‹ Les mémoires de Sarah Barnum. Avec une préfChapitre 18 sur 20 · L::S MZMOIIIKS D^^ SARAII BAIl^^UM · texte numérisé non relu

L::S MZMOIIIKS D^^ SARAII BAIl^^UM

nos Qeniienun, et pourrexécution de ses desseins, se souciant peu de nos codes de civilité puérile et honnête, prend des instruments disposés à, la servir,

La Bcirnum quitta donc Londres d'assez pileuse façon. Elle y avait fait une moisson de gloire, s'y était taillé une prodigieuse réclame; elle en rapportait une haute opinion non de la généroU' du prince d'Irlande, mais de l'habileté de ses môd •oins: seulement, elle n'y avait conquis aucune sympathie, et si elle y avait gagné beaucoup d'argent, elle l'avait à mesure si vivement semé, qu'elle rentrait plus gênée que devant.

Au moment de s'embarquer, elle réfléchit à sa situation et prit peur. Le théâtre Corneille lui était fermé, elle avait à donner un dédit énorme, son hôtel demeurait impayé en grande partie, ainsi que les terrains par elle achetés à Saint-Enveloppe, près Saint-Nazaire, en un jour de caprice; ses créanciers montraient les dents; on lui avait signifiô une saisie ; elle avait tari toutes les sources d'emprunts; enfin, sa fugue, décourageant tout le monde, asiiît rompu sa dernière commandite...

Ce n'était, pas gai. Que faire? Elle eût prcî'érf. i'a dèche noire de jadis à sa geno actuelle, la clias-- .iu billet de cinq louis à, la poursuite du billet de ciiiquantel

En cette disposition d'esprit, elle se sentit tout pour sortir d'affaire, et quand un imprésario vint lui proposer une grande tournée dans l'Amérique du Sud à d'avantageuses conditions, elle sauta de joie et accepta.

Chauffez, ô steamers j

vr>yAG:^:s d'intérêt kt du

Ea arrivant à Paris, la Barnuin trou va la sitiîalion plus compliquée encore qu'elle ne le crnlvmait. Jamais, au grand jamais, elle ne s'était trouvée « clans de pareils draps » !

C'était un vrai désastre, en effet, un naufrage plus qu'horrible. Du papier timbré partout, dos significations de saisie tombant de toutes parts pire que grôle, une désertion d'amis à décourager le plus insouciant, le plus philosophe des bohèmes : enfin un acculement complet I C'était à croire qu'en quittant le.'théâlre Corneille, Sarah avait congédié la veine. Tout l'éf^rasait à la fois, en pluie de tuiles, en abatsge de cheminées.

Pas de cuirasse qui tînt, contre une telle débâcle ! Elle se reprocha d'avoir regretté la dèche noire et les petitesses de misère du passé. Las I c'était bien pis à présent. Elle cumulait la pauvreté vulgaire, qui contraint aux humiliantes compromissions, et la gêne du grand seigneur biaisant pour ne pas payer à présentation la facture ©u le Mliet de cinq cents louis que lui porte, avec les avanies de rigueur, son carrossier ou son marchand de chevaux I

Le même jour, l'actrice avait un protêt de vingtcinq mille francs et dînait à onze heures du soir, parce que la fruitière avait refusé de livrer à crédit cinquante centimes de fromage d^ Brie et le boucher, deux francs de côtelettes !

Aussi, comment n'accueillit-elle pas l'imprésario hispano-américain qui vint lui proposer une tournée dans son pays ! Parbleu, oui ! elle partirait. Les piastres mexicaines, chiliennes et brésiliennes la tireraient seules d'affaire I...

E vMigag(?a, avide de liler imniédi; tement,

touji'Uis prête à faire ses malles le soji même* Naïvrntf-ni, e\e oubliait sa promesse aui i^nne, sa «igîiciMire ^onnée à l'imprésario de Lciudr^.

