‹ Les mémoires du diableChapitre 17 sur 49 · I.F.S MKMOIHRS PU DIAULF · texte numérisé non relu

I.F.S MKMOIHRS PU DIAULF

mo (lire? qui m'assiiiorn (]ii(> IMiypocrisic, ccl liubil Inimpoiir, iio cache pas d'affreuses maladies?

— Regarde sous les vêtements.

— C'est-à-diro qu'il faut que j'écoute les histoires que tu me raconteras? Je n'y ai vu que des crimes.

— Ce n'est pas moi qui ai choisi les sujets.

— Mais si par hasard je rencontrais un être pur, ne le salirais-tu pas par tes récits ?

— Je ne mens ni ne calomnie, c'est l'arme des faibles et des lâches.

— Puisqu'il on est ainsi, maître Satan, puisque j'ai la certitude de savoir la vérité sur toute femme que je rencontrerai, j'accepte le marché que tu m'as proposé, mais à une condition, c'est que j'aurai deux ans pour faire un choix.

— Deux ans, soit, repartit le Diable.

— C'est convenu ?

— Convenu.

— Alors guéris-moi.

— Je n'y puis rien, repartit Satan. Je ne touche point aux choses matérielles de ce monde, tu le sais bien.

— Alors tu m'as donc trompé ?

— Tu es toujours le même : défiant, parce que tu es faux. Va, dans trois semaines tu seras aussi bien portant que tu peux l'être.

— Et comment? dit Luizzi.

Le Diable n'y était plus.

374 LES iMÉMOIRES DU DIABLE

Une belle cure.

Luizzi se trouva fort désappointé de la subite disparition de Satan ; mais, rassuré par ses promesses, il considéra sa position d'un esprit plus calme et finit par comprendre qu'elle n'était pa§ aussi désespérée qu'il se l'était imaginé. C'est que l'effroi lui avait fait voir des monstres dans les obstacles qu'il avait à vaincre.

Un moment après, madame Humbert rentra ; mais, au lieu de l'énorme bocal de sangsues, de la provision de farine de graine de moutarde qu'il s'attendait à voir entre les mains de la matrone, il s'aperçut qu'elle portait un petit plateau sur lequel se trouvaient une tasse de bouillon et un verre d'excellent vin.

Nous avons dit que Luizzi s'était réveillé avec un terrible appétit. L'aspect du bouillon irrita vivement cet appétit, et la faim suggéra au baron l'idée de séduire en secret madame Humbert et de la détacher du complot de ses domestiques : tant il est vrai que l'estomac est le siège du génie dans la plupart des hommes ! Il appela madame Humbert et lui dit ;

— Est-ce pour moi que vous apportez cet excellent déjeuner?

— Pour vous, monsieur? oli ! non, vous êtes trop malade pour rien prendre.

— Allez-vous recommencer à me traiter comme si j'étais fou?

— Seigneur Dieu! reprit madame Humbert; je sais bien que monsieur le Ijaron a toute sa raison, mais il n'en est pas moins vrai que je ne puis pas me permettre de lui donner à manger. Mon V'voir est d'accomplir les ordres du médecin.

— Sans doute, dit l>ui/.zi, mais ce n'est pas voire intérêt.

— Ce n'est pus rinlért'l qui me diiigc, monsieur le baron.

— Tant pis! parce que si vous aviez voulu me donner ce bouillon, je vous l'aurais jiayé comme de l'or potable.

LES MKMOmES DU DIABLE 375

— Et si le docteur Croslencoupe venait ;\ le savoir?

— Je le mettrais ù la porte s'il se làciiait.

— C"ost-;\-ilire (m'il nie mettrait à la porto, moi, et qu'il placrrait auj'rès de vous quoique vieille mochantc garde-malade <|iii forait tout ce qu'il veut.

— Vous avez raison, madame IhimlxMi, je ne lui dirai rien. Voyons ce bouillon.

