Chapitre VI II LA GUERRE D'INDÉPENDANCE
I E premier éclair précurseur de l'orage prochain "^-^ éclata à l'occasion de la vente par autorité de justice du wagon du veldkornett Bezuidenhout. Le gouvernement anglais avait inauguré un système de contrainte légale contre ceux qui se refusaient à payer les nouveaux impôts levés par lui. Le refus de payer les impôts était, en effet, un des moyens dont se servaient les Burghers pour manifester contre la domination anglaise, et Bezuidenhout figurait au nombre des récalcitrants. Avant d'en venir là, les Burghers avaient payé, en déclarant qu'ils ne cédaient qu'à la force, mais il leur revint que les hommes d'État anglais interprétaient cette façon d'agir comme un indice de pacification, et c'est alors que nombre de contribuables exigèrent un reçu enregistrant leurs protestations préalables, tandis que d'autres s'en tinrent au refus de payer, pur et simple.
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Le wagon de Bezuidenhout avait donc été saisi-gage pour impositions non payées, et conduit à Potchefstroom pour y être vendu aux enchères publiques. Or, tandis qu'on procédait à la vente, survint Piet Cronje (celui qui s'est illustré dans la dernière guerre) suivi d'un groupe de Burghers en armes. En un clin d'oeil, ils s'emparèrent du v^agon et, après en avoir fait descendre de force le commissaire-priseur, le ramenèrent triomphalement à la ferme de Bezuidenhout. Puis, les auteurs de cet exploit déléguèrent Bezuidenhout et un autre Burgher pour me mander qu'on n'attendait que mon arrivée à Potchefstroom pour engager la lutte.
Je quittai aussitôt ma ferme de Boekenhoutfontein, près Rustenburg, et je rejoignis les Burghers qui s'étaient rassemblés non loin de Potchefstroom. A peine étais- je arrivé que le commandant des troupes anglaises me demandait un entretien.
« Vous conviendrez que ceci est une rébellion ouverte, me dit-il, après m'avoir fait un récit circonstancié de la prise du wagon.
— C'en serait une, en effet, répondis-je, si nous avions reconnu l'annexion, mais tel n'est pas le cas; nous ne nous considérons pas comme des sujets anglais, et l'affaire Bezuidenhout est, de ce fait, non une question de chicane privée mais une question générale intéressant le pays tout entier. »
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A la suite de ces événements, une réunion du comité du peuple eut lieu à Kaalfontein en présence du secrétaire de la régence anglaise. L'assemblée populaire convoquée pour le 8 janvier 1881 à Paardekraal fut, par anticipation, fixée au 8 décembre 1880; on y examinerait une dernière fois si une solution pacifique était encore possible. Cette assemblée fut d'ailleurs interdite au dernier moment, de façon à transformer en rebelles tous ceux qui y prendraient part.
Au jour fixé, il y eut affluence à Paardekraal, et le peuple décida, cette fois, que le pouvoir exécutif républicain devait rentrer en scène et convoquer le Volksraad. Je fus nommé vice-président d'un triumvirat chargé d'assurer la direction des affaires. L'ex-président Prétorius en faisait partie, ainsi que Piet Joubert (1) à qui fut dévolu le commandement des troupes. Nous lançâmes une proclamation rappelant que le bon droit du peuple était fondé sur l'Histoire et annonçant la reconstitution officielle de la République Sud-Africaine.
11 s'agissait de faire imprimer cette proclamation. A cet effet Piet Joubert fut envoyé à Potchefstroom avec 400 hommes environ, tandis que le nouveau pouvoir exécutif se transportait à Heidelberg afin d'y établir son siège provisoire, chose facile, puisqu'il n'y avait point de
{>) C'est sur mes instances seulement que Joubert accepta ce poste de général pour lequel il ne sentait, disait-il, aucune aptitude.
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garnison anglaise dans cette ville et que le sénéchal qui y résidait serait, bon gré mal gré, forcé de céder la place.
Cependant J oubert arrivait à Potchefstroom et prenait des mesures pour faire imprimer la proclamation. C'est à cette occasion que fut tiré le premier coup de fusil qui ouvrit la guerre; la garnison anglaise tira sur une garde de Burghers qui occupait la rue. Un des hommes, le Burgher Frans Robertse eut le bras traversé de part en part.
