‹ Les mémoires du Président KrügerChapitre 12 sur 18 · TROISIEME RENOUVELLEMENT DU MANDAT PRÉSIDENTIEL · texte numérisé non relu

TROISIEME RENOUVELLEMENT DU MANDAT PRÉSIDENTIEL

LE dépouillement du scrutin fournit les résultats suivants : Krüger 7854 voix, général Joubert 7009, le juge Kotzé 8]. Le parti Joubert, mécontent de son échec, prétendit que mon élection était entachée d'irrégularité. Le Volksraad fut ainsi conduit à instituer, au cours de sa première séance, le 1" mai, une commission de validation composée de trois députés de chacun des deux groupes antagonistes. Comme mon mandat n'expirait en réalité que le 5 mai, je restais au pouvoir provisoirement. Une majorité se forma au sein de la commission en faveur de la validation de mon élection qui fut déclarée inattaquable, mais les membres de la minorité, nzn persistèrent pas moins à demander un nouveau scrutin. Le Volksraad, consulté en dernier ressort, se rangea,

par j8 voix contre 3, à l'avis de la majorité, et je fus ainsi proclamé président pour la troisième fois, le 12 mai 1893. A cette occasion, je dus apparaître au balcon du nouveau palais du Gouvernement et haranguer le peuple massé sur la place de l'Église. Ce fut, à la vérité, plus qu'une harangue, un discours partiotique où j'exhortais les Burghers à l'union et à la concorde. Je rendais hommage aux femmes et terminais par une allocution aux enfants, à qui je recommandais de rester fidèles à leur langue maternelle (i).

L'union entre Burghers était, à la vérité, plus que jamais nécessaire au cours d'une année où le pays devait être ravagé par d'épouvantables inondations dues à des crues de rivières, telles que de mémoire d'homme on n'en avait vues de semblables.

(1) La réforme scolaire instituée l'année précédente avait fait du Hollandais la langue enseignante. La langue maternelle dont parlait le président était donc la langue hollandaise et non le patois boër. Voici du reste le texte de son allocution :

« Chers enfants, c'est sur vous que mes yeux demeureront fixés, vous en qui je vois l'État de l'Avenir et l'Eglise de l'Avenir. Je souhaite de tout mon cœur que toutes les forces vives de la nation contribuent à faire de vous des membres utiles de la société. Vous jouissez d'un grand privilège par ce fait que votre Etat a décrété l'enseignement religieux obligatoire, et ce privilège ne doit pas être limité à quelques favorisés, mais notre désir est de l'étendre à tous. Votre gouvernement a inscrit renseignement religieux au nombre de ses lois, espérons que nos continuateurs l'y maintiendront. C'est un autre grand avantage pour vous que le pouvoir législatif veille sur la langue du pays, la langue devenue chère à vos ascendants pour les avoir guidés dans les épreuves et les combats, la langue qui vous permet d'approcher la Bible, de la lire et de la comprendre ; si vous deveniez indifférents à votre langue, vous deviendriez indifférents aussi à l'égard de vos ancêtres et de votre Bible, et par conséquent à l'égard de votre religion, voire même à l'égard de

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Un an avant les élections de 1893 qui, pour la troisième fois, me plaçaient à la tête du Gouvernement transvaalien, une sorte de ligue s'était formée à Johannesburg, dont l'influence sur les destinées du Transvaal devait être des plus fâcheuses. La Transvaal "National Union (telle était son étiquette) s'était donné pour mission d'entretenir la population de Johannesburg dans une perpétuelle surexcitation, de recueillir tous les griefs imaginables contre le Gouvernement et de ne reculer devant aucun moyen pour réaliser ses suspectes visées. En apparence elle avait provoqué une simple agitation au sujet du droit de vote : son but était tout différent, comme on le verra par la suite. Les événements ont prouvé, d'ailleurs, que Cecil Rhodes n'était pas étranger à ces menées.

votre nationalité. Donc restez fermemeut attachés à votre langue. Sans doute il est nécessaire d'apprendre des langues étrangères, celle avant tout du peuple avec lequel vous êtes appelé aux plus fréquentes relations ; mais cette langue doit toujours rester une langue secondaire. Votre langue, la langue de la Bible, doit primer toutes les autres. Prenez mes paroles à cœur, méditez-les, et priez le Seigneur de vous permettre de rester fidèles à vos devoirs, vos descendants vous en seront reconnaissants. »

Dans la loi scolaire présentée en 1874 par le président Bürgers, celui-ci avait négligé les deux points de vue essentiels sur lesquels Krüger vient d'insister. Aussi peut-on dire qu'il se trouva en opposition avec la conscience religieuse delà nation, et sa loi, d'ailleurs, resta toujours lettre morte. La guerre d'indépendance terminée, ce fut un des premiers soins de Krüger, vice-président du gouvernement provisoire, d'élaborer une loi scolaire répondant aux vœux et aux sentiments pieux du pays. 11 pensa d'abord avoir trouvé dans le pasteur du Toit l'homme capable de parachever son œuvre, et — la loi nouvelle adoptée par le Volksraad en 1882 — il le nomma directeur de renseignement(ministre de l'instruction publique). Mais

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Un événement fortuit ne tarda pas à dévoiler le véritable caractère de la "National Zlnion, ce fut la guerre contre les Cafres dans les monts Blauw.

La République avait eu, de tout temps, maille à partir avec l'une ou l'autre des tribus cafres du Nord. Cette fois l'incident était plus grave. 11 s'agissait de mettre un terme aux méfaits d'un certain Malapoch, dont la tribu était cantonnée dans les monts Blauw, un despote au petit pied qui n'hésitait pas à faire égorger ses sujets de la plaine, quand il pouvait les convaincre d'avoir payé la dîme obligatoire à la République.

]] fut décidé qu'on enverrait un commando contre le rebelle, et le général Joubert fut chargé de lever à Pretoria le contingent nécessaire à cette expédition. Parmi les jeunes hommes ainsi appelés sous les drapeaux se

du Toit était plutôt un politicien qu'un pédagogue, et il démissionna en 1889. A cette époque la découverte des champs d'or et leurs conséquences donnèrent tant de besogne et d'embarras au gouvernement qu'il ne put s'occuper de la question scolaire et que le poste de directeur de l'enseignement resta vacant pendant quelques années. Plus tard, renonçant cette fois aux pasteurs, le peuple étant partagé en plusieurs sectes religieuses, le gouvernement offrit cette charge au professeur Dr. Mansvelt. Celui-ci commença par refuser; mais le président revint personnellement à la charge et, en 1891, le D' Mansvelt entrait en fonctions. Après s'être rendu compte au cours d'une longue tournée d'inspection, de l'état des écoles, il élabora, en collaboration avec une commission du Volksraad une loi scolaire nouvelle qui, sortie victorieuse d'un référendum, fut adoptée par le Volksraad.

Le président Krüger avait activement collaboré à cette loi, qui fut d'ailleurs en partie composée et rédigée sous sa direction et dans sa demeure même. Elle porte du reste le reflet de trois de ses préoccupations essentielles. L'intervention trop active, trop complète du gouvernement risquait selon lui, de déterminer

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trouvaient naturellement beaucoup de sujets étrangers, mais tous répondirent avec empressement à l'ordre d'appel, sauf les Anglais.

Ceux-ci s'intitulaient « British Subjects » et se considéraient sans doute comme étant de race trop aristocratique pour combattre aux côtés des Boërs qu'ils méprisaient. Les clergymen, d'ailleurs, s'en étaient mêlés et ne contribuaient pas peu à surexciter les esprits. Le veldkornett se vit, finalement, obligé de faire arrêter les réfractaires, en vertu de l'article 5 de la loi martiale. Mais ceux-ci introduisirent une instance devant la Haute- Cour afin de recouvrer leur liberté. Ils furent déboutés, d'ailleurs, et condamnés à être conduits sous bonne escorte au commando auquel ils avaient été affectés.

Cependant la T^ational Union n'était pas restée

une sorte de relâchement de l'initiative privée, de décider même certains pmrents à s'en remettre à l'Etat du soin de leurs devoirs les plus sacrés. Et pourtant il était certain que le programme d'instruction d'alors était insuffisant pour rendre les enfants du pays aptes à défendre leur patrimoine contre le flot torrentiel de l'immigration. D'autre part la création d'écoles supérieures et spéciales destinées au recrutement des grandes administrations du gouvernement s'imposait d'urgence, et elle entraînerait des sacrifices d'argent qu'on ne pouvait demander à l'initiative privée. Le mieux donc était de s'inspirer des circonstances et de transiger avec toutes les nécessités, et c'est ce que fit Krüger.

Il agit de même dans la question de la sanction des capacités du corps enseignant, qui risquait de supprimer brutalememt les vieux professeurs, qui aux temps difficiles, avaient mis presque gratuitement leur temps et leurs forces à la disposition des enfants d'alors. Pour n'être pas ingrat envers eux, on résolut, par une sorte de compromis, de les maintenir dans les écoles de campagne, dites «r écoles boërs », à la condition que leurs exigences demeurassent modestes.

