UD
aisait dei j
DB LINFLUBNqB D*UN FEU... 149
— Eh bien I s'écria l'artiste, est-ce que j'ai menti?
Chaque jour, c'était une histoire aussi joyeuse. Le défilé incessant des amis, des courtisans fournissait à la comédienne mille prétextes à folies dont les victimes riaient, mais moins, franchement que Conster^ey. 11 fallait à Sarah une cible, et il lui en fallait uqe tous les quarts d'heure. Le dernier invité sorti du salon semblait toujours le plus malmené, la Bamum qui l'accompagnait, descendant jusqu'aux grimaces derrière son dos, jusqu'aux simulacres de coups de pied, mais les autres, restés au coin du feu « écoppaient » plus encore, quand venait leur tour, et, les uns après les autres, amusaient après s'être amusés.
A certains soirs, aucun n'osait s'en aller, à la pensée du débinage qui suivrait son départ !
Et puis, c'était le théâtre qui, encore et plus que tout, alimentait la verve méchante de Sarah. Elle y tenait, par son tapage plus encore que par ses succès, une place énorme, peu en rapport avec sa fluette personne, et y revenait toujours dans ses conversations, dans sa vie courante. Comme toutes les vraies actrices, elle l'aimait du reste pour lui-même, pour
la laideur de ses dessous, la vulgarité de ses coulisses, autant que pour l'éclat de ses triomphes. Ce thé&tre, elle le transportait partout. La mode
150 LEl jÉeâMOIRBS DE SARAH BARIHIM
da reste, vers la fin de l'Empire, était anx représentations intimes, aux scènes improvisées, an Gêbotinage universel. Quand Sarah n*étalt pas prise par le Parthénon, elle était presque toujours invitée à venir dire des vers ou Jouer le Voyageur dans les salons. Ce? représentations devant des auditoires restreints et choisis ne manquaient pas plus de gaieté que lés autres. L'une d'elles fut marquée par un incident comique dont on s'aùiusa longtemps.
C'était chez Arsène Houssaye, l'ex-directeur de la Comédie Française^ l'homme d'esprit et le fin littérateur qui, à force de peindre ou d'étudier amoureusement son cher dix-huitième siècle, en a ressuscité l'exquise urbanité, la grivoiserie aussi élégante que spirituelle, et a comme rajeuni la grâce poudrée dlris de cette incomparable époque.
Sarah, en retard ainsi que toujours, revêt vite son costume de trouvère napolitain et s'embarque dans un fiacre avec son amie Pigeonnier, la Sylvie du Voyageur. Les deux artistes arrivent, entrent en scène chacune à leur tour, et, à peine réunies, tout en échangeant leurs répliques, se disent du regard leur élonnement : le public rit aux premiers rangs, rit en dessous, sous les claques, sous les éventails, sous les mouchoirs, d*un rire discret de gens da monde, mais cnQn rit. ^
f DE L*INFLUENGB D'UH WW... VUl
Sarab se l&clie. Son orgueil se cabre. Elle mâche ses vers, ironce le sourcil. Hais, bientôt, c'est au tour de sa compagne de slrriter, car, maintenant, le trou'* Yère rit aussi, et non moins en dessous & cause de son rôle. Sylvie n'y comprend i^us rien. Sa bonm amie, profitant de ce gnll n^y a pas de souffleur, veut-elle lui causer un mangue de mémoire? Elle s'étudie, parvient à ne pas rater ses effets et ses répliques, mais, une fois rentrée dans lé petit salos gui sert de coulisses, elle apostrophe vigoureusement la Bamum.
Celle-ci, que plus rien ne gône, rit plus fort, bien h son aise, et dit enfin & sa camarade dmrfe :
— Tiens, regarde I
Et elle montre sa Jambe gaudie.
Horreur I Elle s'est habillée trop vite ; déplacé par les cahots de la voiture, le mollet a tourné et étale sa rotondité bouffonne sur le devant de la Jambe : l'actrice a l'air d'avoir une grosseur sur le tibia!
— Tu comprends, dit-elle de son air narquois tpû se moque de tout, voire du ridicule, quand J'ai vu que tous ces gens riaient, J'ai profité de ton monologue pour suivre la direction de leurs regards et savoir ce qui les amusait si fort... J'abaisse te^ yeux et J'aperçois çal... Du coup, Je n'ai pas pu tenir mdn sérieux ! Pour un peu, J'aurais éclaté 09
aoëDe: J'étouITais de ne pouvoir rire à mon ^eL.?
El des deux mains, elle fit reveDir en place le mollet fugitif qui lui modela un semblant dejarabe.
— Et dire que j'en porte toujours! ajoute-t-elle, ce qui n'empêche pas qu'on blague mes pauvres flûtes!... Qu'est-ce que caserait sans mes postiches!...
A ce moment encore, Sarah parlait volontiers de sa maigreiir. Ses études artistiques, dont nous avons parlé plus haut, n'avaient pas encore développé chez elle le sens de la beauté plastique. Ainsi, dans son appartement de la rue d'Italie, les habitués avaierV leurs entrées libres dans son cabinet de toilette et ]\ surprenaient dans tous les costumes, ou sans cos lame, sans que sa coquetterie s'elTarouch&t. Elle tvail l'orgueil d'être prise telle qu'elle était, et. daos son mépris jaloux pour les autres femmes, elle affectait un grand dédain pour le mystère dont elles entouraient leur toilette. Puis, pour tout dire, en sa parfaite vanité, elle se croyait, môme physiquement, OD être incomparablement parfait, indéniablemeoi ^ suptSrieur.
Au théâtre, sa loge demeurait constamment ott verte, et tous, jusqu'au pompier de service, p la voir taire sa tète, et môme, avec une naïve im deur, vaquer à de plus intimes occupations. Ses p ttebes ? mais c'était une concession aux goûts ori
^^ deur, vaque: