Chapitre IX
PAUL KRUGER, PRÉSIDENT DÎÏTAT
I E Volksraad de 1882 avait, sur la proposition de ^"^ Joubert, voté à l'unanimité la résolution dénommer un président d'État. Joubert et moi fûmes sollicités tous deux de nous mettre sur les rangs, et nous acceptâmes, tout en continuant à faire campagne l'un pour l'autre. Je développai, néanmoins, pour le cas où je serais élu, mon programme personnel, les bases de ma politique future. La parole de Dieu, inspiratrice de tout acte gouvernemental et fondement même de l'État; relèvement de l'agriculture; constitution d'un fonds de ressources à employer à la création d'une industrie nationale; prolongement des lignes ferrées vers la mer, mesures à prendre pour enrayer l'immigration exagérée (sauf du côté de la Hollande) et empêcher ainsi l'élé-
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ment national boër d'être débordé dans l'avenir; relations amicales avec l'Angleterre, resserrement des liens avec les autres États Sud- Africains ; maintien rigoureux de l'autorité gouvernementale vis-à-vis des indigènes indépendants, et relations amicales avec les tribus soumises ; développement de toutes les institutions susceptibles de circonscrire la vie populaire dans la sphère d'influence évangélique, et « par-dessus tout » réforme et amélioration de l'enseignement : telles étaient les questions d'où dépendait, à mes yeux, le sort même de la République;
Aux élections, j'obtins les trois quarts des voix, et je fus, par conséquent, élu président pour les cinq années suivantes.
A cette même époque, la République fut entraînée dans une guerre avec Mapoch (alias Njabel) dans le Sekukuniland. Mapoch avait donné asile à Mampur, l'assassin de Sekukuni (après le rétablissement du gouvernement républicain Sekukuni était devenu notre fidèle allié), et refusait de le livrer. Son attitude rendit la guerre inévitable. Elle ne dura pas moins de neuf mois et força la République à mettre en ligne 4.000 Burghers environ. Un étranger du nom de Nelmapius accompagnait les commandos et faisait sauter à la dynamite les cavernes où les Cafres avaient coutume de se retrancher.
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La guerre prit fin en juillet i883. Mapoch dut livrer Mampur qui fut pendu, et lui-même fut condamné à la détention perpétuelle. Gracié, un peu avant la dernière guerre, il se fixa au Transvaal, près de Pretoria, avec ce qu'il lui restait de partisans.
L'issue de cette guerre augmenta le prestige de la République, en prouvant à ses adversaires qu'elle était assez forte pour se défendre et maintenir l'ordre chez elle, sans le secours d'aucune puissance étrangère.
Vers la même époque éclatèrent des incidents à la frontière sud-ouest. Deux chefs cafres, Moshette et Montsioa, étaient en guerre ouverte. D'autres chefs prirent fait et cause : Massouw, notamment, pour Moshette et Mankoroane pour Montsioa. Mankoroane qui avait toujours vécu sur un pied d'amitié avec les Anglais, se mit à recruter parmi eux des engagés volontaires. Moshette et son allié suivirent cet exemple, promettant 3.ooo arpents de territoire à quiconque prendrait du service chez eux. Quelque sujette à caution que pût paraître une telle promesse, elle attira aux Cafres nombre d'engagés du Transvaal, de l'Etat libre, voire du Cap. Le gouvernement de la République dut promulguer un décret interdisant aux Burghers de faire cause commune avec les Cafres, décret qui resta lettre morte pour la plupart de ceux que la prime offerte avait te ités.
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Le gouvernement dut envoyer ]e général J oubert à la frontière ouest, afin de ramener les Burghers qui avaient méconnu le décret; mais la République ne pouvait d'ailleurs intervenir officiellement dans la guerre des chefs cafres, attendu que la commission royale de 1881 l'avait dépossédée de tout droit sur cette portion de territoire.
Calveyn, un autre chef cafre du district de Marico, s'était soulevé dans l'intervalle. Le général J oubert le remit à la raison en le menaçant avec un commando.