Bien n^ieux, elle oublia nu^-si TAmérir; i^j lorsque rindusiriel Curey se jipsertta, sun n,- âssant- Celni-Ci ne traînait rien en longueur, lu ... aille do

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papier timbré assurant deux mille cinq cents francs par représentation à l'étoile, en dehors de tu us ses frais payés, un trait de plume et crfc, crac ! « ça y »'i;iit » : On s'embarquait dans un mois.

La Barnum donna le trait de plume avec un vigoureux paraphe qui creva la feuille. Zut I...

^a signature octroyée, on organisa l'expédition, .ii forma une troupe. Annette, la sœur de l'étoile fnt naturellement désignée. Après Sarah, elle serait

numéro un de la tournée « Sud-Amérique ». Angel, notre ancienne connaissance seraitaussi, comme homme, le numéro un. Il ne restait plus qu'à prendre l'express pour Saint-Nazaire et à s'arrimer sur

[tackettleZa Fayette à destination d'Aspinwall, jo Colon. De là, on gagnerait par le raihvay le -lexique, d'où l'on redescendrait au Pérou et au Chili.

C'était très beau.

Très beau — sur le papier. — Très beau sur les lettres de Curey. A l'instar de ses congénères, le « montreur » accordait des avances à tout le monde, lauf à l'étoile. Celle-ci devait voyager et vivre à ses frais jusqu'au jour du débarquement , Jusqu'au soir de sa première exhibition. Ai • cornacs ».

Certes, la tragédienne avait bien pu,

24S LES MEMOIRES DE HAVxXU BARNUM

constances, et bien que coulée, se procurer la somme qui lui était nécessaire, mais cette dépense n'était rien à côté de celles que son expatriement rendait immédiatement obligatoires.

Elles costumes? Et les bijoux? Elle n'avait plus rien. Le Mont-de-Piété avait tout pris.

Quelles transes furent les siennes, on le devine.

Or, un malheur ne vient jamais seul. Une recrudescence d'exigences se manifesta chez les créanciers de l'artiste, quand ils apprirent son prochain départ. On mit les huissiers sur les dents, et une affiche de vente souilla les murs neufs encore de rhôtel de l'avenue Monceau.

Une autre que Barnum eût lancé le manche après la cognée et, renonçant à la partie, se fût embarquée comme elle aurait pu, abandonnant hôtel, mobilier et terrains, tout le fruit de ses nombreux travaux, à la rapacité des vautours.

Notre héroïne, elle, sentit son courage et sa persévérance grandir avec le danger. Elle tint tête à la meute — puisque meute est le mot consacré en parlant des créanciers qu'on nomme cependant vautours... 0 violation de la sacro-sainte histoire naturelle!..

Au papier tim.bré, elle répondit donc par du papier timbré, envahie soudain, à cette heure de crise, par

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icroce amour de la chose possédée qui luit des propriétaires menacés de véritables héros.

11 y eut « introduction de référé ». Il y eut des Plaidoiries, dos chicanes savantes, des oppositions,

-^ trucs retors, tout une série de paperasses échan-

^s, et, finalement, la Barnum obtint quarante

irs de sursis.

Elle avait quarante jours devant elle I Avant quar nte jours, on ne pourrait vendre. 0 bonheur! Qualité jours I mais c'était le salut ! c'était le délai que Christophe Colomb avant de virer de bord demandait à ses matelots !

Ici une parenthèse pour bien faire savourer au îecteur la justesse tout bonnement exquise de cette dernière comparaison. Car, enfin, Sarah, elle aussi, allait découvrir l'Amérique !

Reprenons :

Quarante jours, c'était le sauvetage assuré. En cfTet, avant l'expira lion de ce délai, elle serait à des- '•nation, elle aurait joué, encaissé des dollars, et si

veille de l'expiration de la trêve, elle n'avait point encore par hasard les cinquante mille francs qui lui étaient nécessaires pour obtenir main-levée, Curey ne pçurrait, celte fois, lui refuser une avance, et, par mandat télégraphique inter-océanien, elle « arro-

vri\ y* la monte.

