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PRÉFACE XIX

d'ailleurs montré en cent occasions opiniâtre, acariâtre, orgueilleux, mesquin, qu'il ait fait preuve de peu de sens politique et d'un esprit brouillon, cela ne nous importe guère, au fond. L'essentiel pour nous est d'être fixés sur la valeur que nous devons accorder à son témoignage comme historien. Disons tout de suite qu'aux yeux des meilleurs juges, de Sainte-Beuve, par exemple, celte valeur est très grande. Quels qu'aient pu être ses défauts, l'honnêteté native de Saint-Simon n'est pas contestable. Un élan irrésistible le pousse vers les gens de bien. Tout jeune, il veut épouser l'une des filles du duc de Beauvilliers, quoiqu'il n'en ait vu aucune, uniquement parce que le duc a une grande réputation de vertu. Et il a devant les coquins des révoltes d'une vérité d'accent à laquelle on ne se trompe pas. Il aime le bien jusque dans ses ennemis, il hait le mal jusque dans ses amis. De quel ton il parle au duc d'Orléans ! De quelle indignation il éclate le jour du sacre de l'abbé Dubois ! « Je m'enfonçai dans mon cabinet... Toute cette journée fut livrée à cette sorte de triomphe qui n'attira pas l'approbation des hommes ni la bénédiction de Dieu. Je n'en vis pas la moindre chose, et jamais M. le duc d'Orléans et moi

SX PREFACE

ne nous, en sommes parlé. » Tout le long des Mémoires éclatent de ces mouvements impétueux. L'homme qui écrit de si fières et si graves paroles est incapable de mentir. Sa dévotion a pu s'accommoder, tant bien que mal, de ce que M. Weiss appelle « sa prodigieuse faculté de haïr » ; elle ne se fut point accommodée de la lâcheté ni de la perfidie. Saint-Simon peut se tromper (moins peut-être qu'on ne croirait, à le voir si emporté et si fougueux), mais il ne nous trompe jamais volontairement. On peut, en le lisant, réprimer ses ardeurs, atténuer quelque peu l'inconsciente exagération où le jettent ses partis pris. Ce serait lui faire la plus gratuite des injures que de mettre en doute ses assertions.

Pour l'écrivain, la première chose qu'il y ait à en dire, c'est que c'est un écrivain en effet, non, comme on l'a trop cru, un grand seigneur amateur, qui, tout en écrivant, méprise profondément l'art d'écrire et ceux qui en font profession. La visible

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