Cependant Moshette et Massouw finirent par vaincre définitivement leurs adversaires. Les volontaires qui avaient contribué à cette victoire se composaient, en grande partie, de Boërs et de quelques Anglais. Ils s'adjugèrent une portion de territoire correspondant à l'ensemble des parcelles qu'on leur avait promises à chacun et, quelques émigrés étant venus se joindre à eux, formèrent deux petites républiques {le Stellaland et le Gosen), la première avec J. van Niekerk comme administrateur et Vrijburg comme capitale, la seconde avec Gey van Pittius pour administrateur et, pour capitale, Rooigrond. Mais ces deux républiques ne tardèrent pas à être en proie à des tiraillements et des disputes continuels, et finirent même par entrer en guerre avec les chefs cafres de qui elles tenaient leurs territoires.
Deux partis politiques s'étaient formés dans ces
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nouvelles républiques, l'un demandant à s'inféoder à la colonie du Cap, l'autre réclamant la suzeraineté du Transvaal. Le Cap envoya, dans le Nord, un personnage admirablement fait sans doute pour mettre d'accord ces républiques assoiffées d'un joug quelconque : Cecil Rhodes. Le Transvaal de son côté délégua le général Franz Joubert qui fut nommé, à cette occasion, commissaire pour la frontière ouest. Ce dernier déclara aux émigrants de Rooigrond que le Transvaal ne pouvait rien pour eux puisque la Convention de Londres (on était en 1884) avait relégué leurs territoires en dehors des frontières de la République.
De son côté, le chef cafre Montsioa avait demandé, lui aussi, à être considéré comme sujet de la République.
Un décret fut alors rendu par lequel le gouvernement, se référant à la Convention de 1884 qui lui donnait le droit de traiter avec les chefs indigènes de l'Est et de l'Ouest, à charge par lui de faire valider et ratifier ces contrats par l'Angleterre, conférait la qualité de sujets aux chefs Moshette et Montsioa, pour éviter désormais toute effusion de sang. L'acte officiel était conçu en ces termes : « Ce décret est rendu, conformément aux dispositions stipulées dans la convention de Londres, et sous la réserve de celles formulées à l'article IV. » Conclusion qui laissait la porte ouverte à une éventuelle
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révocation du décret et démontrait en même temps que la République avait l'intention de faire ratifier cette annexion par l'Angleterre (j).
Mais le Cabinet de Londres ne l'entendait pas ainsi; aussi envoya-t-il dans l'Afrique australe Sir Charles Warren et des forces respectables (5.ooo hommes) pour pacifier la frontière ouest. En même temps, Sir Hercules Robinson télégraphiait à Pretoria que le décret devait être annulé purement et simplement, l'Angleterre ayant déclaré antérieurement que les territoires en litige étaient situés dans sa zone d'influence. Le gouvernement républicain, qui n'avait jamais ouï parler de ces prétentions, céda quand même et retira son décret. Le Président Krüger se reiidit lui-même à la frontière, en compagnie du docteur Leyds, procureur général, afin de hâter l'apaisement des discordes.
Peu après une entrevue eut lieu à Fourteen Streams entre moi, Warren et Rhodes. Cette conférence n'eut d'autre résultat que l'accord des parties sur la nécessité
(i) Cependant le pasteur du Toit, Je directeur de l'enseignement qui venait d'être appelé à remplacer Joubert, comme commissaire pour la frontière ouest, avait arboré le drapeau de la République sur les territoires des chefs soumis, et soulevé ainsi une grosse émotion dans le monde diplomatique de l'Afrique du Sud. Krüger dut intervenir, prohiber l'exibition du pavillon boër, ouvrir une enquête. Du Toit se justifia en disant qu'il avait hissé le drapeau non pour indiquer une prise de possession, mais pour attirer l'attention, simplement, sur le décret affiché à côté. Ajoutons que le décret en question ne fut ni un acte inconsidéré ni le résultat d'une intrigue, et que Krüger lui-même lui a toujours reconnu un caractère parfaitement légitime. (J\ote du traducteur)
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de nommer une commission mixte qui déterminerait les frontières, conformément aux clauses de la Convention et, en cas de dissidence, en appellerait à l'arbitrage du président Brand commis à la solution des points litigieux. Rhodes en ce temps-là, s'était tout à fait mis de mon côté. ]1 disait, en revanche, beaucoup de mal de Joubert, à telles enseignes que pour lui imposer silence, je dus lui faire remarquer qu'il s'agissait d'un absent. Le tracé de la frontière déterminé par les commissaires, je proposai de procéder au jalonnage sur le champ, faisant judicieusement observer que les chevaux du commando de Warren, de la police et de ma propre suite caracolaient le long de la frontière et que l'empreinte de leurs sabots formait encore un tracé naturel. Warren s'y refusa d'ailleurs, craignant, disait-il, que ses troupes et les Burghers n'en vinssent aux mains.
