‹ Les mémoires de Sarah BarnumChapitre 6 sur 20 · COUPS DB TÊTE, D'EPINGLE ET AUTRES · texte numérisé non relu

COUPS DB TÊTE, D'EPINGLE ET AUTRES

pas mal élevée : tu n'es pas élevée du tout, c'est bien simple...

Cependant, créanciers et huissiers ne s'apitoyaient pas à voir ce gâchage de ce train de maison. La femme de chambre, la cuisinière et la nourrice du petit Loris ne venaient pas h bout de les recevoir. Tant et si bien que voulant échapper à la meute, Sarah, la veille du jour où Ton devait de nouveau la saisir, utilisa les trois femmes pour soudoyer la concierge ou la duper, l'on ne sait de quelle fagon et déménager le contenu de l'appartement « à la cloche de bois ».

On transporta tout dans une petite maisonnette à Auteuil. Et la vie, sur ce bon tour, recommença pareille, avec la préoccupation en plus de dépister les créanciers et les porteurs de papier timbré, qui battaient Paris pour retrouver leur proie.

Certes, pour relativement modiques que ftissent les ressources de la fugitive, pour découragés que fussent ses amis, elle aurait pu se tirer d'affaire. Mais le gaspillage, le gâchis régnaient chez elle. Maintenant elle abandonnait sa ii aison pendant des deujt ou trois jours entiers, trouvant qu'Auteuil était trop loin et se plaignant de ce que les cochers ne voulussent pas l'y conduire à la sortie des théâtres. Elle

demandait rhospitalité tour à tour à chacun de ses

fidèles.

Un jour, au retour d'une de ses absences, elle eut une bizarre surprise.

Las de n'être pas payés, n'ayant plus le sou pour manger, ses domestiques avaient disparu!

Seulement, et là gtt le comique de l'aventure, ils avaient profité de la leçon que leur maltresse leur avait donnée rue de Lafayette.

Ils avaient tout déménagé ; ils avaient fait maison nette! II

Sarah retrouva seulement la nourrice. Elle s'était réfugiée, avec le jeune Loris, chez madame Barnum. La comédienne, naturellement, l'y laissa. Quant h porter plainte, elle ne l'osa pas, à cause des créanciers qu'elle fuyait plus que jamais et qui devaient ignorer son installation àAuteuil.

Cet incident ne changea donc rien à son existence, si ce n'est qu'en diminuant encore le nombre de ses amis, il accéléra sa dégringolade. L'artiste se désespéra. C'était en vain qu'elle essayait de se créer ce qu'elle appelait « des connaissances sérieuses » : ses filets ne retenaient que du menu fretin. Le chagrin fit alors ce miracle de la maigrir encore. Son tempé-^ rament lymphatique, pour comble de malheur, se

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