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J'cnirai dans la chambre de mon père... (Page 677.)
« Vous devez vous étonner, Édouani, que dans cette cruelle position je n'aie pas trouvé un appui? Un seul homme, le comte de Cerny, brava l'anatlièmo lancé contre notre maison. 11 vint plusieurs lois et se fit mon champion. Je lui lus reconnaissante de ce couiai;e. et je If lui témoignais pai' un accueil plus empressé.
84 l.ivi;.
« Un mois après, toute la Cliaussée-d"Antin s'indignait rlu scandale de ma conduite. Les élégants de la Bouise, qui n'avaient pas songé à moi, se trouvèrent très humiliés de ce qu'ils appelaient le succès de l'ambassadeur du faulwurd Germain. Je dus prier M. de Cerny de m'épargner sa bienveillance.
« Edouard, il me semble que je vous vois lire ma lettre et que vous êtes prêt à en tourner les feuillets pour chercher si, au milieu de tout cet abandon, je ne nommerai pas enfin celui à qui je devais avair recours. Hélas! n'ai-je pas déjà trop cruellement parié de mon père, et laut-il que je sois réduite à l'accuser encore ?
« Mon père ne demeurait point avec nous, et ne venait que rarement nous rendre visite; et cette visite, savez-vous quel en était toujours le motif? un besoin d'argent, un emprunt à faire à mon vaw .
« Si vous saviez, Edouard, par quelles humiliations Guillaume faisait acheter à mon jtauvre père les secours qu'il lui donnait, vous comprendriez que je ne voulusse ]ias ajouter la confidence de mes chagrins à cet horrible supplice.
« Je suis bien misérable maintenant, Edouard, et vous vous étonnez quelquefois de mon courage à supporter cci tai nés privations : c'est que. mii'ux ([ue i>oi'sonne. j'ai appris ce qu'il en coûte d'avoir des désirs au-dessus de sa fortune.
« Puis une passion terrible égarait miui père: il était joueur, et moi, vous savez, je ne suis pas assez forle pour avoir aucune passion. J'ai vécu de luxe sans en jouir; je vis de misère sans en souffrir.
«Vous le voyez, Edouard, j'étais abandonnée de lois côtés, dominée par l'aveugle sottise de Guillaume, bafouée par la servilité de ses commensaux et tournée en ridicule par la haine de leurs femmes.
« Je me résignai, je me lus. je passai condamnalion, et il fut avéré, au bout d'un an de mariage, que j'étais une idiote (pu voudrait bien être méchante, mais ipii ne savail pas l'être.
«Tout me manqua. Je ilevins grosse et fus malade: la vanité de mon mai-i, i\\\\ voulut me conduire fl une course pour montrer
LES MÉMOIHKS DU DIABLE Of,?
lU' iiiagiiifiqiios cliovaux ihmiIs <|iii s'cmiiortcicut cl mo causeront une t'rayour cruelle, nio lit l'aire une fausse emielie; Guillauine eut la iirutalité do me tiire « (jne je n'elais pas même bonne à lairc ilos enlanis. »
« Comprenez-vous cette vie, Edouard':' Vous li};urez-vous ce qu'ollc a d'odieux, d'insultant, d'horrible? N'ouh-liez pas qu'elle était même sans solitude et sans recueillement; du la (rainait tnus les joui's dans les bals, dans les fêtes, dans les spectacles. J'étais eliarjîêe, sans m'en douter, de satisfaire une des vanités de mon mari.
« Au bout de quel([ui' temps je compris que les parures sans cesse renouvelées qu'il me prodiguait n'étaient pas une attention de sa part, comme je le supposais. C'était un défi jeté au luxe des plus riches, et je crois que, s'il eût pu mettre des robes lamées ou des colliers de prix à son cheval, il m'eût laissée dans un coin
« Voilà comment j'ai vécu depuis deux ans, aiTivée au bout de ce temps à un abandon de moi-même qui justifiait presque tout ce qu'on en supposait, lorsipfun événement immense en luimême, puisqu'il fut une révolution pour notre pays, vint changer toute ma vie et amena la catastrophe qui m'a mise en l'état où je suis.
