‹ Les mémoires de Sarah Barnum. Avec une préfChapitre 17 sur 20 · DE LA RÉCLAME, ENCORE DE LA RECLAME TOUJOURS DE LA RÉCLAME I · texte numérisé non relu

DE LA RÉCLAME, ENCORE DE LA RECLAME TOUJOURS DE LA RÉCLAME I

A moins de consacrer plusieurs volumes à ces Mémoires, comment ne pas oublier, çh et là, en dérive, comme disent les matelots, des personnages épîsodiques qui nous avaient arrêtée dans les premiers chapitres?

De ceux qui n'ont rien de sympathique, nous n'avons cure et nous ne regrettons pas la rapidité du récit qui nous contraint à les laisser brusquement en roule, mais il en est un — celui de la petite Reines que nous nous reprochons d'avoir paru négliger

Car il nous est sympathique, celui-là, reposant surtout, et sa grâce malheureuse nous attire. Il mélo

rlleraiî sa pièce à lui tout seul, son roman particulier dont il serait le héros mélancolique et tendre.

Héros attristant, hélas! et qui le long des actes ou des chapitres promènerait la môme misère, le môme deuil !

Aussi, pouvons-nous, en deux mots, retracer sa vie depuis l'époque où nous l'avons vu demander îi la mort le secret de ne plus souffrir.

Petite Reine avait grandi, embelli, s'était faite femme, mais avait continué son existence de victime. La jalousie de sa sœur, en lui enlevant O'Konil, la condamna. La jeune iîlle connut encore, pour avoir fui sa sœur marâtre, les sombres heures de désespoir qui lui avaient inspiré le désir du suicide, lors de sa première tentative d'indépendance.

Pour vivre, elle descendit, descendit encore. Ce fut navrant...

La pauvre petite subit toutes les conséquences de sa vie déplorable. Toutes, toutes, toutes. La dernière et la pire, ce fut sa liaison avec un inconnu que les beaux cheveux de Reine avaient enthousiasmé un soir de bal h l'Opéra. Elle accepta d'aller souper avec lui, et quand eUe le quitta, elle avait en poche un pou d'or — de quoi vivre quelques jours.

Peu après, elle se sentit malade. Un médecin vint la voir, mais, quand il l'eut examinée, il prononça

diagnostic si épouvantable, qu'elle tomba ti la

; verse et s'évanouit.

>onî ce n'était pas possible I Elle ne voulait pas ire...

i /atroce conviction dut se faire en elle. Le mal, le hideux mal, s'était abattu sur sa jeune chair. Sa prostration devant l'évidence fut telle, qu'elle ne songea pas à mourir, ou qu'elle n'en eut pas la force. Elle se soigna machinalement, parce qu'on le lui ordonnait.

''Ile guérit — autant qu'on peut guérir. Mais le ri;ip était porté. Moralement, elle était brisée; morte était sa jeunesse, morte sa bonté tendre de jadis. Une vieillesse avait fondu sur elle , laissant son front sans rides, mais, broyant son cœur. Physiquement, elle restait minée par une consomption étrange. Son faible organisme n'avai pu résister à l'énergie du traitement, et son corps anémié s'était arrêté dans son développement. Elle toussa tout l'hiver. Au printemps , des taches rouges marbrèrent ses joues, et, dès lors, la phtisie galopa.

Inconsciente d'abord de son nouvel état, elle dut b. Lanat,le marchand d'alcools, de ne point retomber à son ancienne existence. L'ex-député fit U cour à la jeune fille, comme il l'avait faite aux deux aînées. Mai» celle-ci lui parut si différente des autres, que

réellemenl il l'aima après l'avoir plainte seulement.

Il rêva de la guérir, lui fit passer l'été aux Eaux- Bonnes, l'hiver à Pau. A peine enraya- t-il la marche de la maladie.

Quand, revenue à Paris, Reine dut s'aliter tout à fait, quand la gravité de sa situation fut connue de tous, Sarah la prit chez elle, rue d'Italie. On complimenta fort la tragédienne sur son bon cœur.

En ce temps-là, la Barniim h court do moyens de réclame, avait inventé toutes sortes de choses aussi macabres que baroques, devant lesquelles se pâmaient les naïfs. Dans rateîier de Malhias Moulin, elle avait pris le goût des têtes de mort, et avait battu tous les environs de l'École de médecine pour s'en procurer une douzaine dont elle orna sa chambre. Mise en goût par cet étalage qui donnait à la pièce un faux air de cimetière, elle imagina de se faire offrir, par son ami Terrier, un cercueil en ébène et argent dont rintéricur était capitonné de satin. Le cercueil fit pendant au lit.

La première fois qu'elle s'y coucha, les visiteurs non prévenus s'arrêtèrent sur le seuil, pris d'épouvante. L'actrice avait allumé des cierges, passé une robe blanclie et plus pâle que jamais, sa tôle soiiiblait livide urles coussins de satin blanc. Elle de-

DE LA FxECLAME. ENCORE...

meurait immobile s'amusanl en dedans de 1; priso eiïrayée de ses amis et paraissait vraiment

:»rte. A la fin, n'y tenant plus, elle ressuscita comme Lazare, mais pour éclater de rire.

Par la suite, elle exigea de ses intimes qu'ils lui tinssent compagnie dans l'étroite boîte. D'aucuns hésitaient, ce funèbre appareil tuant leurs désirs.

— Alors vous ne m'aimez plus ! déclarait-elle.

Et les plus vaillants s'exécutaient. Toutefois, cette

lise eu scène ne réussit pas plus h Sarah que ses anciens modes d'aimer •■ elle demeura froide à l'égal des planches de son meuble excentrique.

Or, ce fut dans cette chambre, à côté de la bière,

i milieu des tètes de mort, qu'elle installa la ma- 1 de. Elle lui avait cédô son lit, et lorsqu'elle ne découchait pas, elle passait la nuit dans son cer-

rlîdl.

La pauvre poitrinaire, h considérer ce lugubre mobilier, souffrit un martyre véritable. Des cau-

:îmars horribles hantèrent ses courts et rares sommeils. Il fallut la veiller. Seule, elle mourait de peur et tremblait presque autant quand sa sœur restant là, s'introduisait dans sa bière.

bientôt il fut certain que petite Reine était perdue.

*-^ Vous feriez bien d'enlever votre coffre, dit un

iô.

malin le docteur à Sarah qui l'accompagnait, il est prématuré... Mademoiselle votre sœur n'en aura pas besoin avant quelques jours !...

Le « coffre » et les ossements disparurent. Reine eut l'intuition de ce que leur enlèvement signifiait. Elle ne pleura pas, mais elle se révolta, prise d'une rage de vivre, se cramponnant à l'existence, étreignant ses jours à présent comptés, avec la poignante énergie d'un être qui se noie et s'agrippe atout.

L'épouvantable lutte! Elle s'éternisa, douloureusement poignante. Gomme elle se débattit, furieuse et demi-folle ! Mourir à dix-huit ans !... Elle hurlait à cette idée et se soulevait, hagarde sur son lit, tantôt pour une prière que rien n'entendait, tantôt pour une malédiction contre le sort infâme, injuste et lâche !... Mourir !... mourir !... Mais elle ne le pouvait pas ! Elle l'avait souhaité jadis, dans une heure de farouche désespérance; mais elle était une enfant alors! Elle ne sentait que la douleur de ses genoux meurtris par la première chute ! Elle ne se rappelait dans le passé et ne voyait autour d'elle que souffrances ! Mais à présent, elle était femme ! Malgré la souillure du mal, elle l'était encore, et son song bouillonnait. Elle aimait Lanat d'abord. Elle avait dans SCS Isras trouvé un consolant bonheur! Sa chair, à elle, n'élail pas insensible, et, comme hypereslhé-

siée, par l'instinctif pressentiment de la fin prochaine, elle criait : Amour !

Certaines fois, quand Lanat arrivait, l'enfant avait des crises singulières. Une sorte de nymphomanie passagère galvanisait son corps amaigri. Et c'étaient '* pouvantables scènes, .'épuisement survenu, la mourante songeait, l'œil ayant. Elle repassait sa vie torturée, revivait son ienne misère. Puis, elle se rendait compte de la naissance de son mal, se rappelait l'Opéra, sa maladie, tout rinavouablc passé. Alors, une colère soulevait ses pauvres membres grêles. Elle griffait Lanat, allait de la jalousie à la haine, ou s'abîmait dans des imprécations contre les hommes.

Et toujours ga plainte adreuse revenait :

— C'est de cela que je meurs I...

Un jour, brisée de sanglots, elle ne put l'achever et retomba sur ses coussins...

Petits P.^iiie était morte : Gendrillon ne souffrirait plus...

Le eeieiMll â'ébène et d'argent, capitonné de satin blanc, ne Mnril pas pour elle : Il coûtait trop cher.

Une bière de chêne, la bière ordinaire des gens ni

les ni pauvres, reçut l'enfant sur son lit de sciure

lie bois, mais même sur l'oreiller de satin blanc, la

mignonne n'eût pas été plus jolie. La mort j 'avait guéiie qui, maintenant, baignait sa lêle d'une sérénité douce, d'une grâce infinie. Reine avait son air d'autrefois, son air candide de vierge. Elle semblait dormir, enfin consolée. é

Sarah porîa allègrement son deuil.

