BONNE RÉSOLUTION
Si nous n'avons pas suffisamment expliqué dans ce récit twis les mouvements de surprise que laissèrent échapper le baron et la comtesse, si nous n'avons pas dit que l'impression produtte sur eux fut grave à ce point de leur faire oublier les formuleg grotesques du narrateur, c'est que nous avons supposé (fu'on a deviné ces mouvements et cette impression, c'est qiied'aillewrs nous allons en voir les résultats. A peine le vieux soldat avait-il fini de parler, que Léonie, qui semblait avoir été la plus curieuse d'entendre les aventures de la jeune mendiante, l'arrêta- j«i nnomeni où elle allait commencer, et lui dit doucement :
— Je me croyais plus forte que je ne le suis. Cette roulé m'a tellement fatiguée que mes yeux se ferment malgré naei ; remettons à demain le récit de vos malheurs, je serai pîus capable de les entendre.
Luizzi comprit l'intention de la comtesse et fit recondurre le mendiant et la jeune fille dans les chambres qu'où leor a'Vait préparées. Le visage de Léonie attestait une préoccupaifon qai flcfttait entre des craintes et des espérances également vagues^ tandis que le visage de Luizzi semblait arrêté dans Texpression d'une terreur insurmontable. Tout à coup Lôonie sembla à ^oii fouf avoir
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fait os choix antre les diverses éoiotioiis de spn àme, et elle dit à Imil avec ane confiance exaltée :
— C'est la voix de Diea qui parle en tout ceci ; c*est son indulgence prévoyante qui a (Qîs sur notre route toutes ces choses extraordinaires, eomme pour nous présenter Toccasion d*une bonne action qui pût conire-halancer un jour devant sa justice la faute que nous commettons,
Laizzi ne répondit point à haute voix, mais il murmura en lui« même : « C'est plutôt la voix de Tenfer qui me donne tous ces avertissements; c'est le pouvoir de Satan qui ouvre devant moi toutes ces voies inextricables où je dois m'égarer. »
-^ Ne pensez-vous pas comme moi? dit Léonie étonnée de la sombre préoccupation d* Armand, qui, pour la première fois, avait été sourd à une de ses paroles... Croyez-vous, au contraire, continaa Léonie, que tout cela soit une menace du sort? car tout cela est trop extraordinaire pour qu'il n*y ait pas une leçon cachée au fond de ces événements. — Je ne sais, répondit Armand d*un ton profoodément découragé. Tout ce qui vient de moi me fait peur; ma vie est un mystère qui m'épouvante, et, je l'avoue, en ce moment, je n'ai foi qu'en la protection que Dieu doit vous accorder, à vous si sainte et si pure devant lui, à vous qu'il a mise sans doute à côté de moi pour m'empôcher de me perdre tout à fait dans la voie où je puis périr. •— Armand i Armand 1 s'écria madame de Cerny, pourquoi cette faiblesse et cette terreur? Rien de ce qui pourrait bous alarmer sur notre destinée ne se môle à ces étranges rencontres. •— C'est que pour moi elles peuvent avoir un sens caebé qu'elles n'ont pas pour vous.
L'expression du baron, pendant qu'il parlait ainsi, était empreinte de cette sombre résignation à une fatalité invincible qui prend l'homme dont tous les calculs pour bien faire ont abouti à faire mal.
La comtesse s*en étonna sérieusement et lui dit à son tour avec découragement :
^ Vous avez peut-être raison. Dieu place le ch&timent à côté de la faute. — Que voulez-vous dire?... demanda vivement le baron. — Qu'à peine sur le seuil de l'existence perdue à laquelle nous nous sommes condamnés l'un et l'autre, vous en avez peut-être le regret...— Léonie I s'écria le baron, avez-vous pensé ce que vous venez de me dire? Suis-je assez misérable pour que vous l'ayez pensé?
11 s'approcha d'elle, puis reprit :
— Oh 1 s'il en est ainsi, vous avez raison, le châtiment est à côté de la faute, car j*ai déjà mérité votre«mépris pour ma faiblesse, —
Non, Don, Armand, dit Léonie en s'approcham à son tonr de lui et en écartant de sa mafn les longs cheveux d'Armand qui ombrageaient son front soucieux, comme si elle eût voulu avec eux en chasser la pensée qui l'assombrissait; non, je n'ai pas pensé cela de toi, mon Armand. J'ai en peur, voilà tout ! mais ce n*e$t pas de toi, je le jure 1 de toi, en qui je crois; de toi qui, je le sais, as eu une existence, marquée de singuliers malheurs, et qui, je le crois, avais besoin d*ô(re aimé pour être heureux. Et moi, je t'ninie tant que je détournerai la fatalité qui t'a fait tant souiïrir.— Oh 1 oui, lui réptmdit Armand en ia serrant contre son cœur, tu es l'ange de ma >ie, tu es la muiu que Dieu me tend pour me sauver dans Torage, tu es la lumière qu'il nie montre rK)ur me guider dans la nuit. Parle! ce que tu me diras de faire, je le ferai ; ce que tu voudras, je le voudrai. — Fh bien! crois-moi, Armand, acceptons comme un signe de la protection de Dieu toutes les choses qui m'ont étonnée et qui l'ont épouvanté. Achevons par nos efforts l'œuvre qM'il semble nous avoir remise dans les mains. Rendims une mère à sa filh*. Dieu, qui a mis les bienfaits au nombre des vertus, acceptera celui-là comme le plus saint et le plus grand qu'on puisse arcoinplir sur cette terre. — Tu as raison, dit Luizzi, ce sera un bienfait pour.toi et une expiation pour moi, et maintenant je puis te dire que j*y avais déjà pensé.