Les chefs de la sus-dite et re-dite meute acceptant ce système de règlement électrique, elle se Trotta les mains. Sa joie fut courte.

Restait encore la question des costumes et des bijoux. Le produit des emprunts contractés en vue de retirer du « clou » tout ce qu'elle y avait engagé, étant dissipé et son portefeuille contenant tout juste la somme nécessaire à son voyage, comment allait-elle faire?

Elle se désespérait, quand le juif Abraham, dit « pcn-lorgneit' » se présenta chez elle.

Un type, ce doux circoncis 1

Le brave commerçant apportait à la Barnum une collection de bijoux par lui évaluée à cent vingt mille francs. Bijoux spéciaux fabriqués pour le théâtre et qui, autrement montés et tous vrais, eussent valu un million, en se basant sur le chitrrô auquel le juif estimait ses cailloux.

Apportait n'est pas le jnot juste. Abraham olfrait à la comédienne de louer sa provision et accompagnait naturellement son offre d'une demande de signature. Il avait en poche un petit acte de bail tout rédigé. Par icelui, la voyageuse s'engageait : l** à restituera son retour les bijoux qa'ehe ne pourrait aliéner sans encourir une pomsaiie pt)Ur escroguene: t h pay^ le montant de leur location aux ûeux tiers de leui

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valeur, si ^^lle ne préférait pas alors les garder et en donner cent vingt mille francs.

Passons la série des petits billets et aïkîres paperasses « d ' garantie » que Vexportée dut signer en môme temps que l'acte. Cependant, ce n'était pas encore tout : l'Israélite avait calculé tous les aléa de son prêt : risques de naufrage et de collisions ou d'incendit' en mer, risques d'assassinat en Amérique, d'explosimi sur les steam-boat, de déraillement sur les chemins de fer. Aussi, avait-il fait préparer une police dnssurance sur la 7ie au nom de la comédienne; aii\ termes de cette police, il devait toucher le doublt* de ses débours, s'il arrivait malheur à 1' '-surép'

LaBarniim consentit à tout ce qu'il voulut, sauta sur les bi.i mx et cria : Oufl Enfin, elle était libérée I Enfin ell'* eu avait fini 1 Dans trois jours elle s'embarquera ii

Hélas! r'»is fois hélas l une suprême tuile devait lui di'LTi »ler sur la tête.

~ \nnette tombe gravement malade. Voilà ledépan -Tipromis. 11 faut le temps de trouver quelqu'n nii consente à remplacer la malade, qui le puisse -urioui, car il s'agit d'apprendre, chemin f.iisani, si\ ou sept grands rôles.

Après les impécalions de rigueur, Sarah met en chasse ses amis — et ne trouve personne.

Tout à coup, elle pousse un vigoureux Eurêka, Elle se rappelle... Marthe n'est-elle pas là? Sa chère Marthe qui l'aime toujours malgré tout I Elle lui dira : Question de vie ou de mort, et, pour la sauver, ^Jarthe se dévouera une fois de plus.

— Ma bonne Girard, vite I vite I Saute en voilure, mon pHit dam! Tu vas trouver et m'amener Pigeonnier coûte que coûte.

Pigeonnier arrive, se laisse émouvoir, convaincre, séduire, embobiner, et, comme on n'a pas le temps de demander même télégraphiquement son acceptation à Gurey qui est déjà à San Francisco, la naïve actrice s'embarque sans engagement.

La Barnum lui a dit : « Un traité serait inutile ; puisque tu remplaces ma sœur, tu auras avec ses rôles ses appointements, soit, par mois, six mille francs. » Marthe n'a pas insisté.

N'a-t-elle pas, il y a trois ans, refusé à Maurice Grau de partir en tournée aux États-Unis avec quinze mille francs par mois ? Mais, aujourd'hui, il s'agit de sauver Sarah I Sauver, est le mot juste, car la comédienne lui a déclaré ne pouvoir survi^te à sa ruine,*ôt, ce serait la ruine, la plus humiliante des dégringolades que de ne pas partir au jour dit, et,

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par suite, de ne pouvoir dans les quarante jours apaiser les créanciers qui veulent faire vendre son hôtel...