«Je m'étais mariée au mois de juillet 1828; deux ans api'ès éclata la révolution qui exila les Bourbons. Nous étions à la campagne, aux environs de Blois, quand le Moniteur nous apitorta les ordonnances. 'Vous ne pouvez vous figurer la joie folle de mon mari à cette nouvelle.
« Enfin, s'écria-il, on va réduire à l'obéissance cette chambre des députés, si insolente et si bavarde; un ramassis d'avocats c de marchands qui n'ont ni sou ni maille, et qui seront trop heul'eux de baiser la semelle des bottes du roi quand il osera leur tenir tête! Il est temps que le maniement des affaires revienne à qui de droit, aux grands noms et aux grandes fortunes. C'est maintenant à la chambre des pairs à prendre la véritable place qui lui convient, la place de la chambre haute. Ah! si j'en étais en ce moment; si... A propos, avez-vous reçu des nouvelles de votre père?...
CCS LKS MÉMOIRES DU DIADLE
« — Oui, il m'écrit des Pyrénées; les eaux d'Aix lui ont fait beaucoup de bien.
« Mon mari laissa pei'cer un mouvement de dépit dont je ne compris pas alors l'affreuse signification.
« — Enfin, l'oprit-il après un moment de silence, il faudra bien que cola vienne ; et, en attendant, voilà qui ne rend pas la position plus mauvaise. L'aristocratie peut espérer maintenant une solide constitution. Elle m'archera à la tête du pays, au lieu d'être remorquée à sa suite comme une vieille machine usée. Une aristocratie jeune, forte, riche, connaissant les besoins nouveaux do l'époque et habile à reconstituer le passé !
« Mon mari se promenait activomont on parlant ainsi, lisant et relisant le Moniteur. Puis il s'éciiait do temps en temps avec une impatiente colère :
« — Et ne pas être là, maintenant!
«— Ne pouvons-nous partir pour Paris? luidis-je.
« — Est-ce que je parle de cola? me répondit il en haussant les épaules et on me regardant avec mépris
« Vous le voyez! j'étais bien sotte, je ne comprenais pas ((ue ce fût la vie de mon père qui excitât ces vils l'Ogrets dans ràmo de mon mari.
« Ilélas ! je n'ai pas gardé longtemps cette erreur. Sans m"oti'e occupée d(î politique, j'étais natuivllomont du iiarli do mon [lère (■! du juii'ti démon mai'i, je ne tixiuvais donc rien de déraisonnable dans son enthousiasme; mais j'eus bientôt occasion de reconnaili'(! combien ces idées avaient peu de bonnes raisons à leui' appui.
« .M. Carin père, i\iu était venu à la campagne avec nous, était hors du châleaii quand cotte importaule nouvollo arriva. Il revint au jiliis fort des exclamations de son lils.
« Son père l'écouta d'abord d'un air soucieux, juiis se lova tout à coup et dit en secouant la tête :
« ~ Tout cela est bel et bon, mais je stuilions, moi, (juc o"e^t 11110 eiuu'me sottise.
« — Uien, rei'aiiil niun mari, vous voue/ de che/ M, I)"", liluTal cnraj^é, ol il vous a mouli' la loto.
« — Je viens de chez le comte M**", ultra-enragé, qui m'a appris cette nouvelle, et j'ai vu qu'il était fou et toi aussi.
« — Ah çà! mon père, vous ne pensez pas que ce que vous dites? reprit mon mari d'un ton ricaneur.
« — Je pense ce que je dis, et je dis ce que je pense : celte mesure est une énorme sottise, je l'ai dit et je le répète.-
« — Soit, répondit mon mari avec le souverain mépris qu'il opposait à tout ce qui n'était pas de son avis; une sottise selon vos idées.
