PREFACE XIII
point de la première jeunesse, l'enfant entendit de bonne heure de longues causeries sur le passé, et il contracta dès ses premiers ans le culte des souvenirs. Ce culte, Claude de Saint-Simon l'avait au plus haut degré. Il vivait enfermé dans le regret de son protecteur, « le roi des gentilshommes ». Avant de présenter son fils à Louis XIV, il alla à Saint-Denis le présenter au tombeau de Louis XIII. « Il était indigné, dit magnifiquement Saint-Simon, d'être tout seul à Saint-Denis. » Il est permis de croire qu'il n'avait qu'un médiocre amour pour Louis XIV, qui devait être pour lui « le roi des bourgeois » . Saint-Simon hérita de cette aversion pour la société nouvelle, de ce goût pour la société ancienne. Il se fortifia encore dans ces sentiments par la lecture des livres d'histoire et des Méinoires de l'âge précédent, qu'il aimait avec passion. A vivre ainsi en toutes choses hors de son temps, il acquit, tout jeune, quelque chose de singulier et d'un peu « antique » qui le classait à part. Son style même, dans les pages de sa jeunesse qu'il nous a conservées intactes, — par exemple dans sa relation de la bataille de Neerwinden, —n'avait rien de commun avec le style du temps, procédait directement de celui du seizième siècle et de l'époque de