Donc, grâce à son amie, la tragédienne put filer. La traversée n'eut rien de remarquable. Le mal de mer ne guérit pas Sarah de son incommensurable orgueil et encore moins de sa manie de poser. Dans ses conversations, à propos d'un rien, elle donnait carrière à son puéril amour-propre, à son habitude dominatrice de régenter tout le monde.

Un jour, parlant de son influence, de son « clan », elle affirma avoir eu une action vivifiante sur ceux qui l'avaient approchée :

— Tout le monde, ajouta-t-elle sans rire, se réchauffe à mes rayons : je suis comme le soleil 1

— Oui, bel astre, répondit une camarade, tu es comme le soleil : tu dessèches I

On arrive au Mexique. L'imprésario et l'agent de l'étoile. Cheville tt, font une réclame monstre, maia la Barnum n'y gagne que de passer à l'état de phénomène. On vient la voir comme une curiosité.

— Mou talent, dit-elle, passe à peu près inaperçu, ces gens-ci sont incapables de l'apprécier, mais, qu'importe : les recettes sont bonnes I

Pourtant, si, à force de dollars, l'artiste se console de n'être pas applaudie à ses souhaits, elle

ne pardonne pas à ses hôtes de ne pas ladmirer en tant que femme. Il lui faut se résigner. Le gin et le wisky l'y aident. Elle prend de plus en plus l'habitude des spiritueux, et en vient à se griser chaque soir.

Les villes, les pays se succèdent, sans qu'elle ait séduit qui que ce soit. Pauvre Sarah I Pauvre soleil I

En vue de la réclame, on lui a conseillé une vie exemplaire, mais sa sagesse lui pèse vite et elle s'en repose auprès d'Angel, reprise de son ancien caprice du Parihénon. Quant à ses camarades, ils sont comme s'ils n*existaient pas, misérables habitants d'une sphère inférieure. Elle roucoule dans son car somptueux, y mène large vie au frais de l'imprésario, et laisse se débrouiller ses compagnons qui grillent ou qui gèlent dans les wagons-omnibus. Même, au mépris de ses promesses et de ce qu'elle doit à ce « sauveteur », elle oublie complètement Pigeonnier.

Celle-ci en aurait ri, si, à l'expiration de la première quinzaine de représentations, elle n'avait brusquement découvert sa propre imprudence, et l'inouï sans-façon de Sarah, ingrate jusqu'à l'odieux.

Marthe, en effet, demande ses appointements des quinze Jours et reçoit... quinze cents francs. Elle

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proteste, devant avoir le double, d'après ce que lui a dit la Barnum, et, puisqu'elle remplace A.nnette, ayant droit, comme celle-ci, à trois cents louis par mois.

Mais Ghevillett déclare ne rien pou v ou faire, Sarah se dérobe lâchement, et tous deux renvoient Pigeonnier à Gurey.

Gurey ne parle pas français 1 1 1

Et d'abord, il ne sait rien, ne comprend pas ce dont on veut l'entretenir, ne connaît pas Marthe. Il a engagé Annette et n'est lié par traité qu'avec elle I

La victime de ce... procédé est naturellement furieuse, mais voilà bientôt une autre histoire. La Barnum fait venir de France sa sœur à peu près maintenant guérie et à qui elle est lasse d'envoyer des subsides ! Pigeonnier étant jouée, ne veut pas jouer davantage. Elle va partir : Gurey n'a plus qu'à ne pas la payer, puisqu'il y a un double emploi I

Alors, la tragédienne s'emporte et la menace de faire signer, à tous les membres de la troupe, une protestation qu'on publiera urbi et orbi, et dans laquelle elle présentera cette fuite comme une désertion décidée pour empêcher l'œuvre commune, et perdre la tournée 1 1 1

Car elle ne veut pas que Marthe s'en retourne : elle en a besoin ! Sa sœur est soulfrante encore, peut

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retomber malade, il faut qu'on la puisse toujours remplacer.