« — Et mes idées valent bien les vôtres, monsieur le baron de Carin ! reprit son père avec colère. J'ai excusé le stupide enthousiasme du comte de M*": c'est un noblillon (jui s'imagine qu'il sera beaucoup plus grand seigneur parce que les patentés n'iront pas aux élections. Mais toi, pcnses-tu que la France acceptera ce soufflet sans le rendre ?
« — La France! oh ! la France ! reprit mon mari avec le nièmc air dédaigneux. Où est-elle donc, la France ? Qu'est-ce que c'est que ça, la France? Est-ce qu'elle se compose de cinquante mille électeurs stupides et de deux cents députés insolents? La Fiance se taira et elle fera bien.
« — Elle ne se taira pas, monsieur le baron ! s'écria M. Carin avec un emportement que je ne lui avais jamais vu envers son fils. Les cinquante mille électeurs stupides et les deux cents députés insolents sont l'élite de la nation, entendez-vous, monsieur le baron ? et ils ne se laisseront pas insulter pour le plus grand avantage dune caste qui vous a mis à la porte, vous, monsieur mon fîjs Guillaume Cai'in !
« — Je ne rends pas la cause du roi responsable des insolences de quelques hommes.
« — Eh bien ! tant mieux pour toi, tu as provision de grandeur d'âme; mais ce ne sera pas de même partout, je t'en réponds. Je suis royaliste, moi, je l'ai prouvé. Je n'ai pas oublié que ce tyran de Bonaparte a voulu me faire mettre en jugement pour les fournitures de 1813, et que, sans l'arrivée des alliés, je la dansais et mes millions aussi. Je suis royaliste enfin de cœur et d'âme; mais
je suis l'oyaliste pour le roi, et non pas pour ce tas d'émigrés qu'il nous a ramenés et qui nous dévorent.
« — Et à qui on a pris tous leurs biens, dit mon mari.
« — Et tu en manges de ces biens-là, dit M. Carin. D'ailleurs, vois-tu, moi je hais les nobles; c'est dans ma peau, comme dans la tienne de les adorer. Tu es mon fils, je veux le croire, mais ce n'est pas par là du moins.
« — Et je m'en fais honneur, dit Guillaume avec colère.
« — Tu t'en fais honneur, monsieur Guillaume ! et d'où sors-tu donc ?
« — Mon père, prenez garde, on pourrait vous entendre.
« — Eh ! qu'est-ce que ça me fait à moi ? est-ce que je rougis de ma naissance? Mon père était charpentier et ma mère marchande de marée. Ils ont fait leur fortune, c'est vrai, et je l'ai continuée ; mais je n'en suis pas plus fier, et je ne prétends pas qu'un tas de noblillons, de gueux me marchent sur le pied.
« — 11 ne s'agit pas de cela, mon père, reprit mon maii, alarme de la violence de M. Carin; il s'agit d'une mesure dictée par la nécessité et qui était dans le droit et dans le devoir du roi.
« — Tu me fais rire avec tes droits et tes devoirs ! Ah çà! est-ce que vous croyez que, parce qu'un ministre a fait un gros iliscours de jésuite en tète des ordonnances, ça va persuader les électeurs de se laisserdépouiller de leurs droits sans mut dire; qu'on supprimera d'un trait la liberté de la presse sans ([ue h' peu]ile en soit vexé '/
« — Est-ce que le peuple s'occupe de ces choses-là? Que lui fait l'élection ? Il n'y participe pas. Que lui fait la liberté de la presse'!' Il ne sait pas lire.
« — Tu me lais pitié, mon pauvre garçon ! Je sais bien qu'il ne participe pas à l'élection, mais elle est dans les mains des bourgeois en qui il a confiance.
« — Ils sont plus insolents (jue les nobles.
« — Oui, mais ils ne sont pas nobles, et l'ouvrier et le bourgeois sont parents par la roture. Leur cause était la même en 89; et vous la rciHircz lainèiiic en lui rendaiil les mêmes ennemis, la noblesse et le clergé. Vous éles de grands politiiiues sur le papier, mes-
LES MiaiOlUES DU niMU H G71
sicnrs les savants d'anjoiird'luii, mais vous ne connaissez pas le poiipic ; vous no lenoz compte ni fie ses haines, ni de ses souvenii"s, ni do ses craintes.