Je viens d'anticiper de près de deux ans sur l'ordre chronologique des faits, car cette conférence n'eut lieu qu'après mon troisième voyage en Angleterre. Ce voyage avait été entrepris à la suite d'une décision du Volksraad de i883 qui instituait une délégation chargée de demander au Cabinet de Londres l'annulation de la Convention de 1881 , ou du moins sa revision complète dans un sens plus conforme aux vœux du peuple boër. Les membres de cette délégation étaient avec moi, le
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généra] Smit et le pasteur du Toit, alors directeur de l'enseignement; plus le docteur Jorissen qui avait pris les devants afin de sonder le terrain à Londres, d'où il ne tarda pas à télégraphier que le gouvernement était prêt à entrer en pourparlers avec les députés boërs.
Le pasteur du Toit était l'ancien éditeur du Patriote de Paarl (Cap), un journal qui, durant la guerre, avait chaudement défendu la cause républicaine. Lorsque la paix fut conclue, il se rendit au Transvaal et fut nommé presque d'emblée directeur de l'enseignement. 11 prêta son concours aux visées ambitieuses de Kotzé, le président de cour, et tous deux réussirent, au cours même de la séance où fut nommée la délégation, à déposséder le Dr. Jorissen de sa charge de secrétaire d'État, manœuvre qui, du même coup, introduisait le pasteur du Toit dans la dite délégation. Manoeuvre incorrecte, s'il en fût, et consacrant une sanglante injustice envers le Dr. Jorissen qui avait rendu les plus grands services à son pays. Mais j'eus beau plaider sa cause, avec la plus grande chaleur il me fut impossible de faire revenir le Volksraad sur sa décision.
Notre délégation se mit en route au mois d'août 1 883 et gagna le Cap par Kimberley et Paarl. Elle arriva à Londres le 28 septembre.
Les négociations s'engagèrent avec lord Derby,
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alors ministre des Colonies. Celui-ci déclara peu de jours après que le gouvernement anglais était tout disposé à accorder à la République une indépendance semblable à celle dont jouissait l'Etat libre d'Orange. La députation d'ailleurs présentait sa requête non comme une revendication, mais comme une simple question de droit. Elle insistait sur ce point, qu'en vertu du traité de )852, la République avait droit à son indépendance, qu'elle en avait été dépossédée illégalement, puis l'avait récupérée par le traité de 1881 , mais non point dans les formes convenues verbalement. On traita aussi d'une rectification de frontières que la délégation obtint dans des conditions telles qu'une portion de territoire nouveau assez importante fut incluse dans la nouvelle délimitation. A un moment, une discussion chaude s'engagea entre Sir Hercules Robinson, qui assistait aux négociations, et moi. Comme je déclarais que certaines fermes, telles que Polfontein et Richfontein, devaient tomber en dedans des frontières puisqu'elles avaient appartenu à la République autrefois, Sir Hercules Robinson murmura : « Jt is a lie » (c'est un mensonge), je bondis, et peut-être aurais-je fait un mauvais parti à l'interrupteur, si les personnages présents ne se fussent interposés. « De grâce, messieurs, dit lord Derby, pas de voies de fait. » Mais je répondis que Sir Hercules Robinson m'avait offensé et qu'il me fallait une réparation. Je l'obtins, du reste,
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car Sir Hercules Robinson s'excusa et déclara que son interruption n'avait eu, dans sa pensée, aucun caractère injurieux.