Sa troisième préoccupation était le projet de création d'écoles normales supé-

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inactive. Ses membres votèrent toutes sortes de blâmes destinés à faire échec à l'autorité suprême. L'Angleterre finit par s'en mêler, et Sir Henry Loch fut officiellement délégué pour trancher le conflit à Pretoria même. Mais dans l'intervalle, le Volksraad avait pris une décision aux termes de laquelle les jeunes gens qui n'avaient pu obtenir la qualité de Burghers étaient exonérés du service militaire en temps de guerre, moyennant le paiement d'une certaine indemnité. C'est peu de temps après la promulgation de ce décret que Sir Loch arriva à Pretoria.

Les Anglais l'accueillirent par une démonstration préparée de longue main. Sitôt que le gouverneur eut pris place à mes côtés, dans le landau officiel, ils dételèrent les chevaux et conduisirent la voiture au Transvaal -Hôtel

rieures pour jeunes filJes, projet auquel il était personnellement très hostile, car il l'estimait de nature à désorienter et bouleverser un peuple chez qui le foyer fut, de temps immémorial, la place exclusive de la femme. 11 se rendit néanmoins petit à petit aux avis de ses conseillers, et ce fut même lui qui, plus tard, devança même les progressistes en réclamant l'admission au gymnase de l'Etat de toutes les jeunes filles de talent. 11 présida même, en 1894, à l'inauguration du lycée de filles de Pretoria et prononça un discours à cette occasion. En quelques années du reste le peuple fut gagné à toutes ces réformes.

Partisan de l'instruction universelle, Krüger réussit même à faire octroyer des subventions aux écoles des territoires de langue mixte, où la langue enseignante n'était pas le Hollandais. 11 fut ainsi le promoteur d'un article de loi unique, daté du 1" juin 1892, qui favorisait le développement de certaines écoles anglaises et de la nouvelle école allemande de Johannesburg. Même quand il s'aperçut que la population d'origine anglaise boudait à ses faveurs, et que ses adversaires créaient une Commission des Ecoles et un fonds scolaire de 2 millions de marks destiné à subventionner des établissements d'instruction s'inspirant d'idées anti-nationales,

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avec accompagnement de refrains satiriques. Un des meneurs avait même pris place sur le siège où il déployait un énorme pavillon anglais. Devant l'hôtel le cortège s'arrêta pour la lecture d'une supplique adressée à Sir Loch.

Cette lecture à peine terminée, un certain nombre de Burghers qui s'étaient rendus compte de ce qui se passait, s'emparèrent du landau dans lequel j'étais remonté, après l'avoir un instant quitté durant la lecture de la supplique, et me conduisirent au palais du gouvernement.

]] est à peine besoin de dire que cet incident produisit une impression déplorable dans le pays, et ne contribua pas peu à augmenter la défiance des Burghers envers les étrangers et en particulier envers les Anglais. Il y eut une interpellation au Volksraad blâmant le gouvernement de n'avoir pris aucune mesure pour prévenir des manifestations aussi outrageantes. La ville s'était d'ail-

il autorisa la fondation d'écoles d'étrangers établies aux frais de l'Etat, et où les pionniers pouvaient envoyer leurs enfants pour une redevance minime, voire à titre gratuit. Ces écoles n'avaient d'autre obligation que de favoriser aussi l'enseignement de la langue du pays. En moins de deux ans, d'ailleurs (i 896-1 898) elles étaient au nombre de douze, avec 49 professeurs et 1499 élèves dont chacun coûtait 240 marks à l'Etat.

A partir de 1892, d'ailleurs, le régime scolaire fit de tels progrès qu'il obtint deux grands prix à l'Exposition universelle de Paris de 1900, en dépit de tous les obstacles qui avaient entravé le développement de l'instruction au Transvaal : dispersement de la population, guerre contre les aborigènes, pénurie d'ouvriers, sécheresse persistante, peste bovine, etc.. (JVo/e du traducteur)

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leurs emplie de Burghers prêts à châtier les émeutiers en cas de récidive.

Entre temps, la T^ational Union poursuivait ses menées. Elle invita Sir Henry Loch à se rendre à Johannesburg, cette ville paraissant se prêter mieux que Pretoria à la fomentation de troubles susceptibles de légitimer une intervention de l'Angleterre. Pressentant toute la gravité des circonstances, j'insistai auprès de Sir Loch pour qu'il déclinât l'invitation qui lui était faite, ne lui cachant pas que je l'estimerais entièrement responsable de ce qui pourrait advenir s'il passait outre. Le gouverneur se rendit à mes raisons , et son attitude officielle fut dès lors des plus correctes.

Ce n'était là, malheureusement, que des apparences. Peu de jours après, les délégués de la "National Union lui remirent à Pretoria une adresse des plus offensantes pour le gouvernement et pour le Volksraad. 11 n'osa ouvertement l'approuver, conseilla même aux signataires de porter simplement et paisiblement leurs griefs devant le Volksraad; mais, en même temps, il s'enquit près d'eux des armements et munitions dont disposaient les bastions à Johannesburg, et de la durée de la résistance qu'ils pourraient, le cas échéant, opposer au gouvernement de la République. Cette résistance se prolongerait-elle assez pour lui donner le temps à lui-même de venir à leur secours avec des troupes?

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On conviendra qu'elJe est bien anglaise, cette attitude perfide d'un plénipotentiaire chargé de négociations amiables. Et, de fait, la conduite de Sir Loch, dans cette circonstance, caractérise toute la politique anglaise dans le Sud-Africain. Mensonges, intrigues, fraudes, excitations secrètes, tels ont été les traits invariables de cette politique qui devait aboutir à la plus sanglante des guerres d'extermination. Si ceux de Johannesburg ne répondirent pas aux instigations secrètes de Sir Loch, c'est tout simplement au manque d'armes et de munitions que le pays en fut redevable. Mais on imagine facilement de quel poids fut cet avertissement déguisé dans la balance des événements qui s'apprêtaient.

Ici, je vais anticiper sur la chronologie générale de ces mémoires pour en finir d'un coup avec l'histoire de la "National Union.

La direction des affaires extérieures allait se trouver aux prises avec des événements de la plus haute importance. En 1893 d'abord fut signée la deuxième convention avec le Swasieland, à la suite des deux conférences de Colesberg et de Pretoria. La dernière seule porta ses fruits. Elle fut rehaussée, d'ailleurs, par l'éclat des fêtes données en l'honneur de Sir Henry Loch, qui vint à Pretoria avec sa femme, ses deux filles et un brillant état-major d'officiers. Certes un non-initié, assistant aux

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réceptions qui lui furent faites, aurait pu croire que la République fêtait un de ses plus fidèles alliés. L'accord stipulé par la Convention ne fut cependant pas de ceux qui dussent donner prétexte à des feux de joie, mais on avait obtenu des Anglais tout ce qu'on pouvait attendre d'eux. Voici, au surplus, les points principaux de cet accord :

1° La République est autorisée à conclure, avec la reine de Swasieland, un traité en vertu duquel l'administration politique et le protectorat passeront aux mains de la République, la direction des affaires indigènes demeurant confiée à la reine du Swasieland et à son conseil, afin que le Swasieland ne puisse être considéré, dans l'avenir, comme une simple province du Transvaal;

2° Tous les blancs fixés dans le pays depuis six ans au moins seront considérés comme sujets de la République et jouiront de tous les droits aiférents à cette qualité;

3° Les langues hollandaise et anglaise seront admises au même titre devant les tribunaux;

4° La République Sud-Africaine confirme le désistement déjà stipulé dans la première Convention, désistement en vertu duquel elle renonce à ses prétentions sur certaines portions du territoire situées au nord et au nord-ouest de ses frontières.

Cet accord, toutefois, devait, avant d'entrer en vigueur,

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être sanctionné par la reine noire et son conseil, et, on devine bien que cela n'alla pas sans grosses difficultés. La mauvaise foi naturelle des Cafres trouva, en cette circonstance, un précieux encouragement dans l'attitude perfide d'une foule de Jingoïstes et d'aventuriers, ennemis de la République, d'un certain Hulett de Natal, entre autres, qui sut si bien circonvenir les Swasies qu'ils envoyèrent une députation à Londres, chargée de protester contre le protectorat boër. Les députés cafres n'obtinrent, du reste, absolument rien.

Cependant, comme le Swasieland était devenu pour la République une source intarissable d'embarras et de litiges finissant par créer une situation à laquelle elle n'était pas en mesure de remédier, je demandai une nouvelle entrevue à Sir Henry Loch. Elle eut lieu à Volksrust en 1894, et donna lieu à une troisième Convention aux termes de laquelle la République obtenait enfin le droit d'occuper le pays, sans, toutefois, qu'il pût être considéré comme partie intégrante du territoire républicain, clause de pure forme n'empêchant pas, de fait, la prise de possession définitive du Swasieland. La Convention, ratifiée par le Volksraad en 1895, mit fin provisoirement aux menées des ennemis de la République. Mais ce n'était pas encore le repos, car à peine cette affaire était-elle liquidée que l'Angleterre annexait le Sambaanland et l'Ubigesaland.