» — Mais il ne s'agit pas de noblesse et de clergé, il s'agit de la royauté.
« — Et qu'est-ce qu'elle veut, la royauté?
« — Elle veut être respectée ; cette royauté do quatorzi" siroles no veut pas être l'esclave d'ime chambre rebelle née d'hier.
« —Ah çàl mais vous êtes fou! Est-cequ'il y auneChambro à la condition qu'elle ne sera pas une Chambre? Et toi, tout lo iHoniier, si lu étais où lu veux être, farrangerais-lu qu'on to mil à la porte, parce que tii ne serais pas de l'avis du gouvernement.
« — Ah ! la chambre des pairs, c'est autre chose ! c'est vraiment l'élite de la nation.
« — Jolie élite dont tu feras partie.
« — Mais, mon père...
« — Laisse-moi dnnc tranquille! On mettra encore une fois les Bourbons à la porte, et ils ne l'auront pas volé.
« — C'est ce que nous verrons.
« — C'est tout vu. Paris sera en insurrection demain.
« — Vous vous croyez encore en 93, mon pauvre père.
« - Jo crois à ce que je sens, vois-tu ! Quand j'ai lu ce Monifcnrlà, le cœur m'a gonflé comme si on m'avait donné un soufflet. Je n'ai pas raisonne ce sentiment-là; j'ai été furieux. Et moi, je suis fait comme tout le monde : tout le monde est fait comme moi, et tu verras ce qui va arriver.
« La discussion dura longtemps; et, bien ([u'ello n'apportai d'aucun coté des lumières bien grandes sur cette grave question, j'étais, dans mon silence, de l'avis de M. Carin.
« Je me fiais h cet instinct de colère populaire dont il était saisi, et je jugeais do ce qu'elle pourrait être dans dos masses qui n'avaient pas comme lui des raisons de fortune et d'alliance pour résistera leur premier emportement.
« Comme il an ivc toujours aux hommes doués d'un grande infatuation, l'enthonsiasme de mon mari devint d'autant plus exagéré qu'il avait trouvé quelque résistance. Il accueillit avec son dédain
habituel la nouvelle des premiers mouvements populaires, en s'écriant :
« — Une compagnie de gardes du corps la cravache à la main, et tout sera fini.
« Puis quand il eut vu qu'il avait suffi de trois jours pour renverser cette royauté de quatorze siècles, il ne démentit pas sa furieuse confiance en lui-même; et, ne voulant pas convenir qu'une mesure qu'il avait approuvée pût être mauvaise, il se tourna contre ceux qui l'avaient mise à exécution. 11 dit que tout avait manqué par leur faute, que quelques réginîents de plus dans Paris auraient assuré le succès.
« Il ne quitta guère ce ton tranchant que lorsque les journaux nous apportèrent la nouvelle de l'élection de Louis-Philippe au trône et celle de l'acceptation de la nouvelle charte.
« C'est ici, Edouard, que commence pour moi une autre série de chagrins que je ne crains pas de confier à votre honneur. Ne voussemble-t-il pas singulier, cependant, que la vie d'une femme ait pu être torturée pour un article de la constitution politique de son pays?
« La charte nouvelle, votée par les deux chambres et acceptée par le roi, disait qu'une loi serait présentée dans le délai d'un an jjour régler définitivement ce qui concernait l'hérédité do la paii'ic.
« La tempête qui s'éleva dans le cœui' de Guillaume, à celte nouvelle, fut vraiment folle. Son père se plut à l'irriter, en le raillant sur la perte de ses espérances ; et vous devez comprendre que, dans tout cela, c'était moi qui recevais le conlre-coup de la colère du tils et des moqueries du père.
« Je ne vous raconterai pas la scène qui eut lieu à cette occasion ; elle fut suivie d'autres si cruelles, qu'elle n'a plus compté comme une douleur dans mon souvenir.