En dépit de cet incident. Sir Robinson et moi nous devînmes par la suite de très bons amis et restâmes liés jusqu'à sa mort. Ce fut réellement un très honnête homme et un gentleman dans toute l'acception du mot, et le seul haut commissaire, d'ailleurs, avec qui j'aie entretenu, en toute confiance, une correspondance privée.
Peu après fut signée la Convention de 1 884, qui rendait à la République toute son indépendance. Un seul des articles de ce traité, l'article IV, limitait quelquefois les droits de la République. Mais la suzeraineté si haïe des Boërs, disparaissait. De sorte que les prétentions de Lord Chamberlain affirmant plus tard que la République était toujours sous la suzeraineté de l'Angleterre, étaient dénuées de tout fondement.
La nouvelle Convention ayant été signée le 27 février 1884, notre délégation regagna le continent et visita la Hollande où je me proposais de négocier un emprunt qui nous permettrait de construire le chemin de fer de Delagoa-Bay. On nous fit partout des réceptions enthousiastes ; nous fûmes conviés à des banquets; les Hollandais se déclaraient enchantés de faire la connaissance de leurs congénères sud-afri-
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cains; mais la chose essentielle, les fonds, brillèrent par leur absence. Nous nous rendîmes ensuite à Bruxelles, Paris, Madrid. Encore de nouvelles fêtes, de nouvelles agapes. Nous fûmes reçus tour à tour par le Président de la République Française et par le roi d'Espagne, mais l'argent toujours manqua à l'appel.
A Lisbonne, finalement, nous obtînmes du gouvernement Portugais qu'il ferait construire à ses frais la portion de la voie dont le tracé intéressait ses possessions. Nous retournâmes alors en Hollande où quelques capitalistes affermèrent la concession du reste du traité et jetèrent ainsi les bases de la future Compagnie néerlandaise des chemins de fer de l'Afrique du Sud. Notre mission ainsi terminée, nous reprîmes le chemin de l'Afrique non sans avoir visité, comme dernière étape, Berlin, où nous fûmes très cordialement accueillis par Bismarck et Guillaume 1" (i).
Devant le Volksraad, je pus déclarer, cette fois, que c'en était fait de toute ingérence étrangère, de toute suzeraineté et que la République, désormais, figurait au rang des nations libres, affirmation officielle à laquelle l'Angleterre ne donna du reste aucun démenti. Je ramenais de Hollande le Dr. Leyds auquel je confiai la charge
(i) Les histoires concernant un prétendu séjour fait par Krüger chez un grand propriétaire terri«n allemand, histoires universellement répandues en Allemagne, doivent être, sur la déclaration de Krüger, considérées comme de pures inventions . (JVo/e du traducteur)
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de secrétaire d'Etat. Tout le monde sait le rôle important que celui-ci devait jouer par la suite dans les destinées de la République Sud- Africaine.
Au cours de la session législative de 1 884 fut discutée la question de la concession du chemin de fer de Delagoa. Cette entreprise ayant soulevé un grand nombre de protestations, je la défendis vigoureusement, alléguant l'importance énorme qu'elle avait pour le Transvaal dont la colonie du Cap frappait les produits de droits si considérables que les Burghers ne trouvaient plus de débouchés pour leurs marchandises. J'affirmais, d'ailleurs, que cette affaire n'entraînerait pas de nouveaux impôts, et qu'elle finirait par être une source de revenus pour le pays. Le Volksraad se rangea à mon avis et ratifia la concession.
Vers la même époque on procéda aux élections d'un généralissime; le général Joubert fut élu à l'unanimité.
L'année 1 885 fut marquée par une nouvelle guerre sur les frontières ouest. Massouw à qui la commission des frontières avait conféré l'autonomie, mais qui s'était volontairement placé sous la tutelle du Transvaal, refusait tout à coup de payer ses impôts et prenait une attitude franchement hostile. Le général Joubert dut l'attaquer avec un commando et une batterie d'artillerie. L'intrépide général Piet Cronje prit d'assaut les retran-
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chements de Massouw et s'empara de son kraal après un combat de courte durée où le chef cafre lui-même trouva la mort. Les pertes des Boërs se bornèrent à 14 morts et 3o blessés. Schweizer, le commandant de l'artillerie, était au nombre des morts. La tribu cafre, qui avait été cruellement éprouvée, renonça dès lors à toute tentative nouvelle d'insurrection.