Madame Humbert le remua dans la tasse et dit encore :

— C'est qu'il faudrait lui dire aussi que vous avez pris tous les remèdes.

— Je le lui dirai, madame Humbert. Donnez-moi ce bouillon. Elle prit la tasse et s'approcha du lit.

— Il y a aussi Pierre et Louis qui pourraient lui rapporter que vous ne suivez pas les ordonnances, repartit madame Humbert d'un air embarrassé ; et elle replaça le bouillon sur le plateau.

— Je pardonne à Pierre et à Louis s'ils veulent me garderie secret; mais donnez-moi ce bouillon.

— Buvez doucement, au moins.

— C'est bien, c'est bien.

— Attendez que je défasse les courroies qui vous atta",hent.

— A la bone heure, madame Humbert, vous êtes une brave femme.

Luizzi avala le bouillon, et se trouva si reconforté que l'espérance lui revint au cœur en même temps que la chaleur à l'estomac.

Vers le soir le docteur Crostencoupe arriva, et demanda si on avait exactement suivi ses ordonnances.

— Ah ! docteur, reprit Luizzi, que j'ai éprouvé une étrange chose aujourd'hui! Imaginez-vous qu'il m'a semblé qu'un voile descendait de mes yeux. Je souffrais d'horribles piqûres sur la poitrine et des cuissons brûlantes aux cuisses.

— Bon ! dit le docteur en Ironçant le sourcil, les sangsues et les sinapismes. Après?

— Après, docteur? à mesure que cette douleur augmentait, je sentais ma tête se dégager, et bientôt il m'a semblé sortir d'une nuit profonde.

— Enfin, s'écria le docteur Crostencoupe, vous êtes sauvé, mon-

sieur le baron ! 11 no s'agit plus que de persévérer dans les mêmes voies; encore deux cents sangsues et quinze applications sinapisées, et vous serez en état de monter à cheval.

— Je l'espère, docteur, dit Liiizzi.

— Mais ce que je vous recommande surtout, c'est la diète la plus exacte.

— Comment, docteur, pas le moindre aliment ?

— Pas un verre d'eau sucrée. La plus légère nourriture, c'est la mort.

— La mort ? dit Luizzi alarmé.

— La mort immédiate et foudroyante

— Bah ! fit le baron d'un air railleur.

— Nouvelle congestion au cerveau, délire, frénésie, ramollissement du cervelet, coma et mort.

— 0 Molière ! pensa Luizzi.

— Vous m'entendez bien, madame Humbert, dit le docteur Crostencoupe.

— Sans doute, sans doute, monsieur le docteur.

— A demain.

Et il sortit. Le lendemain il arriva, apportant une énorme boîte de pastilles et une bouteille cachetée qu'il déposa sur le lit du malade.

— Voici, dit-il, (jui doit compléter votre guérison. Vous prendrez une de ces pastilles d'heure en heure, et dans l'inlcrvalle, vous ne manquerez pas de boire une cuillerée à café de celle li([uc'ur.

— Je le ferai, docteur, je vous assure.

M. Crostencoupe sortit, et immédiatement après madame Ilumbert apporta un bouillon à Luizzi, ((ui le prit avec la joie d'un enfant.

Huit jours se passèrent ainsi, pendant lesquels le docteur ne manquait pas de faii'o une visite tous les malins et une visite tous les soirs, et recommandait l'usage e.xact de ses pilules et de sou julep, qu'on jetait exactement d'heure en heure par la fenêtre. Le baron assurait (|u'il se trouvait ti'op liicii de ce régime pour y manquer.

Brave comme on lion, il a gagné la croix à Austerliiz. (Page 386.)

Toutefois, au bout d'une semaine, il se hasarda à demander au do:teur la permission de prendre un peu de bouillon.

— Du bouillon! repartit le docteur, du bouillon! vous voulez donc détruire l'effet de tous mes soins? du bouillon ! prenez do l'arsenic, ce sera plus tôt fait.

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