COUPS DE TÊTE, D*ÊPINGLE ET AUTRES... 5Ô
nocle^ le chien et la nouvelle à la main, s'il ne les avait pas trouvés en venant au monde... mais qui du moins a perfectionné les uns et les autres.
Le journaliste commença par blaguer sa nouvelle connaissance et se livra sur elle à une série de « mots » qui eussent affolé Villemessant, Tennemi du gaspillage. Mais, de ce côté, Koll était fort riche, et Sarah ne se rebiffa point dans le doux espoir qu'un bon article la payerait de Toffre d'une pâte h faire couper les rasoirs que le chroniqueur lui proposa, en rinvitant à dîner.
Ce dîner pour lequel se surpassa la cuisinière de Thomme de plume, fut le vrai début de Tartiste dans le monde. Elle y trouva comme femmes, la Barucci et la petite Pigeonnier que Veuillot venait de pourtraicturerà la bave.
Gomme hommes, la société ne laissait pas que
d'être mêlée.
Il y avait là le duc d'Arcole, Philippe de Cassa, officier et auteur dramatique de salon, qui rêvait l'avènement d'une République, pour faire jouer son pseudo-théâtre au Français, —le prince Roubleskoy, le romancier Delayrac, le duc de Genova, Pommier le dramaturge, le prince Muray, et quelques autres fa uiliers des Tiiil v'n^i^.
Sinon comme posill j.i sociale, du moins par son
abdomen, un sieur Koège tenait parmi eux le plus de place.
Un curieux homme ce Koège I Usurier de son état, il décrottait volontiers sa juiverie pour le plaisir de se faufiler parmi les gens de lettres.
C'était, envers d'aucuns de ses contemporains, un Gobseck, envers bien d'autres, les artistes par exemple, un pôussah bon enfant. Il prêtait aux premiers à 3 et 400 pour cent, aux autres à 30 seulement, comblant la différence en fins dîners, en poignées de main honorantes et flatteuses, en billets de théâtre, en dessins, en dons d'exemplaires de volumes nouveaux -— première édition. Tous les hommes marquants de la Cour impériale, comme la plupart des écrivains de Tépoque, étaient ses obligés, à des taux divers. Si bien que, ce jour-là, parmi les convives du sexe laid, il en était peu dont il n'eût négocié « le babier», au cours de ses « bedides avvaires ».
Sarah, bien que transportée de joie à approcher ces gloires de la Cour et des lettres, se conduisit on femme de bon sens. Ce fut sur Koège qu'elle jeta son dévolu. Le lendemain, ils s'étaient tous deux entendus. Elle n'avait pas encore avoué sa conversion au fils de Sem, et le vieux circoncis lui assurait une pension mensuelle.
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C'eût été la misère pour Tactrice, — un vrai gouffre dont sa famille doublait les capacités absorbantes, — - si Koëge, heureux et fier de sa conquête, ne lui avait présenté plusieurs amis.
Amis, dans la bouche du juif, voulait dire : clients.
Le premier fut Moulet, jeune viveur, trop souvent décavé, aimable garçon au demeurant. Puis vint Lanat, un fabricant d*eau-de-vie, député de la Fine- Champagne au Corps Législatif. Ce dernier possédait une réputation à laquelle ses produits alcooliques demeuraient étrangers.
Quelque temps après son élection, il avait été invité à un bal aux Tuileries et y était allé en... culotte de peau, son domestique lui ayant dit que les hôtes de Leurs Majestés portaient en soirée la culotte courte ! Lanat avait dû à cette innovation de toilette, innovation restée du reste sans imitateurs, une précoce célébrité dont le débit de son cognac avait ressenti les effets bienfaisants. C'était bien avant l'arrivée aux affaires de M. Darimon.
Avec ces trois hommes sous la main, la Barnum aurait dû être heureuse, mais soit que son dépit de ne pas plus trouver, avec eux, qu'auparavant les amoureuses sensations qu'elle souhaitait enfin connaître, 'soit que, réellement, elle fût impropre à gouverner sa barque, sa situation s'améliora & peine,
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M elle s'engagea dès lors dans celte voie besoîgneuse dont elle ne devait jamais plus sortir.
Têtue et incapable de suivre un conseil, rarlislo se refusait à écouter tante Rosette dont les sages avis, si elle les e&t suivis, pouvaient assurer sop avenir.
— Un amant, lui répondait-elle, c'est un seigneur et maître, c'est un joug. N'en faut pas 1
Et, incapable de se faire prendre au sérieux par un des hommes qui la courtisaient, elle préférait n'avoir que des amis. Telle était sa maxime. Sur quoi, elle s'arrangea un plan d'existence auquel elle ne devait plus renoncer et qu'alimenterait une incessante commandite.
Aux débuts, cela marcha assez bien. Puis, vinrent des hauts et des bas. Les gens se lassaio.ît, après avoir été des dupes complaisantes. Celle fille révoltait de ses roueries les plus corrompus et ne les retenait que par le contraste de celles-ci avec ses naïvetés. A tous, elle essayait de persuader qu'ils étaient aimés pour eux-mômes. Aux nouveaux venus, — elle disait, chaque fois, dans l'alanguisscment des baisers endormis qui, sous les courtines, saluent l'aube rose :
— Tu es le premier qui m'ait faite femme. Avant toi, j'ignorais l'amour I...