« Quehiues jours se passèrent encore pendant lesquels mon mari reçut des lettres de mon père, qu'il ne me communiqua pas. M. Cariii (tait allé à Paris et en était revenu.
« Pendant ce temps, mon père avait quitté les eaux d'Aix et était arrivé dans nolie château ; sa douleur était exlrènio. Chez lui
Lns MisMoinrs DU niAni.iî
Quanrl ils furoiit en riise campagne, le baron «ut i>cinc à suivre son ggiflo infernal. (Pagefijl.)
l'opinion politiipio ('•lait une foi, la tidolito aiiK fioiiihons une roligion; et, dôsles promiers moments do son ai'i"i\é(\ il nous annonea son intention de les .suivra encure une loi«; dans l'exil.
« — Noits k'eparloroi>s de cela demain, dit mon mari d'un ton plus affectueux qu'à son ordinaire ; il faut d'abord vous reposer.
^ 85' Livn. 85
CT-'j LES MÉMOinES DU DIABLE
« Le soir venu, el loi-S((ue jr liis iciitive chez moi, (îuillaumo ' vint dans mon appartement, et, en ayant exactement l'ei-nié los portes, il m'annonça son intention d'avoir avec moi un enli'clien ; împrrtant. Ma surprise fut grande, et mon mari, (pii s'en apcn-ut, crut devoir me rassurer à sa manière sur i"in;poi'tance de ce (ju'il attendait de moi.
« -- Ne vous etîrayez pas! me dit-il, il ne s'agit pas d'une mission bien extraordinaire. Je désire seulement que vous vous chargiez de persuader votre père de ne pas{[uitter la France. Ce départ ■TOUS causerait, je le crois du moins, un assez vif chagrin pour ([ue vous trouviez de bonnes raisons qui iletei'minenl M. de YauclMix à ■icfeangH'r d'avis.
« -• Je ne puis faire valoir que ce chagrin- lui- même, et j'ospère assez dans la tendresse de mon père pour (pi'il m'épargne cette séparation.
' « — C'est bien dit, leparlit mon mari ; persuadez-lui bien ipie vous en serez au désespoir et moi aussi.
« — Je vous remercie de ce .sentiment, dis-je à mon oiari ; et, piu^(]ue vous'voulez bien compter sur moi pour cette démarche, je crois qu'il est d'autres raisons quv je pouia-ais invoquer.
« — El quelles sont cé?i raisons? me dit Ciuiliaume en ^' asseyant dicvant moi et en m'examinant.
« Vous le dirais-je, Edouard? j'ai cru entrevoir une es];crance de détnure en (juchpies jioints l'opinion de (inillaume sur mon com|»le, et je m'aïqilicpiai pour ainsi dire à lui dévelojiper ces raisons que je croyais devoir le toucher.
« — Mon )>ère est vieux, lui dis-je, et quitter la France à son ,àge. ■e serait vou loi i- mourir ii l'étranger.
« — C'est jusle, c'est juste.
« — • Il n'a ]ias besoin de ilnniuu' aux lioui'bons celle dernière pi'ouve de (h'Xduenient. sa \ie repond a^se/. pour lui.
« — C'est très bien, Ires bien.
« — Il peut d'ailleurs leur nmntrei' sa liilelite pai' un dernier acte de sa volonle. Il p(>ul. cninme ipielquesaulres. rel'userau ii»uvornement aelnel le serment qu'on lui denninde eomine |,4;in' de l'jaiico, et ^irptesb'r par sa iviraile.
LHs MKM<iiiti:s Dr i)i.\i!i.i>: n:5
« — J<'. vous sii|)pli(', me ilil ('111111:1111111', di- 110 pas lui diic nu nint (le cola.
" — Et pouniuoi ?
« — Ali! poiiri|uoi? rcpiit-il, parce que ce n'est pas pour cela •Iiie je vous ai épousée.
« — Que voulez-vous dire?
« — Écoutez, Loiiis(>; tâchez de nie eoniprciidre une l'ois en votre vie. Ce n'est pas troj), n'est-ce pas?
« — J'essayerai, Monsieur.
