ON NE MEURT PAS D'AMOUR
On Vailuma. Naturellement il ne prît point. Sarah réédita le mot de Gambronne. La cheminée n'en resta pas moins obscure.
— Madame m'excusera, dit le garçon, mais Jamais personne ne vient ici, en hiver, et dame 1 la cheminée n'est là que pour la forme... pour garnir I
Puis, il souffla les tisons, agenouillé devant la plaque rouillée, glissant ses favoris jusque entre les chenetSi
Des étincelles rougirent le creux noir et une fumée acre, épaisse et lourde, pénétra dans le cabinet.
— Alors nous disons : potage Bisque...
— Ce que vous voudrez, fit Angel impatienté, et qui, amplement muni de cet interne calorique spécial aux jeunes gens énamourés, ne sentait pas le froid glisser sur ses épaules.
Le dîner fut épouvantable.
Toutefois, les deux amoureux ne s'en aperçurent
point d'abord, tout entiers à s'essuyer les yeux.
Car, ils larmoyaient et toussaient à plaisir, étranglés,
sufToqués , p'ir la fumée victorieuse.
Un moment vint où ce ne fut plus tenable. Sarah
•ïnt les beaux yeux semblaient, à force de fleurs,
« bordés d'anchois », suivant son mot, se levg
et courut à la fenêtre qu'elle ouvrit. Immédiatement un courant d'air glacial pénétra dans la pièce. La fumée lutta contre cet envahissement froid. Elle s'épaissit, se fit nuage opaque, puis se condensa autour du bec de gaz et, finalement, monta vers le plafond. On put respirer.
Pendant une minute, ce fut pour les deux dîneurs une exquise jouissance.
Mais , bientôt , la jeune femme, saisie, claqua des dents. Angel se précipita vers la croisée et la referma, mais la fumée redescendit d'un seul coup, et la cheminée se mit à en vomir de nouveaux torrents. Il dut rouvrir, puis, découragé, il vint se rasseoir près de Sarah.
— Je grelotte, cher amour, dit la comédienne, passe-moi ton pardessus...
Il obéit. Alors elle prit dans le bateau, devant elle, une crevette qu'elle suça délicatement. Au bout d'une minute, elle s'arrêta de manger, et, de nouveau, claqua des dents.
Angel dont l'amour tuait l'appétit s'était agenouillé cependant, et lui serrait la taille.
— Cher ange I cher trésor I m'aimes-tu ? disait-il.
— Comme j'ai froid I répondit-elle. Tu n'as plus rien pour me couvrir?
ON NE MEURT PAS D'AMOUR!... lit
n quitta sa jaquette, lui en couvrit les jambes. Ell« reprit une seconde crevette.
— M*aimes-tu ? répétait-il, toujours agenouillé*
— Si je t'aime?...
Et elle se versa à boire. Mais, sans vider son Verre, elle le reposa.
— Ma parole, je gèle, mon amour I Tai l'onglée aux pieds.
Il lui enleva ses souliers et lui entoura les chevilles avec son gilet. Jlnsuite, il reprit :
— M'aimes-tu réellement, bien réellement, ma Sarah ? «
— Peux-tu le demander ?
Et elle se secoua dans un frisson, se pelotonna dans Tangle du dossier, trembla de nouveau. Il chercha ce dont il pourrait bien se dépouiller encore, ne trouva rien de mieux que de lui faire un collier de ses bras.
Elle daigna sourire.
— Alors, c'est sérieux? Tu..,
Il n'acheva point. Un éternuement formidable loi chauffa le crâne en lui titillant les narines.
— A tes souhaits ! flûta sa compagne en découvrant un nouveau plat.
Mais Angel voulait ne pas sentir le fro'd qui lui étreignait les épaules et les reins. Éperdu, se tam-
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ponnant le nez de son mouchoir, il restait en bras de chemise et à la même place, embrassant sous son pardessus les genoux de l'adorée :
— Comme je suis fou de toi I...
Et le$ éternuements continuaient. Sarah n'avait plus froid. Elle dévorait, mise en belle humeur, et se convulsant dans un fou rire, chaque fois qu'Angel éternuait. Le malheureux maintenant parlait du nez et grelottait, les yeux rougis.
— Ma Sarah I... Atchi... Ma belle Sarah I... je t'ado... Atchi...
La comécïîenne mit une heure à souper.
Roméo en fut quitte pour un rhume.
Ils continuèrent leur amoureux train-train. Pourquoi se serait-elle gênée? Marasky demeurait aveugle et sourd. La perle des amants que ce Russe! Il croyait tout, ne discutait jamais. Pas Tombre d'une querelle avec lui. Elle n'avait qu'à alléguer la nécessité d'une visite à sa tante, ou le doublage des répétitions pour se trouver libre.
Au fond, elle eût voulu le voir jaloux. Même, elle lui reprocha de ne pas l'être, reprise de son désir de le captiver complètement, d'inspirer une vraie passion.
— Et pourtant je t'adore I répétait-elle. Et pourtant tu es le seul homme qui m'ait fait comprendre