Pendant ce temps, une suprême tentative de conciliation était faite par le nouveau pouvoir auprès du gouverneur du Transvaal, le peuple en appelant à « l'honneur de la noble nation britannique)). En réponse à cette démarche les troupes anglaises reçurent l'ordre d'étouffer Y insurrection.
Je n'ai pas à faire ici l'histoire de cette guerre dont les moindres détails sont connus. 11 semble inutile aussi de faire ressortir la prudence excessive imposée aux Burghers par leur infériorité numérique (les forces susceptibles d'être mises en ligne se bornaient à 7.000 hommes environ). Le meilleur plan à suivre dans de telles conditions était celui-ci : investir tous les centres occupés par une garnison anglaise, de façon à leur couper toutes leurs communications avec l'extérieur, et envoyer le reste des Burghers sur les fron-
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tières du Natal pour y arrêter les forces ennemies. Malheureusement la pénurie de munitions constituait une difficulté sérieuse. Au début de la guerre, chaque homme ne reçut que quinze cartouches, de sorte qu'il fallut escompter le butin de guerre qui permettrait de combattre l'ennemi avec ses propres munitions (comme cela est arrivé du reste vers la fin de la dernière guerre). 11 est évident qu'une lutte entreprise dans de telles conditions était une folie, étant donné surtout qu'on allait appeler aux armes les tribus cafres contre nous; mais Dieu animait nos cœurs et grâce à lui nous pûmes triompher de la puissance du nombre.
Une des batailles livrées au cours de cette guerre mérite de retenir l'attention, celle de Bronkhorstspruit. Les Burghers y eurent une collision avec le 94'' régiment qui se rendait à marche forcée de Lijdenburg à Pretoria. Franz J oubert, à la tête de 1 5o hommes, s'était porté à la rencontre des Anglais. Dès que les deux colonnes entrèrent en contact, J oubert envoya un message au colonel Anstruther dans le but de le déterminer à se replier sur Lijdenburg, auquel cas il n'y aurait aucune effusion de sang. Le porteur de ce message était un Burgher nommé Paul de Beer qui parlait parfaitement l'anglais. Anstruther répondit sèchement : « Je suis en route pour Pretoria et j'irai à Pretoria. » Force fut à J oubert de se disposera l'attaque.
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Le théâtre de l'action était une colline dénudée où poussaient quelques rares arbustes épineux. Les Anglais s'étaient établis dans un ravin, tandis que l'offensive des Burghers les mettait entièrement à découvert. Le combat ne dura que quelques minutes, mais le résultat fut sérieux : 23o Anglais furent tués ou blessés, le reste se rendit à discrétion. Le colonel Anstruther, blessé lui-même à mort, fit appeler le commandant Joubert. Il lui dit qu'il s'estimait vaincu par un adversaire très loyal et le pria d'accepter son épée comme souvenir ; puis il rendit le dernier soupir. Nous n'avons jamais parlé de cet incident, en dépit des nombreuses justifications mensongères par où les Anglais ont essayé d'expliquer leur défaite qu'ils attribuent à on ne sait quelle surprise perfide des nôtres ; nous n'y eussions fait aucune allusion si le généralissime Roberts, comte de Waterford, Kandahaar et Pretoria, n'avait essayé de sceller ce mensonge dans l'histoire par la dépêche qu'il envoya en Angleterre au cours de la récente guerre, dépêche datée de Bronkhorstspruit où il faisait étape et qui disait : « Me voici sur le théâtre de l'action qui se déroula en 1881 et au cours de laquelle une troupe anglaise succomba, traîtreusement décimée par l'ennemi. » Cela ne prouve d'ailleurs qu'une chose, c'est que lord Roberts est bien un Anglais de race.
La lutte fut vigoureusement poursuivie sur tout le terri-
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toire républicain par le défunt général Joubert, qui était alors dans la force de l'âge, et qui fit preuve, en cette occasion, de hautes qualités stratégiques. Le succès des Boërs fut tel qu'il excita l'étonnement du monde entier. ] 1 faut dire que le général J oubert était secondé par des chefs de valeur tels que les généraux Smit et Piet Cronje (dont l'héroïsme devait illustrer la journée de Paardekraal, une des plus sanglantes de la dernière guerre). On sait que la bataille décisive de cette campagne fut livrée à Amajuba, le 27 février 1881 .