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La République entretenait depuis longtemps des relations amicales avec ces deux pays, et au cours même des négociations relatives au Swasieland, il était toujours resté plus ou moins explicitement convenu que, sitôt ce différend réglé, la République entrerait en pourparlers avec l'Angleterre pour leur annexion.

L'Angleterre, d'ailleurs, n'avait pas plus de droits sur ces pays cafres que sur la lune, mais il s'agissait, avant tout, pour elle, de faire pièce à la République et de lui couper une route de plus vers la mer, une route dont les Anglais n'avaient aucun besoin. La République, bien entendu, protesta contre cette annexion, en vain, d'ailleurs, comme toujours.

La même année, heureusement, vit se réaliser un de mes vœux les plus chers. On put célébrer, à Pretoria, l'inauguration du chemin de fer de Delagoa-Bay. La construction en était enfin achevée, non sans s'être heurtée à de nombreuses difficultés qui furent vaincues, grâce à l'énergie de la Compagnie Néerlandaise- Sud- Africaine. Tous les États de l'Afrique australe se firent représenter à cette cérémonie, et le Volksraad poussa même la gracieuseté jusqu'à voter un crédit de 20.000 livres sterling pour permettre à tous les Burghers de faire le voyage gratuit de Delagoa, afin déjuger l'œuvre dans son ensemble.

Des milliers de citoyens, en effet, profitèrent de cette faveur et revinrent dans leurs foyers, pleins d'enthousiasme pour cette belle entreprise. Celle-ci allait, au reste, bouleverser littéralement la physionomie et les rapports intérieurs du pays. Jusqu'alors, le monopole des transports et du trafic sur J ohannesburg avait appartenu au chemin de fer du Cap. Tout cela allait être changé. Afin de provoquer une concurrence tout amiable et s'assurer une part légitime dans les recettes du transit avec Johannesburg, la République offrit de partager ces recettes (trafic et circulation) entre les trois pays reliés par leurs voies ferrées avec Pretoria, c'est-à-dire entre la colonie du Cap, la Natalie et le Transvaal.

Mais Cecil Rhodes, alors premier ministre au Cap, en avait disposé autrement. Il demanda 5o o/o pour le Cap seulement. Le Transvaal et le Natal devaient se borner à se partager les autres 5oo/o. La République, naturellement, refusa son adhésion, et une guerre de tarifs s'ensuivit. La colonie du Cap baissa les siens surtout le parcours du Cap et de l'Etat libre d'Orange jusqu'à la station frontière du Transvaal (les chemins de fer de l'Etat libre dépendaient encore, à cette époque, des Compagnies anglaises). La Compagnie Sud- Africaine, en revanche, éleva les siens sur la portion de la ligne du Cap lui appartenant (Vereeniguing-J ohannesburg), afin de compenser les pertes subies sur le reste du trajet.

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Le gouvernement du Cap imagina alors un plan des plus ingénieux. Pour ne pas payer les prix majorés par la Compagnie transvaalienne, il fit décharger les wagons de marchandises à la halte de Viljoen, d'où elles étaient, après transbordement, dirigées sur J ohannesburg dans des charrettes traînées par des boeufs. Mais il y avait dans les lois douanières de la République un article autorisant le Président à localiser le transit par delà la frontière sur des points déterminés déclarés guéables, tandis que partout ailleurs le passage demeurait interdit. En réponse au stratagème de Cecil Rhodes et des siens, la République, qui avait les mêmes intérêts que la Compagnie des chemins de fer Sud-Africains, puisqu'elle en garantissait l'exploitation, résolut de fermer les passages de frontières (gués des douanes) à toutes les marchandises venant d'outre-mer, et à celles-là seulement, car l'intention du Président n'était pas d'entraver le trafic continental entre l'État libre et le Cap.

L'administration coloniale anglaise, bien entendu, jeta les hauts cris : selon elle, je violais la Convention de Londres. Cette convention renfermait, en effet, une clause d'après laquelle l'entrée au Transvaal ne pouvait être interdite à aucun article de provenance anglaise, à moins que la même prohibition ne s'étendît à tous les articles étrangers de même nature.

D'après cette façon de voir, la République avait donc

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violé la convention de Londres parce qu'elle favorisait le Cap (une colonie anglaise), et l'État libre (une république-sœur), au détriment des autres nations. Et elle devait, ou rapporter son décret concernant les marchandises d'outre-mer, ou recourir à la mesure odieuse de la prohibition totale.

Cecil Rhodes n'hésita pas à soumettre la question au Cabinet de Londres. C'était le Cabinet préci sémentauquel nous devons la dernière guerre. Chamberlain s'y trouvait et se montra tout naturellement disposé à envoyer un ultimatum à la République, sous cette réserve que si une guerre naissait de ce fait, la colonie du Cap supporterait la moitié des frais, équiperait une troupe auxiliaire et mettrait son chemin de fer à la libre disposition du corps expéditionnaire. Il faut dire à la honte des Afrikanders qui siégeaient au ministère du Cap qu'ils adhérèrent à ces conditions. De sorte que la République, mise en demeure de rouvrir ses gués de frontières, se vit obligée de céder une fois de plus.

Je voudrais maintenant dire quelques mots du raid Jameson, unz expédition dont Jameson lui-même ne peut être rendu seul responsable. Chamberlain, sans doute, a bien affirmé, à cette époque, qu'il y était resté complètement étranger, mais le contraire fut prouvé plus tard, etil reste acquis, aujourd'hui, que le gouvernement

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anglais, ou Chamberlain tout au moins, était au courant des intrigues ourdies par Cecil Rhodes, intrigues dont le raid Jameson ne fut qu'un honteux épisode.

Cecil Rhodes caressait depuis longtemps le rêve de s'emparer, de façon ou d'autre, de la République Sud- Africaine, et il appliquait à la réalisation de ce rêve toutes les ressources que lui fournissaient son or, son influence, sa situation de premier ministre. La T^ational Zlnion aussi fut un de ses instruments essentiels; elle entretenait à J ohannesburg une fermentation des esprits, un véritable levain d'insurrection, et devait finalement être un des pivots du complot tramé par Rhodes contre l'existence de l'État.

Par son entremise, des armes et des munitions furent subrepticement introduites dans Johannesburg et cachées dans les mines de Simmer et de Jack dont Rhodes était un des principaux actionnaires. Il n'ignorait pas, cependant, que Johannesburg n'était pas en état de mettre la République en échec. 11 lui fallait donc une place située sur les frontières mêmes de la République et où il pût entretenir des forces militaires suffisantes pour prêter un concours efficace à une éventuelle insurrection.

Dans ce but, il entama des négociations avec le cabinet de Londres par l'intermédiaire de son factotum, le D'' Rutherford Harris et de la journaliste Miss Flora Schaw, afin d'être autorisé à donner au domaine de la

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Charfered une extension telle que les points stratégiques convoités tombassent en dedans de ses frontières. 11 résulte des télégrammes échangés au cours de ces négociations entre les divers personnages qui y furent mêlés, que le ministre Chamberlain fut au courant de toute l'affaire.

Un des télégrammes de Flora Schaw à Rhodes se termine en effet par ces mots : « Chamberlain innocent en cas d'intervention des puissances européennes, mais je suis spécialement fondée à croire qu'il souhaite que vous agissiez immédiatement. » (Chamberlain sound in case of interférence "European powers, but hâve special reasons to helieve he wishes you must do it immediatety.) Dans un autre télégramme de Rhodes à miss Schaw il dit : « Mandez à Chamberlain que je m'en tirerai facilement s'il me soutient, mais il ne faut pas qu'il envoie des télégrammes comme ceux qu'il a envoyés au haut commissaire de l'Afrique du Sud. Voici la crise. Je réussirai et le Sud- Africain appartiendra à l'Angleterre. » (Jnform Chainberlain that 7 shall get through ail right, if he supports me, but he must not send cables like he sent to the Tiigh Commissioner in S. Äfrica. Today the crux is. 7 shall win and South-Africa will helong to "England.) Ailleurs encore Rhodes s'exprime ainsi : « Si vous ne pouvez pas décider Chamberlain à ordonner au haut commissaire de se rendre à Johan-

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nesburg immédiatement, toute l'affaire est perdue. Le haut commissaire recevra un accueil splendide et pourra encore retourner la situation à l'avantage de l'Angleterre, mais il faut qu'on lui câble immédiatement et que les instructions soient formelles, car il est faible et ne veut endosser aucune responsabilité. » (ilnless you can makß Chamberlain instruct the Tiigh Commissioner to proceed at once to Johannesburg, the whole position is lost. Tiigh Commissioner would receive splendid réception and still turn positions to "England's advantage, but he must be ins truc ted by cable immediately. The instructions mustbe specific, as he is weak and will take no responsability.)

Faisons remarquer en passant que la commission d'enquête du Sud-Africain britannique n'a eu communication que d'une partie de ces télégrammes; les plus compromettants, selon toute vraisemblance, avaient été détournés.

