combler le pli de la chair soulignant ses apparences de seins. Toujours devant ses familiers, elle emplissait ensuite d'une serviette ployée en quatre le creux laissé par le corset entre les deux épaules, et comblait incessamment quelque trou, ou gonflait quelque chose.
Plus tard, — on le verra par la suite de ces J/emoire^, — notre héro'ine acquit enfin la connaissance de la beauté plastique et eut conscience de ses imperfections. Elle comprit cette science spéciale qui pousse la femme à mettre en relief les beautés et à amoindrir ou à dissimuler les défectuosités de ses formes. Dès lors, on ne la vit plus courir demi-nue, dev.mt tout le monde, par ses appartements ou à travers sa loge, et son cabinet de toilette devint un inviolable sanctuaire.
L'amour, d'après un poète trop accessible aux illusions, reGt, paraît-il, une virginité à xMarion Delorme : l'art et la coquetterie vraie, eux, refirent à Sarah Barnum une pudeur.
vu
DE iî'ixNFLUENGE DU SUCCÈS SUR LES SOCIÉTÉS