Pendant la durée de cette guerre, je quittai le plus rarement possible Heidelberg où était le siège du gouvernement, me bornant à faire quelques tournées parmi les commandos, à Potchefstroom, dans les monts Draken à Standerton, pour encourager les combattants. Je me rendis aussi à Rustenburg pour exhorter les Burghers qui assiégeaient la garnison anglaise.
On me rapporta, au cours de ce voyage, que les Cafres du chef Magato, dont le kraal était situé dans ces parages, avaient pris une attitude menaçante. J'allai vers eux avec sept hommes, parmi lesquels mon fils, Piet Krüger. Au kraal de Magato, je trouvai des milliers de noirs rassemblés autour de leurs paillotes dans des intentions évidemment suspectes. Je me dirigeai droit vers la demeure de Magato et l'apostrophai en ces termes :
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« Pourquoi as-tu fait passer des provisions à la garnison anglaise, quand je vous avais enjoint d'observer la plus stricte neutralité dans cette guerre de blancs à blancs?
Magato répondit :
— J 'avais reçu auparavant un avis des Anglais m'informant qu'ils s'étaient emparés de Heidelberg et qu'ils se dirigeaient vers nos régions ; ils me menaçaient d'un châtiment exemplaire si je leur résistais.
— Fort bien, ripostai-je, mais puisque tu as commencé par me désobéir je vais te mener devant le conseil de guerre. »
Et je saisis le chef par le bras, mais à ce moment une bande de Cafres fit irruption, brandissant des haches, des sagaies, des fusils. Un de mes compagnons, un certain Piet van der Walt, s'élança auprès de Magato et le coucha en joue, menaçant les Cafres de le tuer si le moindre mal était fait à Krüger.
Magato, voyant sa vie en danger, donna l'ordre à ses chefs de faire éloigner leurs hommes, ordre que ceux-ci s'empressèrent d'exécuter à grand renfort de coups de bâton. Le tumulte apaisé, je me tournai vers Magato et lui dis :
« Maintenant, fais réunir tes Cafres, j'ai à leur parler. »
Magato cependant hésitait, s'offrant à servir d'interprète au chef blanc.
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« Non, dis-je, je tiens à parler personnellement à ton peuple. »
Sur un ordre de Magato, les Cafres alors reparurent, penauds et sans armes. Je les haranguai, leur reprochant leur lâche conduite, et leur intimant l'ordre de se tenir tranquilles une fois pour toutes, la guerre des blancs ne les regardant d'aucune façon. Après quoi, Magato fut catéchisé à son tour, jusqu'à ce qu'il eût promis solennellement de rester neutre désormais.
L'incident terminé à la satisfaction de tous, je priai Magato de me prêter une paire de chevaux pour me permettre de m'en retourner à Heidelberg. Mais le chef cafre, m'ayant pris à part, me représenta qu'en me prêtant des chevaux il s'exposait aux représailles des Anglais : « Cependant, dit-il, renouvelle ta demande en présence de mes Cafres; je ferai semblant de m'y opposer, et toi tu t'écrieras : a Très bien, puisque je ne puis les obtenir de bon gré, je vais me les approprier par la force. » Je me prêtai à cette comédie, et j'obtins ainsi les deux bons chevaux dont j'avais besoin.
La guerre touchait à sa fin. Au cours d'un armistice, je fus invité à me rendre aux frontières du Natal pour y négocier la paix. J 'entrepris ce voyage qui fut des plus pénibles, les pluies ayant rendu les routes presque impraticables, sans compter que d'énormes détours
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s'imposaient aux endroits occupés par les forces anglaises. Prévoyant que je ne pourrais atteindre à temps l'endroit qui m'était assigné (Laingsnek, au Natal), je fis demander par le général Joubert une prolongation de l'armistice qui, primitivement, devait expirer le 14 mars. En attendant, les Burghers faisaient une réception enthousiaste aux représentants du gouvernement : Prétorius, le docteur Jorissen, Mare et moi.