Les bonnes âmes qui dans le roman veulent voir dépeints des lauréats au prix Montyon et non des êtres pareils à ceux que nous coudoyons chaque Jour, vont, à coup sûr, crier à l'invraisemblance et nous taxer d'odieuse exagération. N'importe : la Barnum, que nous voulons photographier en ces pages, n'était ni un ange, ni un démon. Produit d'un milieu spécial, elle était organisée d'une façon aussi complexe que tout le monde, un peu plus m;;] (;;,[e tout le monde, si l'on veut, mais comme toute, elle était ce qu'elle devait être, étant donnés les influences subies, l'originelle prédisposition, l'égoïsme instinctif et toutes les causes extérieures qui avaient influé sur son état physique et physiologique, pour parler comme les Revues graves, pour parler comme Paul Bourget.

Chaque homme, d'après Alphonse Karr; a trois caraclères :

Celui qu'il a;

1)K LA UKCLAMi:, KNCORlî...

Celui qu'il croit avoir ;

CeÎLi qu'il veut avoir ou qu'il feint d'avoir.

Noire héroïne, elle, possédait — niômc à ce compte

— cinq ou six caractères. Nous pourrions doubler le TilTre, si Sarah, femme d'analyse et de sang-froid,

'i propre comme au figuré, s'était jamais illusion- \.î sur sa valeur morale. Ce qu'elle était réellcent, elle en avait la claire conscience, mais ce •relie voulait paraître, n'était pas chose fixe, aussi rôcisément délimitée.

Son caractère d'emprunt n'avait, en effet, rien

d'inuîiuable. Il variait suivant les lieux et les té-

, oins, n'était pas àl'd ville ce qu'il était au théâtre, modelait sur les circonstances, ainsi que sur s -eus.

Donc, pour clore cette parenthèse que son incohé- •nce ne rend pas indigne d'un écrivain tirant à la ;ne,cl que d'aucuns — pardonnes d'avance — trou-

\eront inutile, l'actrice, à la mort de sa sœur, affecta

Il douleur la plus vive.

Quand sa glande lacrymale fut tarie, elle songea

— toujours le troisième caractère ! — à tirer parti de la situation. Et, comédienne incomparable, elle y réussit sans efforts.

De 11 réclame, toujours de la réclame, et encore de la réclame ! telle eût dû être sa devise.

Paiis fut inondé de lettres de faire part; les jou^ naux, bons enfants comme toujours, insérèrent toutes les notes que Sarah envoya, tous les articles qu'elle demanda : l'enterrement fut superbe.

Phèdre y retrouva des larmes. Le vieux Perrinet en la voyant verser les pleurs à ruisseaux et au point d'en déraidir son voile de crêpe, s'écria :

— Décidément 1 elle est très forte I

Et il s'attendrit, pardonnant du coup à cette « roublardise », dont le côté théâtral l'émerveillait. De fait, jamais une de ses pensionnaires n'avait eu les accents pathétiques, l'expre. sive mimique que la Barnum trouva, postée à la porte du Pere-Lachaise, pour remercier ses amib du « témoignage de sympathie... », « de la preuve de dévouement... » qu'ils lui avaient donnés « en cette douloureuse circonstance ».

Le Tout-Paris était là : critiques, hommes du monde, écrivains, camarades, etc., etc..

Sarah en profita pour renouveler des connaissances, et distribuer des poignées de main « de rapport».

— Ce n'est pas un enterrement, s'écria un chroniqueur, c'est une première... dernière I

— Oui, riposta un autre, et, qui mieux est, une

représentation sans droits d'auteur, ni drcit des pauvres !

Du reste, les deux médisants ne furent pas en retard pour encenser l'étoile dans leurs comptes rendus. Sarah eut une réclame monstre, huit jours durant. Elle eût ente tout Israël pour en tirer pareil bénéfice I

juant aux susdits droits d'auteur et des pauvres, ih furent tout de même perçus. La pauvre petite Reine n'avait plus besoin que de fleurs. Elle les obtint, et Sarah séchant ses paupières sut si bien décompter et redécompter les frais à elle occasionnés par les obsèques de sa sœur qu'elle les fit successivement payer aux divers hôtes de sa nouvelle Ménagerie!

Sur Ce, iLwcrcous protester les apôtres du « bleu dans les arts » et des tempéraments sympathiques dans le roman. Nous faisons notre héroïne, ainsi qu'il nous plaît, et sur des documents humainsy comme disent les romanciers à la mode. Libre au l-cteur de crier à l'antinaturel ou de s'imaginer que is pourlraicturons un monstre.

Les monstres ne vivent pas — à moins que ce ne soil vivre que de nager dans des bocaux d'alcool — et l'on aurait tort de voir en notre « modèle », une

simple fille de marbre, — type usé, — une g:ouge, un vampire, une buveuse d'or.

Dusi>ons-îious passer comme l'auteur de <■ Chariot s'amu^i: ..)), notre préfacier, pour choisir nos sujets de roman dans les cliniques, nous devons avouer qu'à nos yeui Sarah relève plutôt de l'observation médicale, qu^5 de l'étude uniquement philosophique.

La Barnum être la classique soutireuse d'argent? Oh! que nonni! Gâcheuse, oui, — mais gâcheuse égoïste, — rien de plus. Gomme on le verra, d'ailleurs, par la suite, notre héroïne n'eut quelque argent à elle que le jour où son talent, et surtout la réclame le lui procurèrent. Le théâtre suppléa à l'alcôve. Et si cela ne fait que médiocrement honneur à la pseudo-femme qu'elle était, ce n'est pas un médiocre éloge à l'adresse de l'artiste, — et de ses agents de publicité.

Sarah, c'était l'originalité typique résumant une époque, un théâtre, une école. Elle n'était ni cela, ni ceci. Détraquée tout simplement.

Avant elle, on traitait la névrose à l'hôpital, mais elle vint, et jeta à la fois médecins et bromure de potassium par les fenêtres d'où, Don Juan femelle, elle raccrochait les naïfs. Elle fut névrosée et en tira un merveilleux parti. Seulement, sa névrose, par cela même que la névrosée avait les sens abolii?, n'eut

jamais rien d'effrayant, rien de tragique. 4 la Salpôlrière, si l'actrice, autrement élevée et dirigée, eût suivi la logique de son mal inné, à la Salpêtrièrc, la Barnum n'aurait jamais eu besoin de douches et n'aurait jamais passé par la camisole de force. Elle aurait amusé les internes, distrait les infirmières, séduit tout son monde et la morphine seule l'aurait abêtie.

Dans la vie, elle usa du dérèglement de son innervation, comme elle usa de tout, des hommes et des circonstances, en fille avisée, un peu à la façon de ces savants qui, ne voulant pas voir se perdre une seule force naturelle, utilisent les marées, en attendant qu'ils puissent employer comme moteurs les fleuves de lave du Vésuve î

Notre héroïne, ce fut le nervosisme, triomphant, exalté, soufflant sur Paris sa griserie malsaine.

Mais elle, tout en se servant de son tempérament comme un jongleur, comme un fakir à extases, elle garda sa froideur d'idole, et ne porta jamais à la scène la folie passionnée de ses nerfs. En d'autres termes, son cerveau seul s'emballa : le cœur conserva ses battements réguliers et rythmiques.

Mus.-îet disait à la Malibran morte :

... Quelques bouquets de fleurs te rendaient-ils si vaine, Pour venir nous verser de vrais ple.jrs sur la scène,

Lorsque tant d'histrions et d'artistes fameux, Couronnés miile fois, n'en ont pas dans les yeux?.

Au lieu de ce délire,

Que ne l'occupais-tu de bien porter la lyref La Pasta fait ainsi: que ne l'imitais-tu?.,.

On n'écrivit pas cela de la Barniim. Son pouls, comme celui de la Pasta, n'eut jamais une pulsation de plus qu'à l'ordinaire, jouât-elle Phèdre ou iVarguerite Gautier. Ses rôles ne l'écrasèrent point. Jamais elle ne râla, le rideau tombé. Comédienne devenue tragédienne de par les hasards de la scène, de par l'engouement de la foule, de par son détraquement, elle n'eut que du talent et n'eut point de flamme. Elle apprit à mourir en scène et mourut, merveilleusement, chaque soir, pendant des années. Mais sa mort resta la reproduction d'une scène d'hôpital, et, si elle fit frissonner une salie, ce fut du frisson que donne une expérience physiologique.

Elle prit les gens par les nerfs, — et ce fut son originalité, tout le monde, avant elle, ayant travaillé, qui la tête, qui le cœur, qui les sens du public. Elle trouva le talon d'Achille de la foule, le coin vierge, et y mordit ^ belles dents, s'y cramponnant, tant et si bien que le mordu s'habitua à ses crocs, n'en voulut plus d'autres.

L'artificiel était son lot. Elle fut adorablément

artificielle. Quiconque fréquenta chez elle fut conquis. En sortant de son salon, on trouvait naturelles les femmes de Grévln, on croyait vraie la vie peinte par des Parnassiens contemplant leur nombril, on jurait avoir coudoyé les poupées déshabillées par les

manciers façon Gyp.

Car, étant insensible et se sachant incapable de

luire un seul être, elle n'avait rien à faire qu'à

luire tout le monde, qu'à faire moralement siens 4is ses hôtes qu'elle les admît ou non à son intimité. Gharmeresse, elle prit chaque être qui rapprocha. Ses sourires lui valurent l'impunité, et ses ennemis ne furent ses adversaires, que d'intermittente façon, se consolant des mauvais tours qu'elle leur jouait, en la trouvant plus que jamais exquise, du jour où ils avaient senti ses griffes.

