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voitait décidément la succession. Le bonhomme, défiant, soupçonneux, et qui était de ceux qui n'aiment pas plus qu'il ne convient leurs héritiers, lui faisait assez grise mine» Mais Gondi voyait chez lui les chanoines et les curés du diocèse auxquels ce petit suppôt de Satan, aussi noir et aussi vicieux que son maître, ne déplaisait pas outre mesure.
« Je ne faisais pas le dévot, parce que je ne me pouvais assurer que je pusse durer à le contrefaire ; mais j'estimais beaucoup les dévots et, à leur égard, c'est un des grands points de la piété (1). »
Le bon Vincent de Paul, qui était Tindulgence même et qui avait un faible pour son ancien élève, se laissa prendre aussi à ses habiles mômeries, et il disait volontiers de lui : a II n'a pas assez de piété, mais il n'est pas trop éloigné du royaume de Dieu. j> Gondi faisait d'ailleurs un singulier honneur à la robe qu'il portait, par les ressources de son esprit, alerte, ingénieux et habile à se servir d'une érudition ^ ^^
plus apparente que réelle. Il triomphait dans les controverses religieuses oîi son amour de la bataille, fajite de mieux, se donnait carrière; et les conférences ^:^
qu'il eut, en 1641, avec le célèbre ministre protestant *
Mestrezat eurent un grand retentissement. L'évêque de Lisieux, Philippe Cospeau, qui était un saint homme, se prit d'une grande affection pour lui et lui fit, trois fois la semaine, des leçons sur les Epîtres de
(1) Œuvres du cardinal de Retzj I, Mémoires, 1'* partie, p. 179.
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saint Paul. On voit d'ici la mine sournoise du petit Gondi, obligé de subir sans grimace, sinon sans douleur, l'enseignement du pieux évêque. Il joua si bien la comédie que M. de Lisieux, [avec une adorable candeur, essaya de faire partager ses intentions bienveillantes à Richelieu. Le cardinal fit la sourde oreille : la maison de Gondi lui était odieuse, et il voyait plus clair que le digne ecclésiastique dans les cartes du jeune intrigant. Il se contenta de répondre qu'avec toutes ses qualités Gondi avait un grand défaut, il était Pami de tous ses ennemis.
— Il est vrai, dit Monsieur de Lisieux, et vous devez l'en estimer. Vous n'avez nul sujet de vous en plaindre. J'ai observé que ceux dont vous entendez parler étaient tous ses amis devant que d'être vos ennemis.
— Si cela est vrai, dit le cardinal, l'on a tort de me faire les contes que Ton en fait (1 ).
Si Richelieu eût vécu, Gondi eût sans doute pu dire adieu à toutes les espérances qu'il avait fondées sur l'archevêché de son oncle. Mais le grand cardinal lui rendit le service de mourir en décembre 1642 ; la maison des Gondi reprit pied à la cour : elle mit toutes ses influences en jeu pour le porter à la place de coadjuteur de l'archevêque de Paris. La Sorbonne, les curés, le Chapitre de Notre-Dame, l'archevêque lui-même, bien que grognon, quinteuxet, par-dessus
(1) (ouvres du cardinal de Relz, 1. 1, Mémoires^ 1" partie, p. 200.
le marché, jaloux de son neveu, y travaillèrent de toutes leurs forces. Gondi, comme on le pense bien, ne se ménagea pas non plus. Il fit sa cour au roi, qui l'accueillit avec distinction, mais se garda bien de lui accorder ce qu'il convoitait, et pour obtenir le poste tant envié, il lui fallut attendre la régence. Il y eut là quelques semaines de félicité parfaite pour les courtisans : tout au plaisir d'être enfin la maîtresse, après tant données de retraite forcée ou de sujétion, Anne d'Aiftriche laissait tomber de ses belles mains toutes les grâces dont elles étaient pleines; et parmi ceux qui tendirent leur chapeau à la manne céleste, Gondi ne fut pas le dernier. Madame de Maignelais, Monsieur de Lisieux, Philippe-Emmanuel de Gondi, tous les pieux personnages qui formaient le parti, rapidement déclassé d'ailleurs, des Saints eurent la joie de voir enfin agréé le candidat qui méritait si bien leur dévote protection, et François-Paul de Gondi fut nommé coadjutcurde son oncle archevêque de Paris. C'était une lourdefaute. Anne d'Autriche n'attendit pas longtemps pour s'en apercevoir.