‹ Les mémoires de Sarah Barnum. Avec une préfChapitre 4 sur 20 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

étant en France un 'produit du terroir^ une fleur naturelle. Ce n''est pas ce jardinier verveux du nom d'Henry Céard qui me démentira.

Maintenant, — pour revenir à ces Mémoires de Sarah Barnum dont le ton de belle humeur m'a mis en joie et dont je savoure à V avance la tapageuse explosion, — est-ce être suffisamment juste que de les déclarer spirituels et amusants? Je ne le crois pas. Il y a dans ces trois cents pages plus que de la gaieté, plus que de l'esprit : j'y découvre une très réelle et très fine observation. Tels portraits de votre héroïne sont merveilleux de vu et de rendu. Peu de romanciers les eussent aussi bien réussis. Vous n'avez pas prétendu faire œuvre d'art, mais les artistes trouveront dans votre œuvre une mine de documents.

J'ai lâché le grand inot, et je le maintiens. Om] votre volume est documentaire.

Notre grand Ed. de Goncourt, dans sa pi'éface de La Faustin, préconise l'appel aux a souvenirs vivants » pour les aétudes psychologiques et physiologiques » sur la femme. « Je trouve, dit-il, que les livres écrits sur les femm.es par des hommes manquent, manquent... de la collaboration féminine... » Et, il demande à ses lectrices de lui révéler par d'anonymes confidences « toute l'inconnue fëminililé du tréfond de la femme^ que les maris et même les amants passent leur vie à

PREFACE Xra

ignorer ». Le maître^ en un mot y veut faire pour ses héroïnes contemporaines, ce quon fait avant d'écrire un livre sur une femme du passé, « un appel à tous les détenteurs de la vie de cette femme^ à tous les possesseurs de petits morceaux de papier^ où se trouve raconté un peu de V histoire de l'âme de la morte ».

Vous aviez lu cette préface d'Edmond de Concourt et vous avez voulu lui apporter les ^ documents humains » demandés. C'est encore de l'esprit cela, car si votre livre devra le succès à sa verve amusante, il devra de rester à son côté danabjse et de constatation.

Ne vous méprenez pas^ d'ailleurs^ à ces deux mots, /entends simplement dire que vous avez travaillé d'après nature et sans rien abandonner à la fantaisie. Vous avez simplement saupoudré de votre esprit et allégé par votre rire des procès-verbaux de choses vues, lues ou entendues. Que vous ayez écouté vos souvenirs, fouillé vos tiroirs pleins de lettres, ou interrogé des témoins oculaires : vous avez fait vrai. Cest énorme de courage^ et, comme art, cela me semble d'une supérieure méthode. A présent, laissez dire les sots qui, pouvant se régaler tout d'une haleine, vont à chaque page « plafonner » à l'instar de votre Sarah, et l'œil rv^u: le nez aux corniches, chercher à mettre un nom sur le fnasque de vos pantins et sur celui de l'héroïne. A/ tinte

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