De ses yeux étranges, elle promena, avec une royale largesse et sur une universalité, son étrange puissance de séduction qui mettait à ses pieds une armée de fidèles, sans pouvoir coucher devant son autel un adorateur isolé. C'est qu'elles n'étaient pas nées chez Sarah cette puissance féline, cette capti»

!ite souplesse. Elles constituaient de l'acquis, une lurce, artificielle comme le reste, que ia femme dînait à l'expérience. Ne pouvant conquérir un

iime, dîe voulut, nous le répétons, les conquérir

ton?, à la façon de ces Européens naturalisés Orien- ;.;iix qui, las de chercher un unique amour, se créent un sérail et gouvernent un peuple de £ jltane^, eux, que n'a point aimés la plus aimante de leurs libres maîtresses de jadis. Le charme de la Barnura fat un charme raisonné, un charme de calcul, un parti pris.

Et ce qui la rendit forte, c'est qu'elle ne dédaigna rion, ni personne. Elle eût fait un grand politique. Elle aurait inspiré des fanatismes comme Bonaparte, des dévouements comme une Marie-Thérèse, car, plus experte que le Yieux de la Montagne, elle distribua son haschisch è tous et à toutes, également adorée de son habilleuse et de l'ambassadeur en vue, du commissionnaire du coin et du comédien jouant avec elle... Par malheur, sachant attirer, elle ne sut pas retenir. Ses violences, ses lubies, ses caprices fantasques , ses méchancetés à froid éteignaient tous les fanatismes, tous les dévouements. Ceux-ci renaissaient ou étaient remplacés grâce à son charme, mais son intérieur ne fut jamais une maison : ce lut un passage.

Sur ce portrait, reprenons notre récit.

Reine t^t morte. Sarah s'est fait construire un liôLcl. Elle s'y installe.

Installation difficile. Elle eut un cri d'elîroi en

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pénétrant dans les vastes pièces vicies et nres. Comment meubler tout cela? Désespérer n'éta'î pas son fait, et son ingéniosité avait eu d'autres dlfùcultés à ancre. Peu à peu, les cadeaux aidant aux achats, le ouveau logis devint habitable. Les bibelots lUièrent et l'artiste qui, d'abord, avait paru maigrie ::core dans la tristesse des pièces désertes, se con- •tîonna le fond repoussoir qui lui seyait. Ce n'était pas pour rien qu'elle était devenue -^nintre et sculpteur, ce n'était pas pour rien qu'elle clait créé une cour d'artistes.

• Lérin après Dargent fut le roi de la susdite cour. Il n'était qu'un ami, mais, un jour, il eut la velléité : • se marier, et Sarah, jalouse de tout et de toutes, ;l le caprice d'empêcher son mariage, — un moyen imme un autre d'étaler sa puissance. Lérin fut initié aux voluptés du cercueil à deux.

Pour se consoler de son mariage romp^i, il peignit le plafond de la chambre h coucher de sa maîtresse. Il releva la banalité du sujet choisi par la propriétaire : Un lever d'aurore, en modernisant ses personnages, en les faisant ressemblants surtout. Sarah fut représentée sous les traits de la susdite Aurore, •i bien que les gens à scrupules qui sortaient de •on IK. purent, en considérant le plafond, se croire vertueux au possible.

Un des premiers admis à cette contemplation ne put dissimuler, cependant, un sourire.

— C'est vous, dit-il, c'est bien vous,..

Et l'Aurore répondit, en se levant pour de bon :

— Oui, c'est moi, mais... un peu soutenue I

Le plafond, les façons à la Mécène de la dame, l'aménagement de l'hôtel furent, comme on pense, de nouveaux et d'excellents moyens de réclame. Sarah était d'ailleurs malade, quand la presse restait un jour sans parler d'elle. La vie ne lui fournissait pas assez de chiens dont elle pût couper la queue. Elle en fabriquait.

Son existence se passait sur un tremplin, et, douée de trop de mémoire, elle se rappelait saii3 cesse le mot de du Ghesnel : « Qu'on lise ton nom constamment;.. La réputation, vois-tu, ressemble au chocolat... etc. »

Quelle chocolaiière que la Barnum!...

Pour tout dire, elle se rattrapait avec habile le de ses frais de publicité. Ses listes de souscription n'étaient jamais closes et chacun devait s'y inscrire, e

Les petits ruisseaux font les grandes rivières, disait rariiste, et tout arrivant était mis (i contribution. La commandite obligatoire. Par malheur, on ne sait quel sol spongieux buvait la rivière.

Ce mode d opérer n'était pas neuf chez notre héroïne; nous l'avons vue le mettant en pratique dans les chapitres précédents. Mais, à vrai dire, son côté comique se transformait parfois et tombait dans l'odieux.

C'est ainsi que jadis, au Parthénon, elle avait igné à blanc un de ses camarades, Berron fils. Il matin, il arrive au sortir du théâtre où il avait uché quelque vingt-cinq louis, ses appointements du mois. Attendu chez lui par sa nombreuse faluille dont cet argent constituait l'unique ressource, 11 entrait en courant chez son amie, mais elle le retient, larmoie, se désole, se dit à la veille d'une héance suprême qui, non payée, va déterminer une saisie. Elle ensorcelle le comédien qui lui abandonna son gain misérable. Et le malheureux dont les enfants allaient jeûner n'était pas à la porte que la poupée s'esclaffait :

— Hein l chacun son obole I Ils y passent tous I Propriétaire d'un hôtel, la comédienne loin de renoncer à son système « d'y faire passer » tout le inonde, le perfectionna.

Comme toujours, au surplus, elle en tira d'illusoires rroflts. Constamment gênée, elle devait à^son gâchage insouciant, à sa paresse pour le moindre calcul — - ce côté anormal de son caractère — d'être

200 LES MEMOIRES DE SARAIl BARNUM

à tous bouts de champs réduite aux expédients. Cependant, jamais femme ne fut moins généreuse qu'elle.

De nouveau, elle eut recours aux matrones expertes qui sont la Providence des malheureuss à court d'argent. Mais sa jeune célébrité, sa situation au théâtre Corneille lui imposant des ménagements, elle eut d'inédits procédés pour trouver et recevoir de passagers amis.

L'un de ces procédés fut la mise en vente d'une de ses dernières œuvres, statuette représentant La Folie.

Sur le discret avis d'une des matrones sus-désignées, les amateurs d'art se rendaient chez le sculpteur enjuponné, examinaient, et faisaient leur prix...

La Folie fut vendue de la sorte, on n'a jamais su combien de fois. Le dernier acquéreur, dont nous ayons retrouvé la trace, avait dû surenchérir, car il resta fort longtemps dans l'atelier de l'artiste. Or, la Barnum très frileuse entretenait dans cet atelier un véritable feu de forge. Le dilettante en sortant trouva l'avenue Monceau atrocement froide et, rentré chez lui, se mil au lit. Une fluxion de poitrine l'y maintint de longs mois. La guérison venue, il oiit Fimpolites^e d'envoyer demander la statuette, comptant

DE LA RÉCLAME, ENCORE... 'Z^l

l'ofîririi l'Esculape aux bons soins duquel il (îovait ' vivre encore. On la lui refusa naUirellemont. ; lis combien les convalescents sont naïfs ! En ce temps-là, notre Barnum, pour se reposer de 5 travaux esthétiques, lit de nombreuses ascennsen ballon captif. Il ne suffisait pas, loalefois, à Ite amie du cumul, d'être comédienne, sculpteur,

^,uintre et aéronaute. La littérature la tenta, comme

étant encore le meilleur mode de réclame, et ce .rent justement ses voyages aériens qui lui fournirent l'occasion de teinter ses bas d'azur — sans

'^nlembour.

Redescendue à terre, elle publia : Les impre3slons m Perchoir. L'Académie sans goût et toute à la

dévotion du parti des ducs oublia de couronner

l'œuvre nouvelle.

L'Institut a ainsi, de tout tempS;, témoigné de son

mépris pour les gens de théâtre. Sarah se consola en lisant la vie de Molière.

?ar malheur, le parti des ducs soudoya également - libraires, qui du Perchoir firent des rossignols. i^eul-être trouverait-on, dans ce fait, l'explication

de la nervosité, croissante alors, de notre héroïne.

Elle en toir^ja à la réclame à la inaladie. Le théâtre

Corneille en pâlit, ainsi que le public. A chaque semaine, c'étaient des changements de

202 LES MÉxMOlRES DE SARAH BARNUM

spectacle, voir des relâcbes. La comédienne avertissait la direction à la dernière heure ; à peine avait-on le temps de coller une bande sur les affiches. Et pas moyen de lui en vouloir, pas moyen de douter! N'avait-elle pas à tout moment, lorsqu'elle se contraignait à jouer, des vomissements de sang dont s'effrayaient les plus sceptiques de ses camarades ?

Et une légende se forma. Sarah poitrinaire devint plus intéressante que jamais. Des romances la pleurèrent, avec des larmes discrètes mais bémolisées. La Société des muses Santones — association des poètes de la Saintonge ! —publia sur la grande artiste des vers où, sans la nommer, on déplorait le mal fatal qui rongeait ses chers poumons. Des pharmaciens la harcelèrent.

C'était à la veille de son départ pour Londres, où la troupe du théâtre Corneille, profitant des vacances occasionnées par les réparations faites à sa salie, allait donner une série de représentations.

A Londres, la Barnum jeta son dévolu sur le prince d'Irlande. Mais de quelle façon conquérir ce royal amant? Elle ne l'approchait pas assez pour pouvoir disposer ses batteries. Alors, toujours ingénieuse, elle s'attaqua h l'aide de camp du prince. L'otïîcier capitula au premier engagement et se servant de lui

lo arriva au maître qui amena son pavillon presque ;ssi \ilc que son subordonné.