Comment expliquer qu'on supprime des documents, tout en instituant une commission d'enquête chargée de démêler la vérité à l'aide de ces mêmes documents? Ne faut-il pas conclure que Chamberlain était aussi coupable que Rhodes? Quoi qu'il en soit, le petit nombre des télégrammes qui ont été rendus publics suffisent à démontrer péremptoirement la complicité de l'homme qui dirigeait le ministère des Colonies.

Dès que Rhodes eut acquis la certitude que la portion

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du territoire convoitée lui serait accordée, il s'empressa de faire équiper les troupes de la police sud-africaine, de les pourvoir de chevaux et de tout un matériel de campagne, de telle sorte que tout fût prêt pour un coup de main contre la République, sitôt que la situation serait mûre à Johannesburg. Il s'était également abouché avec les chefs de la 'National Tlnion et, afin d'avoir un auxiliaire sûr dans la place, il avait envoyé à Johannesburg son frère, le colonel Rhodes pour agir de concert avec lui et le suppléer, lui ouvrant un crédit illimité pour toutes les dépenses qu'il jugerait nécessaires.

Sur ces entrefaites, Lionel Philips, un des conjurés, s'était rendu au Cap, sans doute pour recevoir les ordres directs de Rhodes. Il en revint précipitamment sous le prétexte d'inaugurer le bâtiment de la Chambre syndicale des mineurs dont il était le président. Ce bâtiment, du reste, n'était pas encore achevé, mais l'inauguration n'était qu'un prétexte devant permettre à Philips de prononcer, au moment opportun, un discours politique. La cérémonie eut lieu vers la fin de novembre, et Philips y prononça un discours des plus violents contre le Gouvernement républicain.

La même époque vit enfin apparaître, à Johannesburg, le D'^ Jameson, venu pour arrêter les points essentiels du complot avec quelques-uns des leaders de la National Union qui, préalablement, étaient allés, eux aussi.

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prendre les ordres de Rhodes au Cap. Ceux-ci remirent au docteur une lettre par laquelle ils l'appelaient à leur secours, et qui justifierait l'incursion préméditée. La lettre prétendait, d'ailleurs, qu'un conflit ne pouvait manquer d'éclater très prochainement entre les étrangers et le Gouvernement, et qu'alors la sécurité des biens privés, peut-être la vie même des femmes et des enfants de Johannesburg courraient les pires dangers. Cette lettre, signée : Charles Leonhard, colonel F. Rhodes, Lionel Philips, J. Hays, Hammond et Farrar, ne portait aucune date, de façon à permettre à Jameson de lui attribuer celle qu'il jugerait nécessaire.

En attendant, les journaux de Rhodes et de VUnion attisaient les passions politiques des habitants de Johannesburg, dans le but de provoquer la conflagration guettée par les hommes de Rhodes.

Vers fin décembre, Leonhard, le président de la T^ationalXlnion, donna lecture d'un manifeste qui mentionnait une longue série de griefs contre le Gouvernement républicain, et où figurait tout ce qui était susceptible d'exciter l'animosité des immigrés. La question du droit de vote, naturellement, figurait en tête de ce chapelet de doléances, encore que Lionel Philips, un unioniste également, eût écrit peu de temps auparavant à son associé de Londres, un capitaliste allemand nommé Beit qui était aussi en rapports suivis avec Rho-

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des : « Nous ne donnerions pas un liard pour le droit de vote. » (H^e do not care a fig for the franchise.)

Tandis que l'agitation était à son comble à Johannesburg, je rentrais à Pretoria après ma tournée annuelle à travers les districts. Les Burghers m'ayant remis une adresse dans laquelle ils demandaient que les fomenteurs de troubles fussent enfin châtiés, je leur fis cette réponse : ({ 11 faut attendre que la tortue montre sa tête si on veut la saisir. » On a voulu déduire de cette image que j'étais au courant des projets de Jameson et que, par la tortue en question, j'entendais désigner Jameson lui-même. C'est une erreur absolue. Ni moi, ni aucun membre du Gouvernement n'aurions cru même à la possibilité d'un acte pareil, encore moins nous y serions-nous attendus.

On avait bien remarqué des achats inusités de chevaux, de provisions, de fourrages, achats que les Anglais traitaient ouvertement avec les fermiers boërs mêmes, mais ceux-ci affirmaient que les troupes de police rassemblées à la frontière ouest de la République étaient destinées à marcher contre les Cafres, et en particulier contre le chef rebelle Linchwe. Bref la méfiance naturelle des Burghers avait été si habilement endormie qu'ils participaient bénévolement aux achats de vivres et au transport du matériel de guerre sur tous les points qui devaient servir d'étapes à Jameson depuis Kimberley jusqu'aux environs de Kriigersdorp. Peu de temps auparavant, j'avais

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même offert à sir Hercules Robinson, l'appui de la République pour protéger les femmes et les enfants contre les MatabéJés avec qui les Anglais étaient alors en difficultés, offre que le haut commissaire avait déclinée avec tous ses remerciements, le moment n'étant pas encore venu disait-il où le secours des Boërs pouvait être nécessaire.

11 est évident que si j'avais eu le moindre vent du plan de Jameson, je ne lui eusse pas permis de s'implanter si avant dans le pays. J'eusse rappelé aussi le général Joubert, généralissime des forces républicaines, en villégiature dans sa ferme du district de Wakkerstroom tandis que les troupes de Jameson s'assemblaient à la frontière, et qui ne rentra à Pretoria que peu de jours avant le début du raid.

L'image de la tortue était donc une simple allégorie visant la l^ational Tinion elle-même qui, sans cesse, vilipendait le gouvernement et n'épargnait aucune menace de nature à étayer efficacement ses revendications. Je voulais simplement dire par là qu'il fallait temporiser, laisser les choses suivre leur cours, attendre que VTlnion se fût démasquée, mise dans son tort, fournissant ainsi au gouvernement une occasion légitime de faire arrêter ses principaux membres (c'est-à-dire les meneurs) et les condamner pour haute trahison.

En attendant, les choses s'étaient si bien envenimées

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à J ohannesburg, vers fin décembre 1 895, que des milliers de citoyens quittèrent la ville pour se fixer dans les petits ports de la côte orientale, tandis que la T^ational Zlnion, qui avait pris le nom de T^e form- Commutée, levait, équipait et armait une milice indépendante.

Pour éviter un conflit et empêcher toute effusion de sang, le gouvernement décida de faire retirer sa propre police. A la vérité, les autorités boërs ne prenaient pas cette sorte d'insurrection au sérieux, sachant qu'elle était l'œuvre purement artificielle d'une poignée d'intrigants, et que le tout, en somme, n'eût été qu'une comédie ridicule si les suites n'avaient pas dû en être si graves. (1)

Le seul de tous les réformistes qui sût ce qu'il avait à faire, était le colonel Rhodes. Les autres n'étaient que des conspirateurs de théâtre. Les diverses députations de J ohannesburg que je reçus vers cette époque, prouvaient assez clairement que le gros de la population n'était pas animé du moindre sentiment révolutionnaire. Aussi promis-je à l'une de ces députations que les griefs dûment fondés des immigrés seraient pris en considération et que le gouvernement était prêt à conférer le droit de

()). On a raconté — et J. F. von Oordt s'est fait l'écho de cette fable dans son ouvrage — que, pendant toute la période de l'affaire Jameson, le président avait son cheval tout sellé à l'écurie et sa carabine chargée au chevet de son lit. La vérité est que quelques amis lui conseillèrent de quitter Pretoria qui pouvait être l'objet d'un coup de main, et qu'il leur répondit : « Si les choses devaient en venir là, je prendrais mon cheval et mon fusil et je rejoindrais mon commando. »

(J^ole du traducteur)

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vote à tous ceux qui, présentement, se conduisaient en amis fidèles de la République, je rédigeai, de plus, une proclamation adressée aux habitants de Johannesburg, disant que je savais bien que les émeutiers ne représentaient qu'une fraction infime de la population, et que je comptais sur tous les amis de l'ordre pour seconder les efforts du gouvernement dans le sens de l'apaisement et du triomphe de la loi.

Cette proclamation fut affichée le 3o décembre. Le même jour, le général Joubert recevait de Marais, le commissaire des mines stationné à Ottoshoop, un télégramme lui signalant le passage, à cinq heures et demie du matin, d'un corps de 800 hommes de la Chartered, munis de fusils Maxim et de canons. Ces troupes avaient pris la direction de Johannesburg. Les lignes télégraphiques étaient du reste coupées entre cette dernière ville. Malmanie et Zeerust.

Joubert, aussitôt, expédia des télégrammes aux commandants des divers districts, à ceux de Rustenburg, Krügersdorp et Potchefstroom d'abord, les mettant au courant des événements et leur donnant l'ordre de se porter immédiatement au-devant de l'ennemi.