« — Oh! ne prenez pas votre air do victime, je vous en ]irio; ce (jue je vais vous dire est grave. Écoutez-moi bien. La loi qui réglera l'hérédité de la pairie ne sera présentée (lue dans un an. Ce n'est pas sans raison qu'on a ajourné une pareille mesure ; on a voulu laisser aux esprits le temps de se calmer. D'après mon opinion, il est plus que probable que l'abolition de l'héréditc de sera pas prononcée. Qu'il en soil^ ainsi, cl mes droits subsistent, si votre père prête serment. Or, vous comprenez que je n'entends pas les sacrilier à un caprice de fidélité surannée : il m'ont coûté assez cher.
« Je ne pouvais disconvenir que l'observation de Cuillaume ne fût raisonnable; mais il avait un art de jeter de l'odieu.x sur tout ce qu'il disait. Ce reproche brutal du prix dont il avait acheté ses espérances me révolta, et ji,' lui répondis :
« — Il est des questions d'honneur que chaque homme juge souveraineiuenl pour lui-même, et je n'ai pas le droit de donner un liari'il conseil à mon père,
« — Oh! oh! dit mon mari, où avoz-vous a|qiris cette belle phrase ? Elle est très sonore, mais je vous avertis ([u'ellc est fort (hqilacée. Je veux, entendez-vous bien? je veux que vous persuadiez à .M. deVaucloix de prêter serment.
« — Je ne puis nie charger d^une pareille mission, je ne l'accepte pas.
« — Écoutez, me dit riuillaume avec colère, volie père prêtera serment quand je le voudrai et comme je le voudrai ; mais il ne me convient pas de le pousser moi-même à cette détermination. Il faut ([lie ce soit vous qui la lui inspiriez. Je ré|uigiie à employer des movcns violents, et votre relus m'v forcerait.
CTC LES MÉMOIRES DU DIARLE
« — Des moyens violents vis-à-vis de mon père ! m"écriai-je ; et vous osez m'en menacer !
« — Ne faisons pas de tragédie, s'il vous plaît. Voulez-vous, oui ou non, m'épargner le désagrément de faire une scène à votre père? Allez le trouver ce soir même, je l'ai prévenu que vous vouliez lui parler en secret, il vous attend. Et, puisque vous êtes on train de belles phrases, il en est une que je vous engage à lui dire, fi'est que la seule dot qu'il vous ait donnée est l'hérédité de sa paiiie, et qu'il est d'un homme d'honneur de me la conserver par tous les moyens (jui sont en son pouvoir.
« — Par tous, e.xcepté par un parjure.
« — Sottise et entêtement! c'est un peu ti'op, dit Guillaume fui'ieux. Vous me refusez? Faites-y atlontion. je hais les scandales et les cris; mais s'il faut en venir la, je l-e ferai, et alors... Mais vous irez.
« ha première menace de Guillaume contre mon père m'avait peu alarmée, mais le ton dont il proféra ses dei'nièi'es paroles m'épouvanta véritablement. Je me contins el je lui dis :
« — Mon refus doit vous importer peu ; car vous pouvez être sûr que cette démnrche, lors même que je la ferais, serait parfaitement inutile.
« — C'est ce que nous verrons.
« — Vous le voulez? lui dis-je. Eh bien ! j'cssayei'ai demain.
« — Ce soir, vous ai-je dit.
« — Ce soir, soit. J'irai tout ù riicure.
« — Tout de suite. .Mon Dieu ! j'ai mes raisons. SuivcA-nioi ; je vais vous accompagner justprà l'appartement de \ul)c iièie, et n'oubliez pas qu'il f.iut (jue vous réussissiez.
« Quoique je fusse convaincue de l'inutilité de mes eiïoi'ts, je consentis à suivre mon mari, jiuur éviter à mon pèi'e cette scène dont il le menaçait. Je croyais (pie ma condescendance suHiiaità l'exigence de Guillaume. 11 me ccndui.-it jus(ju'a la poilc de la ciiaiulin' lie luuii ]irr('. et uic lit Mgiic ircnticr.