L'orgueil do la Barnuni ne connut plus de bornes, pendant sa joie triomphale ne fut pas sans méigcs. Il courait en elTet sur le compto du prince (l'ôlrangcs et d'horribles histoires. Ce terrible noceur était, disait-on, la victime de ses excès anciens, et SCS hommages étaient dangereux. Malgré sa ûnte, malgré le souvenir de Reine, la coménne n'hésita pas : un lit princier vaut bien qu'on listjiio pour lui quelque chose. Et Sarah risqua sa santé, î'amour-prûpre étouffant ses frissons de peur. rgueil a de tels héroïsmes.

Sa bravoure fut récompensée. La téméraire put continuer à croire que la cause prétendue de la mort do Trançois P"" était une invention d'un docteur à .:ations gratuites. Toute la Cour, à la suite du nce calomnié, vint manifester devant elle, à une lie de charité dont elle fut la reine très glorieuse. :i ne fallait rien moins, à la veille de son départ Londres, qu'un pareil succès, pour la consoler de in^ au théâtre. Elle avait, on effet, passé ina- ('l s'en désespérait, prise d'ane rage jalouse .. •.... i'éclataiit triomphe de Sophia Cro!£2t qui, :is l'Oracle et la Duchesse de Trois i)rd?us, avait ihousiasmé tout Londres. Gomment attirer i'aUeu-

tîon sur elle? comment se faire remarquei^de la foule ? La Bariium rêva un coup de tôle et rexéciita.

Elle devait créer un petit acte, écrit pour elle et pour les spectateurs anglais, dans lequel elle jouait. un travesti. Au dernier moment, elle rendit son rôle. Grand émoi et scandale. Un bon « coup de réclame » enfin. Cependant on insiste, on parlemente avec la rebelle, on la prie de céder. Elle refuse et déclare qu'elle aime mieux quitter le théâtre. Sur quoi, les journaux de Paris, s'emporant de l'incideni et la chose faisant du bruit, Sarah écrit de Londres, au Barbier, qu'elle démissionne.

A son retour en France, ses amis s'interposent. Elle ne va pas faire folie pareille I Ils ne lui la laisseront certainement pas commettre ! Et l'un d'eux, lié avec M. Perrinet, tente une démarclie au p ici du directeur. L'autocrate alors mande la boudeur a qui, s'amusant fort, à part elle, se félicite du succès de son « truc ».

— Allons, mauvaise tête, soyons raisonnable. Jo vais réunir le comité et vous faire nommer sociciairo à part entière !

La B-inum fut effectivement nommée sociétaire à part entière.

Elle daigna retirer sa démission.

Elle reprit sa vie, sa commandite, ses multiples

travaux. Son hôtel, à présent, était très fréquenté, ses dîners très suivis.

Elle y trônait. Chaque repas était une nouvelle exaltation de son égoïsme autoritaire et de son mépris pour autrui.

Elle avait « sa chaise », sa chaise à elle, sorte de siège curule sacro-saint, réservé à son seul croissant. Elle avait « son verre », «son vin », « son cognac » différents de ceux des convives et mis à part pour son usage spécial.

« Son cognac » surtout, car la comédienne commençait à vouer un culte à la fine Champagne. Volontiers, elle faisait succéder les petits verres aux petits verres, riant à sentir une chaleur lui monter aux joues et égayer tout son être.

Le siège de Paris avait répandu la mode des cures à l'alcool et la Barnum arrivant par instants, à force de le répéter, à se croire phtisique, adoptait décidément ce traitement.

Or, une chose gâtait sa joie. Son atelier, ses salons recevaient moins de gens célèbres que de gens aspirant à le devenir. Quant à ses intimes, pour bien composé que fût leur bataillon, « ça manquait d'hommes du monde », du vrai monde, du grand. Une ambition nouvelle l'empoigna : conquérir une illustration mondaine, l'atteler à son char.

Elle y parvint ; voici comment :

Un soir, une de ses camarades arrive clioz elle, pour affaires. Une représentation h bcnôrice. La visiteuse est accompagnée du baron Kapnicki, le premier secrétaire de l'ambassade de Pologne. Sarali promet le concours qu'on lui demande et se met tout de suite h accabler le diplomate de gracieusetés. Elle lui fait visiter son hôtel, et pendant que l'amie écrit au comité dont elle est la mandataire, pour l'informer de la réussite de sa démarche, la comédienne retient le baron dans son atelier. Elle le retint longtemps.

Huit jours après, la môme camarade revient, seule cette fois. La Barnuni l'accueille par ces niuls rieurs :

— Ah ! ah ! tu ne sais pns ? Kapnicki...

— Quoi donc? répond Tamie surprise.

— Eh bien ! je fais avec !

î^ faire avec fut compris.

— Mai^, au fait, s'écria l'arrivante... Tu es encore drôle, toi I Avant d'enrégimenter quelqu'un à qui je te présente, lu pourrais bien rae demander si, à n'importe quel titre, je suis attachée à ce quelqu'un. Cari cnPiO, tu ne savais pas si le baron était siniplemeni pour moi un ami...

— Allons donc ! riposta la comédienne, tu me

DE LA RKCLÀMi:, ENCORE... 207

connais trop bien. S'il avait été ton amant, tune me raurniè. pas amené...

Le raisonnement était sans réplique.

Pour tout dire, l'actrice ne trouva dans sa nouvelle conquête qu'une satisfaction d'amour-propre, que la réalisation d'un désir longtemps caressé.

Le Polonais l'adorait ; il la trouvait charmante, spirituelle, originale et disait à tout propos :

— Sarah ! elle est impayable !

Par malheur, il le prouvait trop.

En revanche, il ne trouvait pas impayable îa domeslicilo de la comédienne. Ge spirituel étranger fut aussi généreux avec les femmes de chambre qu'il le lut peu avec leur maîtresse.

En donnant vingt-cinq louis de temps à autre à une camériste, je suis certain, pensait il, d'ôtre toujours bien reçu, mais combien de fois me faudrait-il multiplier cette somme pour obtenir de la maîtresse de céans le sourire dont la soubrette m'accueille ?

Gomme quoi la Pologne est le véritable pays de l'élevage de lapins...

La Barnum, placée si haut par le diplomate qu'il n'osait déposer d'oITrandes sur l'autel, n'avait pas besoin de ce prétexte pour varier à nnUai son menu.

Son atelier avait une poterne donnaiil sur une

petite rue, et c'est par là qu'arrivait le 2:)lat du Jour. Jour est ici un euphémisme.

— Ma tour de Nesle ! disait-elle en parlant de cette bienheureuse porte.

Un des premiers qui en franchit le seuil fut un jeune capitaine de hussards, grand mondain s'il en fut, à qui son service laissait assez de loisirs pour écrire, dans la Fête parisienne, de fines gaudrioles moins littéraires que les jolies esquisses de Gustave Droz, mais infiniment plus salées. Il les signait du pseudonyme : O'Prinz.

Un jour, il arrive chez Sarah, avec un ami qui le présente. Il amuse de sa verve les habitués du quatreà-six et plaît immédiatement à la dame. Indifférente d'apparence aux conversations, elle confectionnait des cocottes et des flèches en papier, O'Prinz lui servait de cible. Mais ce n'était pas de banales flèches de papier blanc que celles dont elle le bombarda. Leurs pennes de vélin étaient couvertes de pattes de mouche qu'elle y traçait au crayon bleu. El rofficier y lut les phrases suivantes :

— Je m'embête...

— Yenex donc me distraire ce soir...

^ Vous connaissez la 7bwr de Nesle ?

^Soyez-y à minuit et demi...

— "Vous me conterez des histoires...

DE LA ui-;cla:\îe, kncore... l'OO

A minuit, lo jeune bommo était là, Sarali, parc-illo à un clair de lune, le reçut tout de blanc velue, et io fit asseoir à ses côtés sur un divan très bas et couvert d'une foule de coussins, qu'elle nommait communément son tramway.

— Maintenant, beau chevalier, dit-elle d'un air las, contez-moi une de ces histoires que vous contez si bien...

Et elle s'accroupit sur les carreaux avec la pose d'une des sultanes qui écoutaient Scheherazade.

L'officier, surpris mais docile, s'exécuta et narra de son mieux le premier conte qui lui vint à l'esprit.

— Très drôle, fit la sultane en riant à peine, mais vous avez mieux. Une autre !...

O'Prinz fronça le sourcil, mais dut obéir. Cette fois la curieuse ne daigna pas sourire.

— C'est amusant sans doute, s'écria-t-elle , mais moi, ça ne m'amuse pas. Trouvez-moi quelque chose ,1 , T '-7 • .i;v.->nt;^ ont.

2i0 LES MÉMOirxES DE SARAH P.ATlNUil

. A, la longue, elle rua. O'Prinz recoiiriil ciux nhles.

^ IJn 1:1 ., )ii journal, soiis la sigiialuro X.. , ra- QOuta^ d^assez transparente nianière , commenl il avait çonru la rétive comédienne. Le boulevard de-

guslale morceau avec la joie qu'on pense, et Thé roïiie du récit entra dans une colère qu'on s'imagine ' Taîcment.

rout d'abord, elle envoya quérir chez l'officier le :uetde lettres qu'elle lui avait adressées, i/iiigral refusa toute restitution.

— Fer el sang ! cria la viclimc avide de vengeance. Et elle appela h la rescousse un de ses j eûmes

iimensaux, le petit de Maîgrxiinô, un aimable et

eux Tiveur.