Dans le même temps, le gouvernement avait institué, à Johannesburg, une commission chargée d'y rétablir l'ordre. C'est grâce à elle qu'il n'y eut pas de sang répandu dans la ville. Les réformistes, de leur côté.

envoyèrent à Pretoria une députation chargée de se mettre en rapport avec les pouvoirs publics. Reçus au nom du gouvernement par le général Kock et les juges AmeshoJf et Kotzé, les délégués demandèrent qu'il fût permis à Jameson d'entrer à Johannesburg, auquel cas ils s'engageaient eux-mêmes à obtenir de lui qu'il se retirât paisiblement et regagnât la frontière. Mais le gouvernement venait précisément d'accepter une proposition conciliante de Sir Hercules Robinson (il venait de rentrer en possession des fonctions de haut commissaire dans lesquelles Sir Henry Loch l'avait suppléé), proposition aux termes de laquelle Sir Robinson devait se rendre lui-même à Pretoria pour trancher le conflit à l'amiable. Les délégués réformistes furent donc invités à attendre cette solution : d'ici là le gouvernement s'engageait à ne point intervenir si l'ordre n'était pas troublé.

Jameson, cependant, s'avançait à marche forcée sur Johannesburg, bien qu'il eût eu connaissance d'un ordre du haut commissaire lui enjoignant de repasser la frontière. (Disons, en passant, que cet ordre fut presque immédiatement suivi de la démission de Cecil Rhodes qui abandonnait le portefeuille de ministre du Cap). L'ordre fut transmis à Jameson par un Burgher du Transvaal nommé Ben Bouvy^er; cet ordre était accompagné d'une lettre conçue dans le même sens et signée

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par Jacobus de Wet, le chargé d'affaires anglais à Pretoria. Jamesonne fit pas plus de cas de la lettre que du message qu'elle corroborait. 11 retint même prisonnier le lieutenant Eloff, de la police de Kriigersdorp, qui s'était porté à sa rencontre comme parlementaire officiel.

Au moment où il atteignait les montagnes de Kriigersdorp, Jameson rencontra les premières troupes transvaaliennes commandées par Malan, Potgieter et Cronjé, et les attaqua aussitôt avec de la grosse artillerie; mais il fut repoussé avec des pertes sérieuses. 11 se retira sur la droite, espérant tourner les positions des Burghers. Ce mouvement, exécuté pendant la nuit, fut contrarié par une attaque du veldkornett de Fouché qui rejeta les troupes de Jameson plus avant encore sur la droite où elles rencontrèrent Cronjé et ses Burghers et subirent une nouvelle défaite au cours de laquelle Jameson dut se rendre.

On a prétendu que J ameson ne s'était rendu que sous la condition que sa vie et celle des siens serait épargnées. Le commandant Cronjé avait, en effet, déclaré dans une note au colonel Villoughby, chef des troupes de Jameson, que la vie des vaincus serait épargnée s'ils se rendaient avec armes et bagages et fournissaient caution pour le dommage causé à la République. Mars, tandis que Cronjé était encore en pourparlers avec Jameson, le commandant Malan de Rusbenburg s'interposa, décla-

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tant : « Nous ne pouvons prendre aucun engagement; c'est l'affaire du gouvernement de Pretoria. » Cronjé s'étant rendu à l'avis de son compagnon d'armes, le commandant Malan fit communiquer en anglais à Jameson leur décision commune; la vie des prisonniers ne pouvait être garantie que jusqu'à Pretoria où ils seraient remis entre les mains du généralissime qui consulterait, en dernier ressort, les membres du gouvernement. « C'est bien, dit Jameson en s'inclinant, je souscris à vos conditions. » C'est alors seulement qu'on procéda au désarmement des prisonniers qui furent immédiatement dirigés sur Pretoria.

Le haut commissaire anglais venait d'arriver dans cette ville et une première entrevue avait eu lieu entre lui et les membres du gouvernement républicain (i). 11 avait naturellement commencé par exprimer tous ses regrets au sujet de l'affaire Jameson, mais, parune diversion habile, il soulevait presque aussitôt l'irritante question des étrangers et de leurs griefs, et des réformes que comportait, à son avis, la situation. Mais je l'interrompis, faisant remarquer que ce n'était pas le moment de discuter ces

(i) Sir Hercules Robinson avait fait demander si sa présence pouvait contribuer à une solution amiable de l'affaire Jameson. On lui avait répondu : « Oui, venez, peut-être cmpècherez-vous une effusion de sang. » Mais lui n'avait vu qu'une chose : la possibilité d'empêcher l'exécution sommaire de quelques insurgés de nationalité britannique. Et il fut visiblement dépité de son offre de médiation quand il comprit qu'on lui demandait simplement de conseiller aux rebelles de Johannesburg de se rendre à merci.

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matières. 11 s'agissait, avant tout, d'aviseraux mesures destinées à éviter toute nouvelle effusion de sang et à obtenir le désarmement pacifique des rebelles de Johannesburg.

« Dans quelles conditions ce désarmement doit-il s'effectuer? demanda le haut commissaire.

— Sans conditions, répondis-je. »

Et comme le représentant anglais hésitait encore, cherchait des arguments dilatoires, j'ajoutai :

« Je donne vingt-quatre heures aux insurgés de Johannesburg pour se soumettre de bon 'gré, sans condition aucune : passé ce délai, je les y contraindrai par la force. »

Et en dépit des instances renouvelées de Sir Hercules Robinson, je demeurai inflexible.

Une surexcitation bien légitime animait le^ Burghers et leurs chefs. Après s'être vus, pendant des années, en butte aux agissements vexatoires et aux menaces de la T^ational Zlnion, il va sans dire qu'ils n'étaient nullement disposés à épargner Jameson et les émeutiers de Johannesburg. Le fait suivant donnera le diapason de leurs sentiments à leur égard.

Peu de jours avant la défaite de J ameson, un commando de 400 Burghers environ qui se portait à sa rencontre, fit étape à Pretoria et leur chef profita de l'occasion pour venir me présenter ses devoirs. Comme j'étais moi-même sorti pour saluer les combattants, le commandant me dit, en présence de ses hommes :

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« Président, nous sommes venus ici, pour vous saluer et vous faire savoir que, sitôt que Jameson sera tombé entre nos mains, nous marcherons droit sur Johannesburg et que nous raserons ce repaire d'aventuriers : voilà bien assez longtemps qu'ils nous font des misères.

— Non, Burghers, répondis-je, il ne faut pas parler ainsi. Songez que J ohannesburg renferme, malgré tout, des milliers d'innocents et de fidèles républicains, et que les autres, pour la plupart, se sont simplement laissé entraîner par une poignée de factieux. Nous ne devons pas être vindicatifs, car nous ne savons pas où nous conduirait l'ouverture des représailles.

— Vous nous sermonnez en pure perte, président, interrompit le commandant. A quoi bon nous montrer magnanimes? C'est précisément parce que nous avons fait preuve de trop de longanimité à l'égard des meneurs qu'ils ont poussé les choses au point où elles en sont. Mes Burghers et moi nous sommes fermement résolus à en finir, une fois pour toutes, avec cette graine d'insurgés. »

Là-dessus, je m'emportai ou, du moins, je fis semblant de m'emporter.

(( Fort bien! Mais alors, puisque vous refusez de m'écouter, demandez-moi ma démission de président et gouvernez le pays à votre manière. »

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Ces mots calmèrent le commandant :

« Non, président, dit-il en baissant le ton, vous vous méprenez sur nos intentions; nous ne demandons pas mieux que de vous obéir... mais, tout de même, ils nous font trop de misères.

— Soit, répondis-je, plus calme à mon tour, si vous voulez m'obéir, faites ce que je vous ai dit et rapportezvous en à moi pour le reste. »

A la séance de la cour martiale qui devait décider du sort de Jameson, j'eus maille à partir avec la plupart des chefs militaires. D'accord avec le conseil civil, j'avais arrêté un plan qui consistait à livrer Jameson et les siens aux autorités anglaises afin qu'ils fussent punis par leur propre gouvernement et en vertu de leurs propres lois. Mais je rencontrai auprès de la cour martiale une résistance énergique dont je n'eus raison que grâce au concours de MM. Fischer et Kleynveld, de l'État libre d'Orange. Ces messieurs avaient été envoyés par la République sœur dans le but de décider d'une action commune conformément aux traités d'alliance qui liaient les deux États.

Pour en revenir à J ohannesburg, le haut commissaire, voyant que j'exigeais, avec une irréductible fermeté, la soumission sans conditions de cette ville, en fit télégraphier la nouvelle au T^eform-Committee. Inutile dédire que les révolutionnaires de Johannesburg s'exécutèrent

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dans le délai de vingt-quatre heures que j'avais fixé, car, exception faite du colonel Rhodes et de deux ou trois conjurés, tout le reste était, dès le principe, décidé à prendre la fuite dès le premier coup de fusil. En somme, ils n'avaient fomenté ces troubles que dans l'espoir que l'Angleterre tirerait les marrons du feu, mais sans la moindre intention d'exposer leur vie pour une question à propos de laquelle un des leurs avait si naïvement confessé : « Nous ne donnerions pas un liard pour ça. »

Le Gouvernement, ayant avisé le haut commissaire de la décision prise à l'égard de Jameson et des siens, Chamberlain, informé par câble, répondit qu'il remerciait le président, au nom de Sa Majesté, pour cet acte si hautement magnanime (i). L'avenir, hélas! devait démontrer une fois de plus, combien les sentiments de gratitude sont peu durables en Angleterre.

