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songe qu'à étudier les rangs et à faire des procès à tout le monde. » Il eut pourtant un moment de faveur. Le Grand Dauphin, qui ne l'aimait point, venait de mourir , et sa mort faisait Dauphin le duc de Bourgogne, qui l'appréciait beaucoup. Mais la mort de celui-ci , arrivée bientôt après , renversa toutes ses espérances. Ses autres amis, M. de Chevreuse,M. de Beauvilliers , Fénelon, furent aussi emportés coup sur coup. Les bâtards, qui étaient ses ennemis (surtout le duc du Maine), furent, par une mesure qu'il qualifie de monstrueuse, élevés au rang de princes du sang et déclarés aptes à succéder à la couronne. Il fut sur le point de quitter décidément la cour et de se retirer dans ses terres avec sa femme, fille du maréchal de Lorges, qu'il avait épousée en 1695. Mais Louis XIV mourut à son tour , laissant la régence au duc d'Orléans. Saint-Simon avait été son condisciple , et il était resté , tout en désapprouvant ses dérèglements, son ami intime. La régence du duc d'Orléans, c'était pour lui le salut. C'était mieux encore : le pouvoir, qu'il avait toujours désiré.
Beaucoup comptaient sur lui. M"^ de Maintenon le disait « glorieux, frondeur et plein de vues ». Tout le monde n'entendait point cette dernière
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expression au mauvais sens. On le prenait pour un grand politique. Lui-même croyait l'être, et il avait bâti force plans de valeur inégale. Il rêvait une œuvre d'extrême réaction contre le règne de Louis XIV : la bourgeoisie éliminée des affaires publiques, la constitution d'une monarchie aristocratique et quasi-féodale, où les ducs et pairs gouverneraient conjointement avec le roi. Mais en même temps sa haine pour les bourgeois, hommes d'argent, lui avait donné le souci du peuple pressuré et ruiné par eux. Il avait des projets hardis et généreux de réformes financières. Rétrograde par un côté, il était, par l'autre, presque révolutionnaire ; et si certaines de ses idées font songer au favori déchu dont il est le fils, certaines autres annoncent le singulier prophète démocratique dont il est l'aïeul. Comment, arrivé au pouvoir, il ne s'attacha qu'à la plus mauvaise partie de son programme, comment il se donna tout entier à ses chimères aristocratiques, en oubHant ses idées de réformes, qui eussent pu être fécondes, comment surtout il perdit à se venger des bâtards un temps qu'il eût dû mieux employer, M. J.-J. Weiss l'a dit éloquemment dans un chapitre admirable de ses Essais de littérature française.
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Saint-Simon aura beau plus tard nous déclarer avec une mélancolie hautaine que « tout le bien possible avorte nécessairement toujours », il a perdu ses droits à parler ainsi. C'est par sa faute en partie que (c le bien possible » a avorté. Et il reste sous le coup de ces belles paroles de M. Weiss : « La vengeance est le plaisir des dieux, qui sont éternels. Le politique n'a qu'une heure dans la suite des siècles : je le plains, s'il la perd à se venger. »
Au surplus, Saint-Simon ne resta point longtemps aux affaires. La dissolution des conseils l'aigrit. Il refusa d'être gouverneur de Louis XV. Il refusa d'être garde des sceaux. Il accepta seulement une mission à Madrid (1721), honorifique plutôt que diplomatique. La mort subite du Régent (1723) le décida tout à fait à la retraite. 11 passa dès lors la plus grande partie de son temps dans son château de La Ferté-Vidame (Eureet-Loir) , uniquement occupé de réunir et de rédiger ses Mémoires, et de préparer son salut. Ses derniers jours furent attristés par la mort de sa jeune femme et celle de ses deux fils, le duc et le marquis de Ruffec. Luimême mourut, à l'âge de plus de quatre-vingts ans, le 2 mars 1755, vingt-deux jours après Montesquieu.
Tel fut le rôle pubhc de l'homme. Qu'il se soit