'.eîui-ci accepta la mission d'aller demander à la iLvlaclion de la Fête parisienne le nom de l'auteur de l'article signé X... Là, naturellement, on ne voulut

> immédiatement répondre. Il attendit. O'Prinz, averti tout de suite, dut chercher un subterfuge, car il ne pouvait, étant officier, se battre à propos d'une chronique que son uniforme lui interdisait d'écrire. Pour s'en tirer, il chargea un de ses amis,

l des Fondrières, d'assumer la responsabilité du morroau. Karl y consentit et courut trouver le mandataire de la Barnum, se promettant, chemin taisant, do terminer l'affaire en deux temps et trois inouvem^n'i^ :

— Monsieur, je suis l'auteur des lignes dont vous avez h vous plaindre. Je n'ai rien à rétracter, rien à rectiQer et je suis à vos ordres.

Puis, v'ian^ un « coup de torchon » en douceur, et ce serÉiitrini.

En ces belles dispositions, Karl arrive, et pousse un cri en voyant de Malgrainé.

— Gomment, c'est toi ?

— En personne.

Ils se tenaient les côtes, riant aux larmes du hasard qui les forçait à se battre, eux, vieux et bons camarades.

Mais, après avoir ri, on s'entendit sur la rencontre. Il fut convenu que Karl piquerait légèrement à la main son adversaire malgré lui, et qu'ensuite on déjeunerait plantureusement.

Ce qui fut fait. Vainqueur et vaincu — celui-ci ayant couvert son égratignure de deux centimètres de diachylum — sablèrent gaiement le Champagne, puis, Malgrainé s'étant composé une tête de circonstance, se présenta, avenue Monceau, le bras en écharpe.

Il y fut reçu comme un héros, comme un vengeur, comme un dieu. Enchantée de cette réclame nouvelle et satisfaite en sa vanité, Sarah ne voulupas lâcher le jeune homme, l'exhiba toute ^me semaine et le condamna à l'écharpe forcée.

Or, Kapriicki, à voir ainsi fêté son rival, fut mordu au œur d'une jalousie au moins bizarre. Pris d'cté

mulation, il résolut de risquer sa peau à son tour en l'honneur '\e sa belle.

Une soirée de gala donnée à l'ambassade de Pologne lui en fournit bientôt l'occasion.

O'Prinz qui était fort répandu, fut invité. Il vint en grand uniforme, traversa les salons pour aller saluer l'ambassadeur. Ce devoir accompli, il se tourna vers les attachés et les secrétaires qu'il connaissait

■s, et, tout d'abord, tendit la main à Kapnicki.

Le Polpnais feignit de ne pas voir son geste. O'Prinz, surpris, insista, forçant le diplomate à le regarder, mais celui-ci, d'un ton hautain, déclara « qu'il ne serrerait pas la main d'un homme comme l'ofQcier )>.

Cet affront eut les suites qu'il devait avoir. O'Prinz voulait tuer son insulteur . Il se borna heureusement à lui allonger un bon cou'j d'épée qui traversa le bras du premier secrétaire et le cloua au lit pour quinze jours.

Encore le pauvre manchot ne fut-il pas, du côté de Sarah, récompensé de sa peine. Il persistait à trouver la Barnum impayable; aussi le remercia-t-clle du bout des lèvres, bien que jubilant ;irodlgieusemenl à celte publicité nouvelle.

Les sympathies de l'olTice et la sollicitude des femmes de chambre de l'actrice, ne consolèrent qu'lmparfailemenl l'infortuné Polonais.

rrs VOYAGES

La SagGSso fies nations n'a pas radoté — une fois

'-^ pas coutume ! — en déclarant qu'il nc) fallait

chasser deux lièvres à la fois.

Barnura, durant quinze ans, avait en même

^ poursuivi la gloire et la fortune. Son talent

lal, aidé d'une réclame comme jamais femme de

. ,,;e n'en avait encore organisé, lai avait procuré

ellc-là, mais celle-ci lui avait toujours échappé. Ni

es roueries, ni son éclectisme en amour, ni ses

iverses commandites n'avaient pu l'enrichir. Nous

avons montrée atteignant parfois Tdsance, mais

lOus l'avons aussi montrée retombant le lendemain

une Kône dont ?a continuité, plus qucî lion tempe-

rame et et son amour du tapage, explique son caractère, ses coups de tête, ses folies.

Et Dieu sait cependant si elle se iît faute de mettre à contribution quiconque l'approcha! Quémandant à tous venants, suivant les phases de son existence, de un à cinq, puis de cinq à vingt, puis de vingt à cinquante louis,elle n'en eut pas moins toujours à ses trousses, pour la pousser aux plus singulières extrémités, une armée de créanciers dont le dénombrement aurait fait pâlir Balzac, Musset et Dumas père

Un gouffre était ouvert chez elle où tout coulait.

Et pourtant, sans ce gâchage, elle eût été riche depuis longtemps, grâce ù sa douce habitude de faire supporter à Pierre et à Paul ses dépenses journalières. Était-on en visite chez elle? Crac! c'était une facture qu'on apportait en en réclamant le payemenl immédiat, ou bien un objet quelconque d'un besoir urgent qu'il fallait envoyer acheter tout de suite.

— Mais je n'ai pas le sou 1 s'écriait-elle en riant e en se roulant sur son « tramway ».

Force était à l'ami de la prier « d'accepter ce peti service ».

Le plus drôle, d'ailleurs, c'est que, non content(

'^per les hommes d'impôt, elle ne se gênai

ur toujours gagner au jeu, rafler à la mère

son factotum, les quelques sous que la brav(

Femme impayée obtenait des amies de sa maîtresse, pour assaillir eiiQn d'emprunts ses petitefj camarades. L'emprunt contracté, du resté, elle risiè au nez d'icelles.

Car c'était encore un trait de son caraclôre que son intempérance de langue. Exploiter les gens sans se moquer d'eux ensuite, lui aurait semble banal. Elle avait la blague aussi cruelle que facile, n'épargnait personne et préférait risquer de ne pouvoir •exiger du même être un second service que do renoncer à faire un mot.

Son éternel rire la sauvait des conséquences de «es railler!} s.

— Quel toupet I disait-on, et souvent les victimes cédaient à la contagion de sa gaieté.

Les femmes se rebiffaient parfois par exemple. Témoin la petite do Winl:r. Celle-ci, certaine ma- 'tince, accompagne son illustre amie à la répétition générale d'une pièce nouvelle dans un théâtre de genre où jouait Annette Barnum. L'arrivée de Sarab fait sensation ; c'est h qui s'empressera autour d'elle. iL'étoile, cependant, pose comme elle le fait toujours «en public, est tour à tour familière, bienveillante ou digne. Avec des airs de reine visitant ses sujets, elle remercie, après la répétition, les membres de sa cour improvisée, et, majestueusement, s'en retourne. Mais

il ^ a un brave homme de concierge qui l'a guidée dans les couloirs obscurs et lui a ouvert la porte des coulisses. Il faut laisser un généreux pourboire à ce prolétaire du cordon. Naturellement, elle n'a pas le sou :

— De Winter ! dit-elle, prête-moi donc vingt francs ! De Winter, qui a oublié son lorgnon, n'a pas le

temps de réfléchir et s'exécute. Le pipelet empoche la pièce, se confond en remerciements, et les deux amies remontent en voiture. Mais le coupé s'ébranle à peine que la Barnum s'écrie avec son parler imagé habituel :

— N... de D... I tu n'es rien généreuse, toi !

— Gomment ? fait de Winter suffoquée.

-»- Sans doute ! vingt francs de pourboire ! mince alors ! Tu te mets bien, toil... Ah çà ! mon petit serpent à lunettes, t'imaginais-tu que j'allais te les rendre?

Une autre amie qui se rebiffa, et ferme, mais à la longue, fut Marthe Pigeonnier. Sarah, de même que ses sœurs, lui ayant mille obligations, ne se gênait point avec elle. Le souvenir des services rendus ne troubla jamais en effet la tragédienne. Si l'ingratitude est l'indépendance du cœur, elle eut le cœur plus gu'indépendant... si indépendant même qu'il prit sa volée de bonne heure, et ne reparut plus. Sans doute-

il s'embôtait, ce pauvre viscère, de loger sous une niche vide !

— Bah ! disait la Barnum à Marthe, quand elle avait à s'excuser d'une petite vilenie, tu es un mouton, toi!

— Prends garde ! disait l'autre. Tu en feras tant que le mouton deviendra enragé !

Mais rhydrophobie ne venait pas vite, et l'amie dévouée, à la première occasion, rendait un nouveau service. C'était un prêt qu'elle consentait sans rancune. Par exemple, le jour oii, gênée à son tour, elle demandait à Sarah une aide qui n'eût été qu'un remboursement, elle pouvait longtemps attendre.

Ce fait se produisit, entre autres fois, et de comique manière, lorsque les deux amies allèrent inaugurer le nouveau théâtre de Monteûore, une des stations de bain — et ie jeu — les plus courues des bords de la Méditerranée.

Tout d'ailleurs fut amusant dans ce voyage.

La veille du départ, la Barnum pria Marthe do no pas s'occuper des provisions de bouche. Elle se chargeait du chapitre : Vivres.

A sept heures donc, le lendemain soir, les deux actrices s'introduisaient dans un coupé, et en route! Bientôt, il fait faim. Alors Sarah ouvre son s m- de voyage, petite merveille qui est à la fois un néccs-

220 Li::, MÉIMOIRES DE SAKAH BARNUM

saire de loilette, un panier à provisions, une cave porlalivcel tout ce qu'on veut. Gravement, elle en lire uh paquet.