Quand Johannesburg rendit ses armes, il se trouva que leur nombre était très inférieur à celui que nous avions imaginé : Dix-huit cents fusils et trois maxims fortement endommagés, voilà tout ce qu'on nous livra.

Jameson et les siens furent, peu après, remis au Gouvernement du Natal qui les envoya en Angleterre. Le Gouvernement anglais rendit les soldats à la liberté;

(i) Constatons, à cette occasion, que le chaleureux télégramme envoyé, au début de l'affaire, par l'empereur d'Allemagne, fut un acte tout spontané. Contrairement à ce qui a été dit partout, Krüger n'avait, à la nouvelle du raid Jameson, demandé l'intervention d'aucune puissance étrangère. (JSole du traducteur)

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quant à Jameson, il fut condamné à la détention, ainsi que les principaux chefs de la bande. Tous furent, d'ailleurs, relaxés avant l'expiration de leur peine.

Le 9 janvier, les réformistes furent arrêtés à leur tour, les uns dans leur maison, les autres au club, et conduits à Pretoria. Le lendemain, je rédigeais une proclamation informant les habitants de J ohannesburg que le Gouvernement avait la certitude, maintenant, que seul un petit nombre d'agitateurs et d'intrigants avait ourdi ce complot dont les suites pouvaient être si funestes au pays. J'annonçais en même temps que Johannesburg serait doté d'un conseil municipal, et je terminais en adjurant la population de me permettre de classer désormais cette affaire sous la rubrique : « Oublié et pardonné. » Le dernier acte militaire de la campagne fut une sorte de défilé triomphal à travers les rues de Johannesburg des divers commandos qui rentraient victorieux de leur expédition contre Jameson.

Je passerai sous silence les particularités du procès intenté aux conjurés. Pour prévenir tout reproche de partialité, le Gouvernement républicain commit à ce procès un juge n'ayant aucune attache avec le 'pays. Ce juge fut demandé à l'État libre d'Orange qui nous envoya M. Gregorowsky. La plupart des accusés s'en tirèrent avec des amendes ou de la prison. Seuls quatre des meneurs, Philips, Rhodes, Farrar et Hammond,

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furent condamnés à mort. Mais cette peine même fut réduite par le Conseil suprême à une simple amende individuelle de vingt-cinq mille livres sterling. Épilogue bénin du premier acte d'un drame qui a fait couler tant de sang, que les champs de bataille de l'Afrique du Sud en ont été, pour ainsi dire, imprégnés.

La ville de Johannesburg n'était cependant pas au bout de ses malheurs, car, le 19 février 1896, l'explosion de plusieurs wagons de dynamite jetait l'épouvante et la désolation dans la contrée, détruisant les faubourgs de Fordsburg et de Braamfontein, et tuant ou blessant un grand nombre de citoyens. Dans ces douloureuses circonstan.ces, il faut reconnaître que les étrangers réparèrent d'une éclatante façon leur conduite d'autrefois. En peu de jours, ils eurent rassemblé la somme de 70.000 livres sterling à laquelle le Gouvernement ajouta 25.000 livres pour son compte personnel. Je me rendis immédiatement à Johannesburg pour visiter les blessés à l'hôpital et féliciter cette fois les étrangers d'une attitude dont mon cœur se réjouissait hautement. Et je leur rappelai, à cette occasion, la parole du Seigneur : « Heureux sont les miséricordieux, car ils seront payés de retour. »

La tentative dirigée contre l'indépendance de la République ayant misérablement échoué, le ministre

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Chamberlain, à son tour, entra en lice, certain, celui-là, de réussir. Grâce à lui, le raid Jameson allait céder la place à un colossal « british raid. »

11 commença par m'inviter à me rendre en Angleterre afin de régler avec lui les affaires du Transvaal, encore qu'il eût déclaré au préalable, avec sa morgue habituelle, qu'il n'était pas prêt à discuter l'article 4 delà Convention de Londres, le seul article qui entravât encore la politique extérieure de la République Sud-Africaine. On eût dit, vraiment, que c'était la République et non l'Angleterre qui eût quelque chose à se reprocher!

En même temps, Chamberlain m'adressait une autre dépêche dans laquelle il proposait d'appliquer à Johannesburg une sorte de Home T{ule. Cette dépêche parut à Londres, dans le Moniteur officiel avant même qu'elle me fût parvenue. Et dire que cette même question d'un Home T^ule à appliquer à l'Irlande avait décidé Chamberlain à se séparer du parti Gladstone et à troquer son radicalisme d'autrefois contre son attitude jingoïste actuelle !

Je n'eus finalement communication que d'un court extrait de cette dépêche parue in-extenso dans le journal londonien. Aussi, répondis-je fièrement que je n'approuvais pas l'impudence apportée par le Cabinet de Londres dans cette façon de rendre publics, préalablement, les conseils qu'il croyait devoir donner à la

rr

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République, et que, d'ailleurs, je ne pouvais admettre aucune ingérence étrangère dans une affaire de police intérieure. Et cette réponse fut également insérée par avance dans le Moniteur Officiel de la République.

Chamberlain, cette fois, déclara que, si sa proposition était prise en mauvaise part, il la retirait purement et simplement, et, de mon côté, je posai les conditions auxquelles je subordonnais mon voyage à Londres. Le point capital que j'avais en vue était la transformation de la Convention de Londres en un traité de paix, de commerce et d'amitié. Chamberlain, naturellement, faisait la sourde oreille. Son antienne à lui, c'était la satisfaction à accorder à tous les griefs des étrangers reconnus fondés, seule solution compatible avec l'hégémonie de l'Angleterre dans l'Afrique du Sud. En ce qui concernait l'article 4 de la convention, il le considérait comme insuppressible même dans l'hypothèse d'un nouveau traité.

Mon voyage devenait ainsi complètement inutile. Qu'eût signifié, en effet, un remaniement de la Convention de Londres si on laissait subsister l'unique article qui portait ombrage à l'indépendance de la République? Quand Chamberlain, d'ailleurs, se fut convaincu que je ne viendrais pas, si l'utilité de mon voyage ne m'était formellement garantie, il retira son invitation.

Nous commencions à comprendre que des achats de

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munitions, d'armes, de canons s'imposaient, si nous voulions faire face à des éventualités de moins en moins lointaines. Cela était d'autant plus urgent que le raid de Jameson avait trouvé la République dépourvue de tous moyens de défense sérieux; les Burghers n'étaient guère armés que des anciens fusils Marti ni -Henry; quelques-uns même n'avaient pas de fusils du tout. Quant aux munitions, elles n'eussent point suffi au delà de deux semaines. Des mesures s'imposaient donc pour mettre les Burghers en état de résister à toute agression imprévue. La Constitution, du reste, avait prévu que tout Burgher devait être armé. Le gouvernement s'était borné d'abord, à interpréter strictement l'esprit de la loi. Mais de nouveaux approvisionnements de guerre eurent lieu à la suite du vote du Parlement anglais instituant une commission dite d'enquête pour le Sud-Africain britannique^ certains indices ayant alors prouvé clairement que Chamberlain avait trempé de façon ou d'autre dans les préparatifs du raid Jameson. Sa duplicité, en effet, s'affirmait clairement par les télégrammes qui furent versés à cette commission, et encore plus par ceux dont elle n'eut jamais connaissance. De plus, Chamberlain avait saisi l'occasion de cette enquête pour faire l'éloge de Cecil Rhodes devant la Chambre des communes, disant que le ministre du Cap était un parfait honnête homme dont l'honorabilité demeurait au-dessus de tout

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soupçon. 11 n'y avait pas d'autre conclusion à tirer de cette apologie inopinée, sinon que Chamberlain avait été Je complice de Rhodes et qu'il ne le défendait que dans la crainte que celui-ci ne fît des révélations désagréables pour l'homme d'État anglais.

Telle était du moins la conviction du gouvernement républicain, une conviction que ne tarda pas à corroborer l'élargissement de Jameson pour raison de santé, sa guérison miraculeuse à la suite de cet élargissement et le brevet d'officier qu'il obtint aussitôt après.

Peut-on trouver mauvais, après cela, que la République ait, dès ce moment, poussé ses armements, de façon à ne pas devenir, sans coup férir, la proie de l'Angleterre? Bien plus, n'était-ce pas le devoir de l'État de veiller à ce que le pays fût, tout au moins, en état de se défendre? C'est pourtant cette attitude, commandée par la simple prudence, qui a servi de thème à toutes les attaques dirigées contre moi par la presse et les ministres anglais, et on s'est appuyé sur elle pour justifier la guerre inique qui vient de ruiner l'avenir de la nation.