Les menaces de notre Machiavel n'arrêtant pas son amie, elle en revient à la douceur, aux éternelles promesses. Pigeonnier continuera à ne toucher que cent cinquante louis au lieu de trois cents, mais Sarah n'oubliera ni les services rendus, ni sa parole, et, si l'expédition réussit, la dédommagera de ses propres deniers.

Et Marthe se laissa prendre à ce sucre. Elle resta l

Sa récompense fut une série de petites malpropretés que couronna un lâchage complet. Au moment du retour, la Barnum oublia ses promesses, et même, quoique enrichie par sa fructueuse tournée, refusa à sa compagne un prêt de vingt-cinq louis ! Sans un compatriote que Marthe rencontra et qui lui avança cette somme, l'actrice ne pouvait complètement payer son hôtel à Rio de Janeiro et s'embarquer sur le paekett, à moins d'abandonner ses bagages ! 1 1

Cette fois, au moins, elle était fixée. Quant à la Barnum, elle demeurait sereine et triomphante, comme ne pouvant supposer qu'à la longue les dévouements se brisent, et que l'accumulation des révoltes fait plus dur le ressentiment.

La voyageuse, en rentrant avenue Monceau,

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s'occupa de liquider sa situation. Elle n'avait pas attendu l'expiration du sursis des quarante jours, pour expédier d'Amérique, par le câble, les cinquante mille francs qui devaient sauver son hôtel d'une vente. Pendant le reste du voyage, quatre cent cinquante autres mille francs avaient suivi ce premier envoi. Cependant, il lui restait à en finir avec quelques créanciers. Après quoi, les bijoux de Samuel payés, elle en acheta d'autres d'infiniment plus de valeur, et se fit bâtir une villa sur ses terrains de Sainte-Enveloppe, préalablement dégrevés.

Tout cela fit une belle saignée au « magot » que rapportait la tragédienne, et l'éternel gâchage aidant, un mois après son retour, elle n'avait plus le sou.

Elle s'en préoccupa relativement peu. N'avait-elle pas la ressource de refaire d'autres tournées ? Et mise en goût par son excursion à travers l'Amérique,

le s'occupa bientôt de parcourir l'Europe. Seulement, cette fois, elle serait son propre imprésario. Chevillett, moyennant sa commission habituelle sur les recettes, organiserait la chose pour le mieux et jouerait de la réclame avec son ordinaire habileté.

Aussitôt dit, aussitôt embarquée I La hâbleuse comédienne avait d'ailleurs préparé Paris à cette nouvelle fugue, en faisant répandre le bruit qu'elle

était ruinée par suite de la déconfiture d'un de ses parents, cliargé de faire fructifier ses fonds I

D'abord, il y eut un voyage d'essai. On se promena par toute la province, et avec un succès des plus vifs. Ghevillett et son lieutenant Lévy américanisèrent les départements, et élevèrent la publicité théâtrale à la hauteur d'un art. Leurs affiches furent des poèmes, leurs trucs des perfectionnements de la Malle des Indes. La presse, d'ailleurs, les aidait à miracle, en chantant Sarah sur tous les tons, en exaltant son merveilleux talent, et en grossissant encore son triomphe à l'étranger.

C'est à cette époque, phase du tambourin, de la grosse caisse et des cymbales, que notre héroïne atteignit son apogée. C'est à cette époque que le cliché « la grrrande tragédienne » entra dans la langue courante.

Ghevillett et Lévy avaient une façon de le prononcer, en faisant ronfler les r, qui, à elle seule, attirait les foules au bureau de location !

Nous disons que la Barnum arriva alors h son apogée, mais le mot est doublement Juste, car, à tous les points de vue, sa gloire fut complète, et la Renommée aux cent mille journaux trompetta ses louanges anivcràellemenl.

Yolupleusement, elle se baigna dans ce bonheur

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