— Qii'avons-nous h dévorer? demaiide sa camarade.

— Du cervelas à l'ail...

— Quelle horreur!

— Oui, cli6re. Je l'adore 1 Gomme je n'en puis pas manger cliez moi afin de ne pas empoisonner le monde, je profite toujours de mes voyiigcs pour m'en empiffrer.

— Très bien... nous sommes seules. Mais avec ce cervelas?

— J'ai du pain.

— Et puis?

— Uie bouteille de Champagne...

— Et?...

— Un flacon de fine Champagne...

— Et après ?

— Après? mais c'est tout!

Marthe dut se résigner et essaya de se nourrir de cervelas. Mais à la seconde tranche, ses forces trahirent zon couFage et elle avala son pain sec. Sarah cependant se gavait, à croire qu'elle jeûnait depuis huit jours. Quant à l'atmosphère du wagon, elle était irrespirable. Le premier employé qui,

avant Lyon, s'y risqua pour contrôlor les tickets, roula asphyxié sur la voie.

On atteint Marseille. Long arrêt. Les deux voyageuses courent au télégraphe et annoncent leur arrivée à leurs amis respectifs de Montefiore, mais Sarah sort furieuse du bureau. Le bélître d'employé qui était au guichet — ô néant de la gloire! — ne eonnaîssait pas la gn^ande artiste ! Il lui avait fait épeler sa signature qu'il lisait Barnien, tandis que Pigeonnier était accueillie avec des salamalecs par les plumitifs I

La comédienne ignorait qu'ils avaient tous applaudi Marthe, celle-ci ayant donné quelques représentations à Marseille, et ces messieurs possédant au théâtre leurs entrées à prix réduit. Il n'en fallait pas tant pour que notre héroïne blêmit de jalousie!

Au buifet, sa colère tomba, car elle se vit reconnue. Alors, elle posa, prit ses allures « d'en public ». Comme sa camarade, morte de faim, acht^tait un perdreau froid, elle s'écria de façon à être entendue de tout le monde :

— Quf'lle horreur I De la viande !... Tu vas manger de la viundel...

Et l'angôlique personne retroussait la lèvre .ivec un air de suprême mépris. Puis, gontlée encore de

222 LES HÉMOiRi-:s DI-: sarah barnum

cochonneries h l'ail, elle acheta une simple grappe de raisin, qu'elle picora en créature éthérée vivant de rosée et de fleurs!

A Montefiore, grand succès, après lequel Marthe se livre aux douceurs de la roulette, tandis que son amie rentre h Paris. Décavée bientôt, la joueuse se souvient qu'elle a prêté de l'argent à Sarah. Dépêches sur dépêches. Rien ne vient et Tarliste se rapatrie comme elle peut.

A son retour, elle reprocha à la Barnum son ^^goïsine.

— Car enfin, disait-elle, en pareil cas, à la place, je faisais l'impossible. Nous sommes do trop vieilles amies pour que tu n'eusses pas dû me tirer dembarras, même ne me devant rien !

— Bah I fit l'autre, je savais bien que ta te débrouillerais !

Elle rendit plus tard, cependant, l'argent en question, mais à son corps défendant et par ri.jcales acomptes.

— Je ne te donne que tant à la fois, disait-elîe sans rire, mais c'est dans ton intérêt. Je te Connais ! TU ES SI GACHEUSE ! ! I

La dame avait la spécialité des répliques phénoménales, comme des apostroph(\^ drôles. Gonj!):en en entendit cet tixceilent et chauve Arthur Siiuon, un

journaliste, homme du monde, qui l'aimait Iieaucoup, lui faisait dans son journal, Le Chante-clair, une incessante réclame, et qu'elle récompensait à coups de boutoir I

Une après-midi, il va la trouver pour lui rappeler qu'elle dîne chez lui. Il la trouve couchée sur son divan dans son atelier. Aux premiers mots, elîe l'interrompt :

— Ah ! pauvre cher, gémit-elle, comme cela lombe mal! lime fout vous manquer de parole... Figurez-vous que tantôt en descendant de voiture devant le théâtre, j'ai commis l'imprudence de sauter à terre avant que mon coupé soit arrêté, et je me suis foulé le pied...

Et, iVignant de vouloir essayer de marcher, elle se lève, boitille avec des petits cris de douleur. Le visiteur est contraint de la forcer à se recoucher.

— Quel guignon ! ma pauvre amie, s'écrie-t-il. j c*i in\ité les gens que vous m'aviez désignés el il n'y a que vous comme femme. Ce serait une calamilé que vous ne vinssiez pas... Voyons, ma petite Sarah, une foulure n'est pas pour arrêter une vaillante comme vous ! Il faut être gentille, et, dussiezvous vous faire porter, venir ce soir I

Il insista tant et tant que Sarah, furieuse, mais

22\ LES 3!i:moîri-s de sarah barnum

coiUîTiinto do paraître céder, finit par promettre de faln- s'OJi possible.

Ariliiu- Simon la remercia, serra la main du jeune Loris qai, retiré dans un coin de l'atelier, assistait sans mot dire au débat, puis il sortit.

Il n'avait pas les talons tournés que la Barnum laissai l éclater sa colère. Elle s'en prit à Loris qui riaiî, cl, malgré ses seize ans, le menaça d'une giile. Elle ne boitait plus et arpentait la pièce, en jurant comme un charretier.

— Mais qu'est ce qu'ils ont donc, criait-elle, tous ces s. ..-là, à m'em...bôier de la sorte?... Ils se donnent donc je mot! C'est comme ce c... de Simon ! Je n'étais pas assez de mauvaise humeur déjà sans qu'il vînt m'achever ! Ah ! la sacrée tête de veau î

Et d'un geste machinal, elle ramena verticalement la tenture masquant la porte par où Arthur Simon s'en était allé et qu'il avait laissée p ise entre le battant et le mur. Mais, au môme n. Mnent, une exclamation de stupeur lui échappa ; elle recula.

Là, dans i'entre-bâillement, la « tête de veau » apparaissait. Le chauve journaliste s'était retourn pour prendre sa canne oubliée : il avait entendu lo furieux monologue de la dame et, maint anant, surgissant entre les deux portières, il la regardait, l'ai^ gouailleur.

iRANDS LT PETITS VOYAGES 225

Elle balbutia quelques mois.

— Ça va bien ! ça va bien I je ne vous en veux pas, ma petite I ricana le revenant. Mais je compte sur vous, ce soir 1 Tôle de veau, soit ! mais apportez le persil !

Il disparut.

Et Sarah alla dîner chez lui 1

Ce ne fut pas d'ailleurs la seule fois que, pour échapper à l'exécution d'une promesse, la Barnum joua des comédies amusantes, mais ce fut la seule qu'elle rata de toutes ses inventions.

Un soir, vers les sept heures, son amie de Winter, déjà nommée, arrive et la trouve grognant.

— Qu'y a-t-il ? fait-elle, vous avez l'air de joliment mauvaise humeur I

— Il y a, répond Tartiste, que je vais être obligée de m'habiller, d'aller dîner en ville, et que ça m'embête !... Zut ! après tout !... je n'y vais pas ! Ce sera drôle : on m'attend... Madame des Lassez a invité une masse de gens en mon honneur. Quelle tête ils vont faire en ne me voyant pas arriver ! Et la baronne elle-même, quel nez!...

Elle éclata de rire, jubilant bienheureusement à la pensée du d jsappointement de la maîtresse de maison et de SCS convives. De Winter interrompit cet accès de gaieté :

— Voyons ! voyons, ma chère Saralî, c'est pour rire que vous dites cela ! Vous n'allez pas manquer à voire promesse et faire pareil aliront à la baronne des Lassez. On a toujours assez d'ennemies, croyezmoi. Puis, c'est une femme des plus influentes. De plus, elle est l'amie d'Arthur Simon qui vous l'a ximenée...

— Ahî je m en fiche bien 1... Tiens ! il y sera, lui, Simon, ace dîner. Va-t-il ronchonner!... 11 y aura aussi Kapnicki... Ça, ça m'embête, parce que je ne voudrais pas dîner seule... Il faudrait donc que, tout en m'excusant, je le fisse revenir ici...

Et Sarah fit deux ou trois tours à travers l'atelier, cherchant un biais, le nez en l'air.

— Vois-tu, de Wintcr, j'ai besoin de trouver une excuse neuve, parce que la maladie, c'est une ficelle dont j'ai trop usé et abusé! Je pourrais réellement -être crevée, qu'on ne le croirait pas !... Tu as raison : en faisant venir Kapnicki, je veux qu'on soit bien persuadé qu'il y a pour moi impossibilité majeure à aller dîner là-bas ce soir, et que la baronne ne m'en veuille point... Oui! mais comment? J'enverrai la mère Girard la prévenir ; or, pour réussir, il est indispensable que la mère Girard, elle-même , soit bien convaincue que je ne puis bouger d'ici... A/i !... vite, ferme partout 1... J'ai une idée, mais il est nécessaire

que nous soyons seules. Empêche qu'on entre... De Winter se met en faction à la porte. Aussitôt, Sarah empoigne l'échelle de peintre appuyée contre un des murs de l'atelier, la couche par terre, dans un désordre de chaises renversées, puis elle s'arme de sa palette, se retrousse et se peint sur la cuisse gauche, très haut, une3 large contusion violette, jaune, noire et hleue : un vrai trompe-l'œil. Après quoi, elle s'écorche les genoux de la même façon, se met un peu de carmin dans les cheveux et colle sur ces artificielles gouttes de sang une bande de talTetas d'Angleterre.