La paix fut négociée quelques jours plus tard avec le haut commissaire Sir Evelyn Wood, représentant du gouvernement anglais. Les entrevues eurent lieu à égale distance des deux camps. Les bases sur lesquelles s'entamèrent les négociations étaient les suivantes :
1° Amnistie pour tous les chefs boërs;
2° Droit conféré aux Boërs de donner pleins pouvoirs à ceux qu'ils choisissaient pour négociateurs;
3° Nomination d'une commission royale chargée de régler tous les différends soulevés par la guerre ainsi que la rétrocession des territoires envahis;
4° Autonomie sous la suzeraineté britannique;
5° Création d'un poste de résident anglais à Pretoria;
6° Subordination aux vues anglaises de la politique étrangère de la République Sud-Africaine.
Brand, le président de l'Etat libre d'Orange, devait assister aux négociations, avec voix consultative; mais la composition de la commission royale donna lieu, tout
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d'abord, à de nombreuses discussions. Le gouvernement anglais souhaitait de n'y introduire que des sujets britanniques, à l'exception de Brand qui représentait les deux partis. Les chefs boërs de leur côté réclamaient une commission mixte où les deux puissances seraient représentées à nombre égal. En outre, l'Angleterre revendiquait, dès le principe, une portion du territoire républicain, les districts de Wakkerstroom et d' Utrecht notamment, exigence à laquelle les chefs boërs ne pouvaient se plier sous aucun prétexte.
Bref, après bien des débats, sir Evelyn Wood posa cette question insidieuse :
« Si nous ne cédons pas sur ce point, reprendrezvous les hostilités?
— Permettez-moi de retourner la question, réparti s-je; si nous ne cédons pas, reprendrez-üOM5 les hostilités?
Sir Wood ayant répondu affirmativement, je pris mon chapeau disant : « Inutile, dans ce cas, de poursuivre les négociations. » Mais Wood me retint par le bras, cherchant à calmer mon emportement, tandis que le général boër Smit, furieux, déclarait : « 11 vaudrait bien mieux trancher le différend par l'épée. »
Une autre difficulté s'éleva à propos de l'évacuation du territoire et de l'approvisionnement des garnisons anglaises pendant le cours des délibérations. 11 sembla
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un instant que ce dût être là l'écueil où elles échoueraient, et le docteur jorissen avait déjà rédigé une déclaration de rupture inspirée par moi-même et qui devait être lue aux représentants anglais; mais sur les instances du président Brand, nous consentîmes à la supprimer. Les négociations furent reprises dans la maison d'O'Neills, mais on eut beaucoup de peine à se mettre d'accord. Wood s'efforçait, par tous les moyens, d'éluder ses promesses verbales, et il s'abaissa même à des incorrections. 11 profita notamment d'un entretien animé que j'avais avec le docteur Jorissen et le général J oubert pour charger un de ses subordonnés d'annoncer au camp la prolongation de l'armistice. Mais la manoeuvre attira mon attention et je demandai : « Où va cet homme? » Puis, renseigné, je dis à un adjudant anglais : « Stop that man »; et je me rendis sous latente de Wood. Je fis appel à sa loyauté, l'adjurant de signer d'abord une convention relative aux points sur lesquels on était tombé d'accord. Wood, voyant que toute échappatoire devenait impossible, finit par signer. Et la prolongation de l'armistice fut officiellement annoncée aux parties belligérantes.
Après la signature des préliminaires de la paix les officiers anglais cherchèrent à déprécier nos succès en disant que les pertes que nous avions éprouvées
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nous eussent, de toute manière, empêchés de prolonger la
résistance. Un de ces officiers demanda un jour à Joubert :
« Combien de morts avez-vous donc eus au Nack?
— J'en ai eu un, plus un blessé.
L'officier se prit à rire, persistant à affirmer qu'il en avait vu davantage.
— Fort bien, s'écria Joubert exaspéré, allez donc creuser le sol là-bas et si vous en trouvez un de plus, je m'engage à le manger, peau et cheveux compris. »
Devant un clergyman de Newcastle qui faisait, en ma présence, l'éloge des troupes boërs, ces mêmes officiers se mirent à vanter les qualités d'endurance et le courage des leurs qui, disaient-ils, se défendirent jusqu'à la dernière cartouche. Alors me tournant vers le chapelain :
« Quand vous verrez Sa Majesté, ne manquez pas de lui dire de récompenser tout spécialement les soldats pour le soin qu'ils ont pris de leurs munitions; nous les avons trouvées, sur la montagne, dans le paquetage encore intact des mulets de bât. »
Wood, lui-même, risqua cette question, entre autres :
« A quoi rimaient bien les 200 hommes envoyés par vous au Biggarsberg?