Sitôt que la commission Sud-Africaine britannique eût terminé ses opérations, Chamberlain inaugura le cycle des dépêches tendancieuses qui ne devait se fermer qu'au seuil de la guerre, et dont le but essentiel était d'exciter l'animosité du peuple anglais contre la Répu-

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blique, en la lui présentant comme acharnée à braver sa toute-puissance, et à se soustraire sans cesse aux obligations de la Convention de Londres. Une de ces dépêches (1897) reprochait à la République les actes suivants :

1^ Participation à la convention de Genève;

2° Nouvelles lois sur la presse;

3*^ Lois concernant les immigrés;

4^ Conclusion d'un traité d'extradition avec le Portugal, etc.

Ces actes constituaient, selon la dépêche, des infractions à l'article 4 (1) de la Convention de Londres, en vertu duquel la République s'engageait à ne signer aucun traité avec quelque puissance que ce fût (hormis l'Etat libre d'Orange) sans l'avoir soumis, au préalable, à l'approbation du gouvernement anglais, celui-ci se réservant, du reste, un délai de six mois pour se prononcer. Chamberlain soutenait que cette clause obligeait la République à soumettre au gouvernement de Sa

(j) Cet article 4 est ainsi conçu ;

« La République Sud-Africaine ne conclura aucun traité, aucune alliance avec quelque Etat ou nation que ce soit, à l'exception de l'Etat libre d'Orange, ni avec l'une quelconque des tribus indigènes à l'est ou à l'ouest de son territoire, avant que S. M. la reine y ait donné son consentement,

Ce consentement sera considéré comme acquis si Sa Majesté n'a pas déclaré, dans les six mois qui auront suivi la réception par elle d'une copie du traité en question (qu'il n'est pas nécessaire de lui remettre immédiatement après la conclusion [des conventions préliminaires, le traducteur dudit traité), que l'exécution d'un tel traité est contraire aux intérêts de la Grande-Bretagne ou d'une de ses colonies.

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Majesté les traités à l'état de projet, tandis que le gouvernement boër prétendait ne demander leur ratification qu'après leur conclusion, se référant d'ailleurs à l'esprit comme au texte de la Convention de Londres qui disait en propres termes : a upon ih compîetion ».

En présence de ces divergences d'interprétation, la République avaitproposéau gouvernement de Sa Majesté de faire trancher la question par un tribunal spécial d'arbitrage. Chamberlain répondit que l'Angleterre, étant la suzeraine de l'Afrique australe, ne pouvait accepter d'arbitre entre elle et la République boër.

Cette réponse était bien faite pour exaspérer le goU'vernem^'At républicain, puisque c'était précisément pour se soustraire à cette suzeraineté que la délégation de 1 883 avait fait le voyage de Londres et tenté d'obtenir une modification de la Convention, tentative d'où était sortie la nouvelle Convention de 1884 que les Boërs avaient toujours formellement considérée comme mettant fin à toute suzeraineté. On se rappelait d'ailleurs que Sir Hercules Robinson lui-même, un des négociateurs de cette Convention de 1 884, avait déclaré à un journaliste (1) que la suzeraineté était abolie depuis 1884 et que cela ne faisait aucun doute. Le docteur Leyds a établi ce point d'une façon irréfutable, dans sa réponse du 16 avril 1896. 11 y rappelait certaine lettre

(1) Le journaliste en question est le D' Harris, éditeur de la Saturday T{evieza.

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de Lord Derby, datée du 1 5 février 1 884, et qui accompagnait l'envoi aux délégués du projet de la nouvelle Convention destinée à remplacer celle de Pretoria. Au recto de ce projet figurait le texte imprimé de l'introduction de la Convention de 188), et au-dessous celui de la Convention de 1884, avec cette suscription générale : « Les notes et paragraphes qui figurent entre parenthèses ou sont imprimés en italique, sont proposés pour être acceptés (c'est-à-dire maintenus, le traducteur)', ceux qu'entoure un trait noir, pour être supprimés (dans la nouvelle Convention, le traducteur). » Or, non seulement tout le texte de l'introduction du traité de 1 88 1 est entouré d'un trait noir, mais les mots « soumis à la suzeraineté de Sa Majesté, de ses héritiers et successeurs » sont raturés de la propre main de lord Derby.

11 était important de prouver avant tout que l'introduction de la Convention de 1 881 , la seule où il fût parlé de suzeraineté, était abrogée, car Chamberlain prétendait, précisément, que celle-ci subsistait et demeurait par conséquent en vigueur. Faisons un instant abstraction de ce fait établi que l'introduction figurait entourée d'un trait noir et était, par conséquent, abrogée; mais il fallait alors admettre, pour que Chamberlain eût raison, qu'il y avait deux introductions libellées différemment pour une seule et même convention, hypothèse évidemment absurde.

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La loyauté la plus élémentaire eût exigé que Chamberlain convînt à la fin de son erreur, mais non, il persista à soutenir que l'article relatif à la suzeraineté n'était pas abrogé. Sur de tels hommes, sans doute, aucun raisonnement de pure logique ne saurait avoir prise, mais il faut reconnaître aussi que si Chamberlain a pu maintenir contre toute justice ses fausses prétentions, c'est qu'elles flattaient, en somme, les brutales cupidités que le peuple anglais n'a jamais manqué d'arborer en face d'un plus faible que soi.

L'intérêt de la singulière correspondance échangée entre Chamberlain et le gouvernement de la République allait bientôt céder le pas à des soucis intérieurs, non moins graves pour celle-ci. Ce fut d'abord la question de la crise industrielle minière, puis le conflit survenu entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif, deux ordres d'événements adéquats au nouveau tournant survenu dans les destinées du pays.

Une Commission dite « industrielle » avait été nommée pour examiner les plaintes de la « Commission des mines ».

11 est hors de doute que des charges trop lourdes pesaient sur l'industrie minière en général, ainsi que le montrait le rapport de la commission, mais la cause essentielle du médiocre rendement de certaines mines,

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du rendement même complètement nul de quelques autres, doit être attribuée à la fièvre de spéculation et d'agiotage qui ouvrait à l'exploitation des terrains sans valeur, transformait sans trêve telles sociétés, qui, de ce fait, laissèrent tous les gains aux mains des banquiers, et finissait par créer une hausse fictive d'actions dont le dividende s'effondrait à mesure. Les grandes cntn^prises financières avaient accaparé la plupart des titres, de façon à pouvoir provoquer la hausse ou la baisse à leur gré; elles avaient ainsi pour victimes le public presque entier des actionnaires.

La commission qui siégeait à Johannesburg entendit une multitude de personnalités et finit par élaborer un rapport circonstancié sur les moyens à employer pour remédier à la crise. Selon elle il fallait :

1° Diminuer les droits d'entrée sur les produits alimentaires ;

2° S'entendre avec les autres états du Sud-Africain pour faciliter le recrutement des mineurs indigènes et obtenir une réduction sur leur transport en chemin de fer ;

3° Nommer une commission chargée d'étudier la possibilité de supprimer le monopole de la dynamite ; le gouvernement alors entreprendrait de fournir lui-même la dynamite à son prix coûtant avec une simple majoration de 2o shillings de droits d'entrée ;

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Décider la Compagnie des chemins de fer à abaisser ses tarifs dans une proportion donnée.

Nous passons à dessein quelques remèdes secondaires indiqués par la commission. Le gouvernement soumit ce rapport au Volksraad qui nomma une nouvelle commission chargée de juger la question en dernier ressort.

Après de longs débats sur l'avis de la commission parlementaire on décida enfin que la Compagnie des chemins de fer consentirait un abaissement des tarifs correspondant à une diminution de 200.000 livres sterling sur ses recettes brutes, et que le gouvernement, de son côté, trouverait un moyen de livrer la dynamite à meilleur compte.

Le gouvernement fit mieux ; il diminua la taxe sur le charbon et les produits alimentaires et fournit de la dynamite avec un rabais de 5 shillings par caisse. De plus, il obtint, grâce à une entente avec le Portugal, un sérieux appoint démineurs cafres provenant des colonies portugaises. Chamberlain n'en prétendit pas moins que le gouvernement avait dédaigné les avertissements de sa commission industrielle.

Le conflit juridique auquel il est fait allusion*plus haut résulta d'un antagonisme entre les pouvoirs publics d'une part et une section de la Cour suprême de l'autre. La genèse de cet antagonisme reposait sur les faits suivants :

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En vertu d'un principe admis de tout temps, les décisions du Volksraad avaient force de loi, même quand elles étaient contraires à certaines dispositions de la Constitution. La Cour suprême, dont faisait partie le juge Kotzé, une des chevilles ouvrières du conflit actuel, avait elle-même sanctionné ce principe par des sentences antérieures (celle notamment qui tranchait la question du « Dom »). Brusquement elle changea d'attitude, à propos d'une afi^aire de daims.

