ON NE MEURT PAS D'AMOUR I
l'amour, qui m'ait fait partager ses extases, le seul qui ait ému mes sens I...
Il écoutait, impassible, la musique de sa voix, se prêtait à ses enlacements félins, mais son œil demeurait froid, ou bien s'éclairait d'un subit et fugace reflet dans lequel elle essayait en vain de démêler une pensée, tremblante parfois, pour y avoir cru découvrir une ironie sceptique, ou, d'autres jours, radieuse, pour s'être imaginé y lire une joie mêlée d'orgueil.
Dr, un matin, Marasky ayant déposé l'enveloppe contenant ses cent louis mensuels, au coin d'un meuble, prit soi> chapeau et congé.
Le soir même, en une lettre de deux lignes, D annonça qu'il ne reviendrait plus.
C'était la catastrophe. Cependant, un étennement séchait le désespoir rageur de Sarah. Pourquoi cette fuite ? Elle mendia une explication.
Tante Rosette mise en campagne, revint navrée. Le banquier n'aimait pas le « cabotin » comme il disait. Il avait toléré les autres gens de son monde; mais cet homme à préjugés refusait tout partage avec Ângel.
La Burnum resia écrasée.
n savait donc tout I Et il ne disait rien l'hypocrittl
C'était donc cpla que cachait son vague regard de sphinx ?
— Mais comment ?
L'enquête commença, bien menée. Et la tragédienne apprit avec une stupéfaction, une colère et un désespoir indescriptibles, que sa confidente, c'est-àdire sa femme de chambre, l'avait trahie I
Ce n'était pas, du reste, une de ces trahisons banales et laides, familières aux servantes impayées ou maltraitées. C'était la trahison involontaire d'une brave fille, moins... durillonnée que Sarah. Elle aimait, la pauvre, et disait tout à l'être aimé I
Et qui était cet heureux confident? Le propre valet de chambre du banquier I
Celui-ci, tous les matins, apprenait du larbin zélé mais trop loquace, les faits et gestes de Sarah pendant le jour précédent.
A quoi tiennent pourtant les destinées des empires et les fortunes des jolies femmes I Si Sarah avait pris une femme de chambre grêlée, ou si le valet du Russe avait été moins joli homme, la tragédienne aurait longtemps pu continuer son manège I Mais hélas ' /lul ne prévoit l'avenir î Les Napoléon ont leur Grouchy; les femmes, leur soubrette amoureuse ou indiscrète, et les uns et les autres trouvent leur Waterloo I