Alors il lui dit la lettre qu'il avait écrite à Gustave de Bridely, ainsi que la manière dont il lui avait recommandé madame Peyrol. Léonie écoulait le baron avec un doux sourire, et, lorsqu'il eut ache>é, elle lui dit en déposant un baiser sur son front et comme si elle eût compris toutes les accusations que cet liomme portait contre lui-même :
~ Armand, tu vois bien que tu es noble et bon quand tu le veux, et (lu'il n'y a que de fausses lumières qui t'égarent...
Puis elle reprit :
— Il faudrait savoir si M. de Bridely a rempli ta mission. C'est hier au soir que tu as remis ta lettre à Fontainebleau, olleadà être reçue ce matin, et à l'heure qu'il est, car la nuit est venue, si cet homme est digne de t'avoir compris, il doit ôlre parti de Paris. Il faut écrire à madame Peyi*ol pour l'en assurer; et, s'il n'e^tpas près d'elle, nous irons nous-mêmes lui apprendre un secret qu'il serait imprudent de conûer à une lettre, ou plutôt nous lui donnerons rendez-vous dans cette maison où nous attendons la sœur et où nous serons trois alors qui te devrons notre bonlieur. — Je vais l'obéir, dit Luizzi d'un ion pensif. Reposeioi; j'écrirai pendant ton sommeil, car il faut aussi que je tasse une longue lettre à mon notaire pour lui expliquer mes^intentions, de manière qu'un séjour
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de Tfngt-cniatre beores à Toalouse suffise à la conclasion de mes affaires.
La comtesse se retira dans la chambre da petit appartement qa ils occupaient, et Luizzi demeura seul.
l'bsclavb.
Sans doute Luizzi ayait raison quand il dit à Lëonie qu'elle était l'ange de sa vie. Car il sembla qu'en le quiuanl elie emportât avec elle tout ce qu'elle donnait à cet homme d'espérance, de foi et de ebarité : d*e$pérance en son avenir, de foi en Piiidulgonce de Dieu, de charité pour ceux qui souffraient près de lui. Aussitôt qn'il fut seul, ses doutes le reprirent : il recommença à calculer sa vie, en raison des bonnes et mauvaises chances qu*il se croyait le pouvoir de combiner et de maîtriser. H se dit que le temps nécessaire pour recevoir la réponse de madame Peyrol ou Tattendre elle même pouvait Texposer, ainsi que la comtesse, à être dérou* verts dans une ville qui est le rendez vous de la moitié des grandes routes de la France. Il se dit qu'après tout il ne pouvait sacriûer sa sùre'é et celle de !a comtesse a une femme dont il n'avait pas fait la destinée, et qui, un jour plus tôt, un jour plus tard, retrouverait sa mère sans qu*il fût besoin de se compromettre pour elle. La mission de Gustave suffisait pour le moment à arracher madame Peyrol à une misère qui ne devait pas être une tien grande souffrance pour une femme élevée dans les rudes habitudes du peuple. La seule chose qui troublât le baron dans ce panégyrique bénévole qu'il faisait de lui-même. Vêtait de savoir si celte mission avait été remplie, et il avait un moyen trop facile de rapprendre pour ne pas y recourir. D'ailleurs Luizzi s*éiait aperçu de la facilité avec laquelle il se laissait alors dominer par la présence de eelui qu'il appelait son escbve, et il résolut de reprendre yis-àvis de lui cette autorité grâce à laquelle il avait quelquefois latte coDtre ce génie du mal.
Il appela donc Satan, et Satan parut sous une forme encore plus extraordinaire que toutes celles qu1l avait choisies jusque-là. Il avait pris la fi$;ure et la forme grotesque d*Akahila lorsqu'il était veto de ses liabits de jockey. Il avait i^extérieur de celle obéissance courbée et craintive de Tesclave malais, obéissance qui cependant semble toujours prête k se relever et à se venger. Lulxzi était loin
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de croire qne Satan Ini avait inspiré tontes les fatales peo&ées qu'il Tenait d^avoir, mais il supposa que le Diable avait deviné sa résohition et qu'il Tavertissait par cette forme d'esclave qtt*il s'y était soumis d'avance. Luizzi le mesura d*Qn regard assuré, devant lequel Satan baissa les yeux, puis il lui dit d'une voiximpérative:
— Gustave esi-il parti pour le Taillis? —Il est parti, maître, dit Satan. — Accomplira-l-il ma mission? —Ceci est de Tavenir, et je ne puis te le dire. — - C'est just^,:i:{|ais dans quelles intentions estil paiti? — Voici, repartit Satan en jetant un parchemin sur la table, qui te l'expliquera mieux queue pourrait le faire un long récit que ta u*as peut-être pas le temps d'entendre.
IxLuiï ouvrit ce parchemin. C'était uo arbre gépéalogiquet le voici ;
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