Un serment politique.
« J'obéis en tremblant à mon mari, et j'entrai dans la chambre de mon père. Mais j'en ressortis aussitôt.
« — Il est tout habillé sur son lit ! dis-je à Guillaume.
« Oh ! je le sais bien, me répondit-il.
« — Mais il dort.
« — Eli bien ! s'écria-t-il violemment, reveillez-le.
« — Qui est là? dit mon père en se levant.
« Mon mari me poussa dans la chambre, et je répondis :
« — C'est moi.
« — Tu as bien tardé, Louise, et je craignais d'être forcé de partir sans te dire adieu.
« — Quoi ! m'écriai-je, vous nous quittez sitôt?
« — Je ne veux pas rester sur le territoire de la France après que le roi l'a quitté. Je vais le rejoindre.
« — Hélas! mon père, lui dis-je, avez-vous bien songé à nn pareil exil à votre âge?
« — Le roi est plus vieux que moi.
« — .\vez-vous pensé que vous me laissiez seule en France?
« — Seule, Louise! seule avec ton mari ; tu ne penses pas à ce que tu dis.
n — Mais sait-il vos projets de départ?
« — Qu'importe! il doit les approuver.
« -- Cependant, mon père, vous pourriez le consulter.
« — Poui'quoi ? pour faire mon devoir, je n'ai besoin de l'avis de personne.
« — Cette séparation inattendue peut l'irriter.
« — L'irriter ! et pourquoi?
« Je m'armai de tout mon courage, et je dis en baissant les veux :
67B LES MKMOHiES DU DIABLE
„ . Son niai'iiii;r lui avait (ioimé des esiiérances que voire départ va (!('tnii!'o.
« — Je ne te coiiipieiids pas.
« — l'^ii vous exilant, vous renoncez à la pairie.
« — l'^t ([uand je resterais, pense-t-il (lue je puisse la conserver ?
« — 11 a peut-être le droit de l'espérer.
« Mon père me releva la tète que je tenais baissée, et me regardant en lace, il me dit :
« — Louise, est-ce de vous-même que vous me parlez ainsi?
« — Je désire ne pas me séparer de vous, et je voudrais vous persuader...
« — D.' devenii' parjure !
« — Non, mon pèi'e, mais...
« — On t'a l'orcée de venir ici, Louise; tu n'as ni ambition ni lâcheté dans le cœur. Je te pardonne, mais n'en parlons plus.
« — Avec elle, soit! dit mon mari en entrant et en fermant vinlemment la porte derrière lui ; mais avec moi, c'est une autre affaire.
« — Je ne m'<Hais donc pas ti'ompè, et ces insinuations de votre dernière lettre...
« — Ces insinuations, vous h^s avez compi'ises, à ce que je vois; et, lorstpie vous avez laissé voti'c voilure à la poste auxchevau.^; j'ai comju'is aussi que vous comptiez m"ècli;ipi"ier.
„ — Kh ! ([ui pourrait m'empêcher de partir?
« — Moi.
« — Vous êtes l'ou.
« — l'as tant que vous croyez. l'>coutez-m(ii jiien. monsieur de Vaucloix! La lelti'e (pie vous m'avez remise il y a nue lieiiie o['(]m pDile à la clnnubre des pairs voli'e démission, est entre les mains iTun Cduirier qui est en bas à cheval. Si vmis le voulez, il partli-;;. Denniin au matin il sera à Pai'is, demain à midi vous ne serez pins |iair (le l'rance, et IdU^ les jMivil('i.{es delà |iairie cesseront poi;r Vdus; apri's-demaiu un juj^cnu'iit consulaire autorise contn" vou.> la conlrainlc pai' eoi'jis. Ce ju;;enu'nl sera e\('eutoire sur l'Iieure ; avec de l'ai'gent un a hiut ce (pu' Ton vcid. el. avant (pn> vous soyez arrive dans une ville, (|uelle (pi'clle sdil. |i(iur vous eml>ar(iuer,