- Na I dit-elle à de Winter stupéfaite, je n'ai plus à présent qu'à me faire une figure de circonslaiice, à respirei des sels et ii m'envelopper la tête d'une écharpe. A moi la poudre de riz et le kohl ! J'en ai là justement... Sur ce, je me couche sur mon « tramway », j'ai l'air morte, tu me fais un verre d'eau sucrée — sans rire, en bonne petite camarade qui tremble encore de la peur qu'elle a eue... et la mère Girard s'amène... Tableau!... Je lui conte ma dégringolade, j'exhibe mes blessures et, si ça pren^l, comme je l'espère, elle court là-bas, met sa main au feu que je ne puis aller dîner et me ramène Kapnicki... Me voilà prête ! Du sérieux ou je te griffe!... Et en scène pour le luif...

228 LKS MÉMOIRES DE SARAîî BARNUM

Cependant, madame Girard entendant sonner sept heures et demie, et voyant que Sarah no deseend IMS s'h'^biller, se décide à pousser une pointe jusqu'à Fatelier.

...Madame Girard, c'est la confidente, la femme de charge, la dame de compagnie et le souffre-douleur de la Barnum, qu'elle a connue quand celle-ci était encore enfant, et qu'elle adore, lui pardonnant tout, heureuse d'entendre la comédienne l'appeler toujours : P^tit dam\siyec l'abréviation elle bégaiement enfantin de jadis...

La brave femme entre donc brusquement, puis, recule devant la mise en scène qu'elle découvre. Mais ses cheveux se dressent sur sa tète et elle se rue vers le divan :

— Ma Sarah ! crie-t-elle épouvantée, ma Sarah ' Qu'avez-vous?...

El de Winler fait tant d'efforts pour ne pas rire que le verre d'eau sucrée lui tremble dans les mains, et l'inonde.

— Ali ! mon ptit dam ! geint la blessée, un peu plus, tu ne revoyais pas vivante ta pauvre maîtresse... Figure-toi que j'ai voulu arranger les tapisseries là-haut... J'ai dégringolé... Tiens, vois comme je me suis arrangée... Et ça m.c fait un mal !..

Ce disant, elle étale ses plaies, découvre ses contusions.

La bonne Girard, navrée, se met à pleurer, tout en proposant vingt remèdes. Elle veut faire ceci, faire cela, mais la Barnum l'interrompt.

— Il y a quelque chose de plus pressé. Ftit dam, cours chez madame des Lassez... et surtout ramène ce bon Kapnicki.

La brave femme saute aussitôt en voiture, non --;us avoir recommandé la Barnum aux soins de de Winter et de la femme de chambre.

— Ça y est! s'écrie la comédienne en faisant des cabrioles sur son divan, dès que sa mandataire a disparu...

Mais suivons celle-ci chez la baronne.

Sept heures et demie, huit heures étaient sonnées. L'actrice ne paraissant pas, les convives faisaient la grimace; quant h Simon et à la maîtresse de la maison, ils traitaient fort vertement entre eux la capricieuse.

Soudain, une voiture s'arrête devant la porte. Chacun dresse l'oreille, repris d'espoir.

La baronne, n'entendant annoncer personne sort du salon ce... — ô déception ! — trouve la xnère Girard qui insiste auprès du valet pour être introduite.

230 LES MEMOIRES DE SAKAil CARNUM

Madame des Lassez ne la laisse môme pas ouvrir la bouche :

— Inutile!... inutile 1 crie-t-elle furieuse, madame Barnum ne vient pas, n'est-ce pas ?... Inutile de nous raconter ses excuses... Gela suffit!

.Mais Kapnicki, qui a reconnu la voix de la messagère, accourt dans l'anticliambre.

Et madame Girard, alors, reprend courage, refuse de se laisser congédier. Malgré tout, elle veut remplir sa commission, excuser sa chère maîtresse. Peu à peu, le diplomate et madame des Lassez elle-même remarquent sa pâleur, ses yeux mouillés de larmes ; ils se rappellent combien elle aime Sarah, — et ils l'écoutent frappés de l'accent de sincérité et de conviction de son discours.

La brave femme jure sur sa propre fille qu'elle ne ment point. Elle raconte d'une voix qui tremble encore d'émotion-, qu'en rentrant elle a trouvé la tragédienne étendue sur son divan « en train d'éponger le sang coulant d'une blessure qu'elle avait à la tête et dont elle rapprochait les bords avec du talTelas d'Angleterre ». L'artiste, pour arranger le? draperies de son atelier, ayant voulu grimper sur une échelle, son pied avait glissé et elle était tombée « d'une hauteur de plus de trois mètres » I

— Ah ! madame ! Ah ! monsieur, répétait i^' aï dam

toute frissonnante, la blessure à la tête ce n'est rien: dans CCS endroits-là, quand ça saigne tout de suite, c'ost vite guéri! Mais si vous voyiez se3 pauvres ge-

ix, sa pauvre cuisse!...

Et elle joignait les mains, tout en regardant Kapnicki, voulant lui faire comprendre qu'il devrait i^i'^n venir soigner la victime.

)n la chargea pour la blessée des consolations de rigueur, puis on se mit à table.

■jpendant, madame des Lassez était ébranlée. ivupnioki,lui, très ému, mourait d'envie de s'élancer chez l'artiste; Arthur Simon, plus sceptique, ~ et pour cause ! — hochait la tète. Quand la baronne parla des genoux endommagés de la Bamuni, il no put s'empêcher de rire, s'imaginant ces n~inio:ros osselets fendus :

— Sacrée Sarah! dit-il tout bas à son voisin, elle ne respecte rien ! La voilà maintenant qui casse ses petites tètes de mort!

On dîna vite et presque tristement ; madame des Lassez, de plus en plus persuadée par le ton de conviction indéniable de la mère Girard, se sentait inquiète. Aussi, avant môme de prendre le café, le diplomate et le journaliste obtinrent-ils la permission de courir avenue Monceau. Celui-ci rapporterait des nouvelles.

232 LES MÉMOirxES DE SARAH BARNUM

Ils arrivent donc chez Sarali, courent à l'atelier, découvrent la victime dans l'appareil décrit.

— Allons ! quelle est celte nouvelle plaisanterie? s'écrie aussitôt Simon d'un air brutalement railleur.

— Mais, monsieur, riposte Kapnicki indigné, vous vous permettez de parler à madame sur un ton I... Ne voyez -vous pas dans quel état elle se trouve ?...

Toute blanche, la tête enveloppée d'une écharpe qu'elle soulève pour montrer la bande de taffetas d'Angleterre et ses cheveux raidis par des caillots de sang : la Barnum est effrayante.

— Ma pauvre Sarah ! fait le Polonais en se jetant à ses pieds.

— Hi! hi! hi ! sanglote par-derrière la bonne Girard, tandis que de Winter pleure aussi — à force d'avoir ri, et par besoin de rire encore.

— Enfin, que vous est-il arrivé? demande le journaliste.

La Barnum d'une voix faible comme un souffle raconte alors son accident. Arthur Simon s'avoue bientôt persuadé devant les preuves qu'elle donne, et, se reprochant son scepticisme, s'assure qu'on a mandé im docteur et acheté de l'arnica, piiis il retourne informer madame des Lassez de la triste réalité de l'accident, et, de là, le faire annoncer dans sonjouïaal.

Alors. Sarah songe à avouer sa supercherie àK.. >nicki ol à se mettre à table, mais comment faire ? L i

I ; ère Girard ne cesse de la supplier de :;e laisse: . ppliquer des compresses sur la cuisse, de la giaoo sur i occiput et du cérat sur les genoux. Et c î qu;il y a de plus cruel, c'est que le diplomate, qui a dîné, lui, et qui décidément gobe trop, la supplie d'nller ^e coucher en attendant le docteur ! Des amis, que Simon a avertis en passant, accourent et joignent leurs prières à celles du Polonais : Il ne faut pas commettre d'imprudence... Elle a déjà, de la fièvre...

II lui faut du repos..., etc., etc.

La pauvre Barnum a voulu convaincre, elle a réussi I Elle est contrainte de se laisser porter dans sa chambre et de se coucher — seule et sans souper I Pour se débarrasser des amis, de Girard, —de de Winter qui fait chorus avec les donneurs de conseils I — et du docteur qu'on annonce, elle feint le sommeil.

Le lendemain, continuation de la comédie. Des tas de monde arrivent. Pour un peu, on mettrait un registre dans le vestibule! Devant les arrivantes, Sarah, troussant ses jupes du môme geste, montre j03 tatouages de sa cuisse. Seulement, il se produit rettf; merveille : les dits tatouages, qucind de Winter arrive, uni passé du membre gauche au membre droit 1

V34 LES MÉMOIRES DE SARAH BAR>iUM

Au premier moment de soli^,ude, demande d'explications.

Sarah, prise de fou rire, se roule sur son tramway.

— Voilà, dit-elle : ce matin, en sortant du bain, j'ai refait ma peinture — et je me suis trompée de cuisse! Justement madame des Lassez arrive, je lui montre la marque, mais, — voilà le plus beau ! — en renlrant, elle en parle à Simon et ils se disputent à ce propos. Arthur, disant que c'est à gauche, et elle, que r'est à droite!... Enfin, j'ai repeint le côté gauche : je pourrai montrer les deux!!!

Toutefois, à force de raconter son malheur, la Barnum finit par jroire qu'ellb était réellement tombée! Au bout de huit jours, son récit était stéréotypé, et elle le racontait par cœur, avec une sérieuse conviction qui ne se démentit point, jusqu'à sa mort.