La République cependant traversait une crise pénible. Le crédit de la Standard-Bank était dépassé et celle-ci se refusait à faire des avances nouvelles. Mes efforts devaient se borner à stimuler le courage des Burghers. Pour moi, je ne comptais plus que sur la Providence quand un événement inespéré vint changer la face des choses. La découverte des champs d'or du Vitwatersrand allait en effet sauver les finances de la République. C'était une nouvelle ère historique qui s'ouvrait pour la nation. 11 est toutefois permis de se demander si ce fut un bonheur pour elle, puisque l'or, plus encore que les ferments d'amertume semés par la première annexion, a été, somme toute, la cause efficiente des malheurs qui s'abattirent sur le Sud- Africain. ]1 est hors de doute que s'il n'y avait pas eu d'or au Transvaal, la dernière guerre n'eût pas éclaté. Les Anglais immigrés auraient eu beau obséder l'autorité coloniale de leurs habituelles doléances, le Gouvernement britannique
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n'eût pas levé un doigt pour eux s'il n'avait été alléché par les richesses du pays, car la question des droits électoraux, peu importante, en réalité, pour des étrangers, ne fut qu'un prétexte invoqué par des intrigants pour masquer leurs cupides visées personnelles. La prédiction du défunt général Joubert ne s'est que trop cruellement réalisée. Un Burgher étant venu le trouver, le visage rayonnant, pour lui annoncer qu'on venait de découvrir un nouveau terrain aurifère, il hocha la tête, disant : « Ton enthousiasme est bien inopportun; tu devrais plutôt pleurer, car cet or fera un jour couler des torrents de sang dans notre pays. »
Du jour où l'on put évaluer la valeur énorme des terrains aurifères du Vitwatersrand, la République dut ouvrir ce territoire aux étrangers et mettre en vigueur les lois concernant l'extraction de l'or. 11 en résulta que vers le milieu de l'année j886, le territoire minier fut envahi par des flots de prospecteurs, de spéculateurs et d'aventuriers accourus de toutes les parties du monde. 11 va sans dire qu'une telle affluence renfermait des éléments plus que suspects, mais on doit reconnaître cependant que la majorité de la nouvelle population du Vitwatersrand se composait d'individus paisibles qui ne se souciaient pas de politique, étant venus uniquement dans l'espoir de faire fortune. De nouvelles mines se découvraient tous les jours : dans l'ouest, celles de
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Kriigersdorp; dans l'est, celles d'Heidelberg et de Nigel, et plus tard celles de Malmanie et Klerksdorp. Inutile de dire que l'accroissement de la population et le travail si rémunérateur des mines avaient augmenté la prospérité générale. Les Boërs trouvèrent des marchés pour écouler leurs produits, et le Trésor public bénéficia des ventes de licences et de maintes autres recettes. Dans la même année, on procéda au morcellement des terrains en daims, qui furent affermés ou loués pour une période de 99 ans en échange de mensualités déterminées. A l'expiration de cette période, les propriétés faisaient retour à l'État. Un lot de ces claims fut le berceau de la ville de Johannesburg qui devait, par la suite, prendre une extension considérable et devenir même le centre commercial le plus important de l'Afrique australe. Le Natal et le Cap songèrent, dès le début, à se relier avec elle au moyen du chemin de fer, mais je déclarai que je n'examinerais aucun projet de ce genre avant l'achèvement du chemin de fer de Delagoa-Bay. La vérité est que je craignais que de nouveaux réseaux de pénétration ne nuisissent au commerce intérieur de la République. Ces craintes étaient d'ailleurs fondées, comme le démontra plus tard la lutte pour les gués douaniers, qui faillit nous susciter de très grosses difficultés avec l'Angleterre.