— On nous avait dit que 12.000 des vôtres se dirigeaient vers cet endroit.
— Et c'est contre ces 12.000 hommes que vous en envoyiez 200?
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— Dame, nous n'en avions pas davantage; il me semblait, d'ailleurs, que ce serait suffisant. »
La convention préliminaire que nous signâmes, Joubert et moi, au nom de la République, comportait les stipulations suivantes : autonomie absolue, sous la suzeraineté britannique, nomination d'un résident anglais à Pretoria, et rétrocession des territoires envahis au cours de la guerre. La question si épineuse de l'évacuation des villes de garnison devait être réglée par la commission royale. Wood s'engageait, au nom du gouvernement, à ne pas occuper les positions qu'évacueraient les Boërs campés aux environs de Laingsnek et à n'envoyer ni troupes ni munitions au Transvaal. La commission royale devait au reste trancher, dans l'espace de six mois, toutes les difficultés subséquentes, conclure le traité définitif et rendre ensuite le pays aux Boërs.
Cette commission, qui se réunit peu de temps après, se composait de Sir Hercules Robinson, le nouveau haut commissaire. Sir Henry de Villiers, le procureur général du Cap, et Sir Evelyn Wood. Le traité qu'ils élaborèrent est connu sous le nom de Convention de Pretoria de 1881 .
La ratification de ce traité par le Volksraad donna lieu au plus orageux débats. Cinq mois auparavant, au
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cours d'une session extraordinaire, moi-même, désireux de rassurer les Burghers, je leur avais vanté la magnanimité de l'Angleterre, exprimé ma pleine confiance dans les membres de la commission royale, et dépeint la réconciliation avec l'Angleterre comme l'aube d'une ère de bonheur pour le peuple boër. Je me voyais maintenant forcé de protester contre quelques-uns des articles du traité. Une dépêche adressée par moi à Gladstone, et où je me plaignais amèrement que certaines clauses de la convention ne fussent nullement conformes aux stipuk.tions verbales, resta sans réponse. Le traité ne fut finalement ratifié que sous réserve des restrictions suivantes : l'assemblée déclarait qu'elle ne cédait qu'à la force et qu'en échange de cette soumission arrachée par la contrainte, elle espérait que l'Angleterre modifierait les clauses inacceptables du traité, en particulier celles relatives à la suzeraineté et aux pertes de territoire.
Un des points qui indisposa le plus les Burghers fut la substitution de l'appellation État du Transvaal à celle de J{épuhlique Sud- Africaine qui leur tenait au cœur. Mais ce dernier titre ne fut rendu à la République boër que par la Convention de 1 884, ce qui ne m'empêcha pas de la qualifier ainsi au cours de tous les entretiens que j'eus dans l'intervalle avec les représentants anglais. Un jour même le résident de Sa Majesté britannique m'en fit l'observation.
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— Et comment prouverez- vous, rétorquai-je, que mon pays s'appelle maintenant « Etat du Transvaal » et non « République Sud- Africaine »?
— Cela est formellement stipulé dans la Convention de \%d>\.
— Alors une supposition : je vous vends une ferme et je libelle le contrat de vente comme suit : « Je soussigné, Paul Krüger, dénommé vendeur par la présente, etc.. » Sera-ce une raison suffisante pour que je ne m'appelle plus Paul Krüger par la suite, mais Vendeur? De même dans le cas qui nous occupe. Dans le traité, qui est un simple contrat, la République est désignée sous le nom d'Etat du Transvaal. Cette façon de la désigner n'implique pas qu'elle doive s'appeler ainsi désormais. République Sud-Africaine est et demeure son nom véritable.
Sir Hudson se prit à rire et conclut : « Soit, appelez-la ainsi, si tel est votre bon plaisir, mais ne vous formalisez pas s'il me convient à moi, de l'appeler Etat du Transvaal. »
Dès le 8 août, avant même l'ouverture de la session ordinaire du Volksraad, les garnisons anglaises évacuaient le pays, et le palais du gouvernement réarborait enfin le « Viercleur » (i) cher aux Boërs.
(i) La bannière aux quatre couleurs.
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