Ce n'est pas, pourtant, qu'il ne lui soit arrivé, vers la même époque, plus d'une aventure susceptible dô lui troubler la mémoire.

Mais la Bartium, malgré cela, ne se coupa point « une seule fois. Pas môme au cours de ses démêlés avec le jeune de Malgrainé, son ancien champion.

Celui-ci avait par trop abusé de la sii nation. S'étani naltu pour l'arliste et ayant été blessé, il s'était arrogé mille prérogatives et faisait sienne la

vie de la dame. L'influence que prit ce galant chevalier rendit jaloux ses collaborateurs.

Il n'y avait de cercueil que pour lui I Ça no pouvait durer...

Peu à peu, il en vint à agacer ceux-là môme des habitués qui n'étaient que des amis et, par suite, à lasser Sarrah. Si bien qu'elle rôva de se débarrasser de ce duelliste encombrant. Jamais, elle n'avait sûuiïei-t les gêneurs I

Donc, quand il commença à faire le vide dans l'atelier de l'artiste, quand elle s'aperçut — et on devine avec quelle humeur I — qu'à cause d<^ lui on oubliait le chemin de son hôtel, elle passa du rêve à l'action. Le jeune viveur fut sacrifié I

Le renvoyer carrément, était d'un procédé qui souriait fort à la Barnum, mais Malgrainé étant de ces hommes qui, mis à la porte, rentrent par la fenêtre, il fallait s'y prendre par la douceur, colorer dun bon prétexte son exil, lui rendre celui-ci avanta^^Mix.

Sarah se mit en campagne et y mit ses vaii is. Le gêneur étant fils d'un ancien diplomnto. »' 'licki s'en étant mêlé, on bombarda le jeune iiuiii , . ^oasul de France (î.ms l'Illyrie du Nord.

seulement, comme il était criblé de d^ftos to ministre ne pouvait faire paraître, à VOffic-i^ In nomination du nouvel agent, avant qu'il neùt liijiiîdô

sa siluaLioii. La Barnum, alors, s'adressa à un autre de ses Amis, qui donna vingt mille francs. Le jeune homme arrosa fortement ses créanciers ex put aller rejoindre son poste.

Par malheur, il apprit comment et pourquoi s.a nomination lui était si inopinément tombée du ciel, et, dans sa colère, il descendit jusqu'à dévoiler à, l'ami de Sarah, au bailleur des vingt mille francs, tout ce qu'il savait de la vie privée de la comédienne. Il en savait long.

Le susdit ami, un galant homme, lui, s'il en fut, éconduisit le personnage :

— Ce que vous me contez là, monsieur, lui répondit-il, peut être vrai. En tous cas, vous devriez être le dernier à le dire, à moi surtout !

Malgrainé s'embarqua le soir même.

Il n'avait jamais manqué de faire porter, chaque matin, à sa protectrice une superbe botte de roses.

Or, cet étrange diplomate n'était pas arrive en Illyrle que la fleuriste du magasin de qui sortaient ces fleurs, envoyait réclamer à la tragédienne le montant de sa note : dix-huit cents francs environ ! ! !

Après s'être indignée de ce... sans-gêne, celle-ci ne put s'empêcher de rire. Ça la changeait d être

a refaite », elle qui s'amusait si fort à tromper tout 1'^ mondo !

— Ah ! qu'elle est bonne ! s'écria-t-elle. Cette indulg.^nce semblerait indiquer que notre héroïne roulait sur l'or. Erreur profonde. Jamais au conlraire, jamais, du moins depuis qu'elle était une artiste célèbre, elle n'avait éprouvé pareille gêne et lié contre autant de difficultés.

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, les embar- ^ pécuniaires de la Barnum se traduisaient au !iors par des coups de tête. Donc, cette fois encore, ^trice commit une tapageuse folie.

VA\e venait de créer Ghloris, dans VAventure, et Il y avait pas remporté le succès qu'elle ambitionnait. Inde irx, comme on dit dans les nouveaux ôes déjeunes filles!

La critique se permettre de ne pas la trouver excellente, elle, la grande, l'unique, l'incomparable ^irah î C'était trop fort. Une colère l'empoigna. Voiliers, elle eût étranglé de ses faibles mains Nars- . , Vitet, Reiss et Pommereynette !

i'n tout autre temps, cette colère aurait duré huit irs, mais, allez donc blâmer le jeu d'une -u liste :3 le sou ! Et puis, ce n'était pas assez de Sun four «le sa gcue : il fallut qu'on lui refusût i;/i congé licite par elle pour aller jouer à Londres, qu'on

238 LES MÉMOIRES DE SARAII BARXUM

coupât le dernier atout pouvant la sortir de \^pa?me ! C'en était trop : elle jeta sa démission au nez du directeur et des sociétaires du théâtre Corneille.

Aussi bien cette rupture, ce serait une réclame monstre. Quant au dédit, elle s'en fichait un peu, confiante en son étoile.

Et la Yoilà à Londres, après une tournée de trente représentations en province qui lui rapportent trente mille francs — une goutte d'eau dans la mer. — Cette fois, elle a passé seule le détroit. Sophia Croizet est restée à Paris : pas de rivale. Elle va pouvoir choisir son répertoire et soigner sa gloire à son gré. De plus, comme elle est l'étoile unique et que son imprésario est intelligent, elle est certaine d'une publicité incomparable.

Elle ne se trompe point en effet. On la chauffe, à la faire fondre, et son succès devient extraordinaire. Toujours habile, elle a renoué avec le prince d'Irlande qui est le chef de l'aristocratie, qui donne le ton à la foule intelligente et qui, par conséquent, se fait le plus actif agent de sa réussite, comme pour se faire pardonner d'être venu trop tard et de n'avoir pu la lancer autant, lors du premier voyage de la comédienne.

Sarah est au septième ciel, invitée et recherchée partout. Entre autres connaissances, elle a fait celle

GRANDS ET P..iii.^ wÎAui-.à 239

du soîlicitor Brandy, qui s'est coustiluô son garant, lui a loué un petit hôtel charmant aux environs de Hyde Park et lui a avancé de l'argent.

Mais la Barnum, si elle a remplacé sa fine Champagne par le gin et surtout le whisky, s'est hornée ù ce seul changement dans ses habitudes. Les Anglais —gens très collet-montés — s'étonnent et, bientôt, se fâchent, le propriétaire de sa maison surtout, de voir la comédienne organiser sa ^ou^-f/e/Ves/e, diminution de celle de l'avenue Monceau. C'est dans la villa, en effet, une continuelle procession, une noce incessante que l'on pardonnerait encore si, parmi les convives, on ne voyait Loris, le jeune fils de la Barnum.

Ce fils, du reste, elle le promène à présent partout, comme une réclame neuve et plus originale. Même un soir, Invitée à venir souper et réciter des vers chez lady Portogam, la reine du grand monde londonnien, elle se permet de l'amener.

Gravement, le domestique annonce :

— Mademoiselle Sarah Barnum! Monsieur Loris Barnum !

On juge de l'effet. Partout ailleurs, on se serait borné à sourire; à Londres, ce procédé était une condamnation.

On n invita plus « la Française mal élevée », d'autant que sa pose f son orgueil, son autoritarisme, ses

impolilesses voulues, ses continuels T*etards agaçaicnl déjà tout le monde.

Une dernière grossièreté acheva de couler notre héroïne.

Brandy i' avait invitée à venir dîner chez lui. Sr^rah ayant accepté, et formellement promis, le sollicitoi invite plusieurs de ses amis, personnes de distinction, et leur annonce ce régal : la société « de la grande actrice » à qui il les présentera.

L'heure de se mettre à table arrive. Pas de Sarah. Désappointement des conviyes. Colère du maître de maison.

Au dernier moment, la tragédienne a prononcé son « zut! ilsm'em... bêfenti » qui est — toujours pour parler comme dans les lycées de jeunes filles, — Valeajacta est de ses pires caprices.

Comme on connaît l'inexactitude de Sarah et son manque d'éducation, on espère encore et on patiente comme on peut.

Soudain, un cab s'arrête devant la porte... [Voir plus kaut^ l'épisode du dîner chez madame des Lassez I...)

...Et madame Girard apparaît — naturellement.

Hélas' pour habituée qu'elle soit aux commissions de ce genre, PHit dam ne peut arriver à-persuader personne. Le crachement de sang dont elle ar*

giîe, trouve incrédule le soilicilor qui sait h quoi s'en tenir sur la piilisie de Sarali.

Puis, la F Dnne femme, cette fois, i/est pas convaincue.

Brandy la congédie sans pouvoir dissimuler sa colère.

— Suffit! je la connai.^ colie-là! s'écrie-t-il. En

ilà assez. Seulement, dites bien à madame Barnum qu'elle ne m'a pas fait rien qu'un alfront : elle a commis une grande soltise et je vous affirme qu'elle s'en mordra les doigts — jusqu'au coude !

L'homme de loi tint parole. Il cessa de cautionner d'abord la comédienne, puis, il lui fit réclamer le montant de ses avances. De plus, comme il proclama la cliose, une avalanche de créanciers, anglais ceuxlà, se rua sur le pavillon loué par la Française. Le propriétaire, dont le puritanisme poussé à bout ne se ^pardonnait point l'asile qu'au mépris des préjugés du cant; il avait loué — fort cher — à la brebis galeuse, profita de l'occasion pour l'expulser, sans i ombre d'un ménagement. Ce fut une recrudescence de dèche.

On porrra trouver peu galante la vengeance du soUicitor Rn France, un homme ne se venge point d'une femme et par de pareils procédés surtout; mais la Providence n'a point les raffinements de

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