Pour répondre aux besoins de la situation créée par
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les nouveaux immigrés, un comité des delvers (chercheurs d'or) fut institué pour régler toutes les affaires se rattachant aux travaux d'extraction ainsi que celles concernant la situation des mineurs. Cecil Rhodes fut un certain temps membre de ce comité. En 1897 j'allai visiter Johannesburg pour me rendre compte de la situation. En dépit du bon accueil qui me fut fait, on me remit nombre de suppliques exposant uniquement les griefs de particuliers contre le gouvernement. Au cours d'une allocution inspirée par ces récriminations, je déclarai qu'il appartenait au comité des delvers de trancher ces sortes de litiges, ajoutant que j'espérais que toutes les difficultés seraient ainsi résolues à l'amiable, ce qui me dispenserait d'employer la force.
On m'a souvent reproché ces derniers mots et peut-être, en effet, une attitude un peu moins dure eût-elle été plus propre à ménager les susceptibilités des immigrés. Mais il ne faut pas perdre de vue les éléments hétérogènes dont se composait une pareille population, et on se rappellera, au besoin, les soulèvements graves provoqués jadis à Kimberley au sein d'éléments identiques, si graves même que les autorités anglaises durent envoyer des troupes contre les meneurs. 11 faut se souvenir, enfin, que la République avait déjà payé cher les responsabilités encourues par sa prétendue faiblesse constitutionnelle; la fermeté de mon attitude ne s'inspi-
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rait que du légitime désir d'épargner au pays de nouvelles récriminations de la part de l'Angleterre.
D'ailleurs les plaintes des immigrés n'en étaient pas moins accueillies et examinées avec sollicitude, et il suffisait qu'elles parussent fondées pour que le gouvernement cherchât à y faire droit. Telle fut sa conduite, notamment en présence des récriminations soulevées par une majoration excessive des prix de fermage des daims, lesquels furent abaissés conformément aux vœux des chercheurs d'or.
L'Etat libre d'Orange et la République Sud- Africaine rêvaient depuis quelque temps de s'unir par des liens plus étroits. Une conférence eut lieu, dans ce but, en 1887, mais elle n'aboutit à aucune solution. D'abord parce que j'exigeais que l'Etat libre ne construisît sur son territoire aucun réseau ferré de nature à diminuer les distances séparant les Républiques de l'une ou l'autre des colonies anglaises sud-africaines, tant que le chemin de fer de Delagoa-Bay ne serait pas achevé. Je craignais, d'ailleurs avec raison, que le seul chemin de fer transvaalien possible et dont l'État avait endossé la garantie ne fût empêché ou mis en échec plus tard par la création prématurée de lignes rivales.
Une autre cause de l'échec de la Conférence fut le vœu que j'exprimai d'une alliance offensive et défensive
entre les deux Etats, alliance qui ne souriait nullement au président Brand. Il est aisé de concevoir que mon attitude, dans la question des chemins de fer, fut l'objet d'attaques violentes dans les journaux du Cap, mais je ne m'en inquiétai guère, convaincu, d'ailleurs, que je faisais mon devoir en me préoccupant, avant tout, de sauvegarder les intérêts de mon pays.
Au courant de la même année le gouvernement boër consentit à s'incorporer le petit Etat dit la l^ouvelle T{épuhîique, qui constitua dès ce moment le district transvaalien de Vryheid. Cette T^ouvelle T{épuhUque devait sa genèse à un conflit survenu en 1 884 entre les deux chefs zoulous Usibepu et Dinizulu (le fils de Cetewayo), conflit qui fut tranché les armes à la main. Or, les forces de Dinizulu avaient été secondées, contrairement aux prescriptions du gouvernement républicain, par un certain nombre de Boërs de la République et du Natal. Cet appui assura la victoire au fils de Cetewayo qui, par reconnaissance, donna à ses auxiliaires blancs quelques lopins de terre où ceux-ci édifièrent leur « Nouvelle République » . Lucas Meyer qui servait comme général et comme membre de la commission de guerre pendant toute la dernière campagne, fut élu président de cette république. Mais les fondateurs de celle-ci demandaient enfin leur incorporation à la mère-patrie
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qui reprenait ses enfants prodigues, leur conférant, d'ailleurs, les droits dont jouissaient les quatre autres districts, celui, entre autres, de se faire représenter par quatre des leurs au Volksraad. Mon mandat de cinq ans touchant à son terme, le Volksraad de 1 887 allait avoir à diriger les élections d'où sortirait le nouveau pr<:sident pour 1 888
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