Dans le district de Krügersdorp un certain nombre déréglons avaient été déclarées « champs d'or ». Le jour même où cette déclaration entrait en vigueur, des milliers de chercheurs d'or se présentèrent pour jalonner leurs daims, conformément aux dispositions de la loi qui attribuait la propriété des daims aux plus diligents, c'est-à-dire à ceux qui posaient les premiers jalons, à charge pour eux de payer les taxes légales. Or, comme ce mode de partage risquait, vu l'affluence des pionniers, de provoquer de grands désordres, le gouvernement, après réflexion, et désireux avant tout d'éviter de donner à l'Angleterre un prétexte de plus de s'immiscer dans les affaires de la République, résolut d'inviter le Volksraad à prendre une décision en vertu de laquelle les champs d'or seraient adjugés par lotissement. Tous les concurrents auraient ainsi des chances égales, et toute irrégularité serait supprimée.

Mémoires de JÇruger

Le Volksraad rendit sa décision, mais cela n'empêcha pas un certain Brown de s'adjuger, par simple jalonnement, un grand nombre de daims dont il offrit ensuite le prix légal au fisc qui lui opposa un refus motivé. La Cour suprême, seule compétente, fut saisie de l'affaire, et c'est à cette occasion que le juge Kotzé rendit un arrêt en contradiction avec ses sentences antérieures et qui déniait au Volksraad le droit de formuler des décisions dont le texte violait l'esprit de la Constitution.

Cette sentence s'attaquait aux fondements mêmes de l'institution parlementaire, car une foule d'arrêtés légaux réglementant les champs d'or, le droit de vote, et tutti quanti, reposaient purement et simplement sur des décisions émanant du Volksraad. Elle faisait par conséquent aussi échec au gouvernement. De fait, combien précaire serait le sort d'un pays dont une évolution vertigineuse compliquerait tous les principes vitaux (comme il arrive pour tous les pays d'or), d'un pays submergé par le flot des spéculateurs et des aventuriers, et qui n'aurait pas ce recours sérieux des décisions parlementaires pouvant d'une minute à l'autre, au gré des besoins, protéger des intérêts déterminés, ou écarter des périls menaçants pour la nation !

Déjà un incident de ce genre avait failli mal tourner. En novembre 1 896, la loi sur l'exploitation de l'or, modi-

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fiée au cours de la session précédente, devait entrer en vigueur. Elle renfermait, malheureusement, un passage qui n'était pas très clair et dont l'obscurité même nécessitait un article additionnel, sous peine de léser gravement les intérêts de l'industrie minière insuffisamment armée contre la spéculation. Qu'arriva-t-il? Les industriels sollicitèrent eux-mêmes l'intervention du gouvernement, et le docteur Leyds ayant exposé toute l'affaire à l'une des séances du Volksraad, fit voter une décision qui prévenait le mal, en comblant la lacune de la loi en question. Et tout le monde trouva cela naturel.

Le gouvernement ne pouvait donc admettre d'être dessaisi, par une simple décision déjuge, d'un privilège aussi précieux pour la sécurité du pays. On en appela à la médiation de Sir Henry de Villiers, le juge suprême du Cap.

Celui-ci, qui partageait l'avis du gouvernement républicain, réussit à trouver un terrain d'entente. Le juge prit l'engagement de respecter à l'avenir les décisions du Volksraad, et, en revanche, je promis d'obtenir du Volksraad une revision delà Constitution (i). Du reste,

(i) L'opinion intime du Président, opinion qu'il a maintes fois exprimée dans ses discours officiels, voire dans de simples allocutions, était que les décisions parlementaires non conformes à l'esprit de la Constitution, pouvaient à la vérité être attaquées par le peuple souverain, mais non point par les membres d'une cour chargée de les appliquer. (Voir dans notre appendice les discours prononcés par Krüger en 1898, à l'occasion de sa quatrième réélection.)

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une loi allait être votée, en vertu de laquelle tout magistrat devait, en prêtant le serment traditionnel, prendre l'engagement de s'interdire toute appréciation concernant la légitimité des lois.

La soumission du juge Kotzé n'était, d'ailleurs, qu'apparente. En février 1898, il m'écrivait qu'il s'estimait dégagé de la promesse qu'il avait faite, la revision n'ayant pas eu lieu : à l'avenir il apprécierait juridiquement la légitimité de toutes les décisions parlementaires non conformes à la Constitution.

C'en était trop. 11 m'avait été matériellement impossible de soumettre au Volksraad un projet de revision, la session ne s'ouvrant qu'en mai. J'invitai le juge à résigner ses fonctions.

Il y eut naturellement dans la presse anglaise un débordement d'injures, et Chamberlain, plus tard, transforma toute l'affaire en un grief étrange. .

Le ministre anglais avait, à cette époque, mis la main sur l'homme de ses rêves, celui qui devait être son bras droit dans le Sud-Africain : nous avons nommé Sir Alfred Milnerqui, en 1897, cumulait les fonctions de gouverneur du Cap et de haut-commissaire pour tout le Sud- Africain.

Sir Milner avait commencé sa carrière en Egypte, où il avait dû apprendre surtout à considérer le fellah

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comme un être d'essence inférieure. Il apportait dans l'Afrique australe des idées dont il s'était imprégné dans le Nord- Est, sans paraître même se douter que les Afrikanders n'avaient rien de commun avec les fellahs d'Egypte.

Chamberlain évidemment n'avait inventé cet homme que dans le but de s'en faire un instrument pour achever d'envenimer la situation dans le Sud-Africain. Sa nomination fut d'ailleurs accueillie par les cris de triomphe des Jingoïstes. Le but et l'esprit de sa politique, il les avait résumés dans cette simple profession de foi qu'un Afrikander a rapportée, telle qu'il la tint de sa bouche : « ]1 faut que la puissance des Afrikanders soit brisée. » Nous ne savons que trop, hélas ! avec quelle fidélité Alfred Milner a accompli la mission qui lui était confiée. 11 a aujourd'hui la satisfaction d'avoir contribué à transformer le Sud-Africain en un désert, et d'avoir causé la mort de milliers d'innocents. Sir Alfred Milner est, en somme, le produit le plus accompli du Jingoïsme, un être pourri de vanité égoïste, infatué de son aristocratie personnelle et plein de mépris pour tout ce qui n'est pas anglais.

A l'époque même où Sir Milner entrait en fonctions mon mandat présidentiel expirait et de nouvelles élections mettaient en ligne, cette fois, trois candidats. C'étaient,

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avec moi, Joubert et Schalk Bürger, membre du Conseil suprême et président de la commission industrielle de 1897. Pour la première fois, ces élections s'effectuaient, d'après la loi nouvelle, au scrutin secret.

Des élections présidentielles avaient lieu en même temps dans l'Etat libre d'Orange, le président Reitz s'étant vu subitement obligé de résigner ses fontions pour raison de santé. Ce fut le juge M. T. Steijn qui fut élu à sa place. Toute biographie de cet homme est devenue inutile. Son admirable courage, son esprit clair et sagace, son patriotisme élevé sont universellement connus aujourd'hui et l'on peut dire, avec certitude, que non seulement le peuple boër tout entier le porte dans son CŒur, mais que son souvenirmême demeure impérissable dans l'histoire du Sud-Africain, dont il est une des figures les plus intéressantes et les plus nobles.

Peu de temps après son élection, une conférence eut lieu à Bloemfontein dans le but de resserrer davantage les liens unissant les Républiques sœurs ; inutile de dire que la nécessité de cette union définitive s'était fait surtout sentir de part et d'autre, et plus impérieusement que jamais, depuis l'inqualifiable agression de Jameson.

A un banquet qui eut lieu durant les opérations de cette conférence, je me permis une boutade d'un sens

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plus galant que caustique, disant que la République était tenue d'apporter les plus grands ménagements dans ses traités d'alliance, la reine d'Angleterre étant une « Kwaaie » (mot dérivé du hollandais « kwade » qui signifie « femme ».) Pour tous ceux qui connaissent la langue boër et tiennent compte des circonstances où le mot était dit, il est absolument clair que cette boutade signifiait simplement que la reine d'Angleterre était une dame, et que, par conséquent, il fallait se garder vis-à-vis d'elle de toute attitude incorrecte. N'empêche que les feuilles jingoïstes donnèrent cette innocente plai santerie comme gravement offensantepour sa Majesté. La conférence aboutit du reste à des résultats très profitables pour les deux Etats, car les dispositions prises reposaient sur un système de réciprocité complète. Ainsi les droits dont jouissait l'Orangisterésidant au Transvaal étaient les mêmes que ceux conférés au Transvaalien fixé dans l'Orange (sauf en ce qui concernait le droit de vote dont la législation demeurait intacte départ et d'autre). De plus, l'alliance politique fut resserrée, et on adopta un projet créant une sorte de conseil de députés des deux pays (Conseil fédératif), qui devait se réunir une fois par an, alternativement à Pretoria et à Bloemfontein, pour coopérer activement à l'union organique des deux pays et à l'unification complète de leurs codes.

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Les Volksraads des deux nations ratifièrent le projet en stipulant, toutefois, que les Burghers de l'un ou de l'autre pays fixés dans la République sœur jouiraient de tous leurs droits politiques du jour où ils auraient prêté le serment de rigueur.

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