LES DÉBUTS D*UN AVENTURIER EX ITALIE VERS
Jeté brusquement au milieu des gens de guerre que nous avons dépeints, le jeune Monluc y fut tout de suite à son aise. Il était né soldat : il était de ceux qui frappent avant d*être frappés ;
26 BLAISE DEMONLUG.
sa nature exubérante avait besoin de se dépenser en longues traites à cheval ou à pied, en nuits passées à Taflût sans dormir, en rencontres furieuses et inextricables, comme celles que l'on voit dans les tableaux de Salvator Rosa. Vieux et dictant ses commentaires, il pense encore avec délices à ces journées de beau soleil où il prodiguait sa jeunesse et sa vie. 11 en crie de ravissement :
— Il me semblait en ces banquets que mon corps ne pesait pas une once et que je ne touchais pas en terre (1).
Aussi comme il s'étend sur les moindres escarmouches auxquelles il a eu la chance de prendre part I Pour débuter, il a pris une casaque d'archer dans la compagnie de M. de Lescun (2), frère de M. de Laulrec. La guerre éclate à quelque temps de là, et Monluc y fait ses premières armes. C'est sa première campagne, et il s'en rappelle les plus minces circonstances, au moins celles qui lui sont personnelles, car des autres il n'en a cure, et, s'il écritdans sa vieillesse, c'est pour se ragaillardir au souvenir de ses propres exploits* Que chacun en fasse autant s'il le peut !
(1) Comm. et lettres de B. de Monluc, t. I, livre tr, p. 421.
(2) Thomas de Foix, sire de Lescun, frère puîné de M. de Lautrec: Ufut tué à Pavic en lf»2j.
UNE CUANSON MILITAIRjE DU VIEUX TEMPS.
Il en vit d'ailleurs de rudes, et bien lui prit d'être fortement trempé. Il eut cinq chevaux tués sous lui en dix jours, dès les premières rencontres, et il assista en Italie comme en France à toutes les batailles de celle nouvelle guerre qui se termina si mal. Il était à la Bicoque où il se trouva combattant à pied, comme fit aussi M. de Montmorency, depuis connétable, à Saint-Jean-de-Luz où M. de Lautrec commença de le remarquer, au siège de Marseille quand le duc de Bourbon vint piteusement se casser tenez devant la ville, défendue par trois mille bons vieux routiers de guerre que le capitaine Rance avait ramenés de delà les monts ! Quels formidables éclats de rire on fit à la déconvenue du duc, le jour où il fut obligé de plier bagage I Quelles impitoyables gausseries saluèrent son départ ! On le reconduisit jusqu'aux Alpes et au delà en lui cornant aux oreilles la chanson du jour que Monluc chanta sans doute plus d'une fois avec les siens après boire :
— QuandBourbon vit Marseille, Il a dit à ses gens :
Vrai Dieu 1 quel capitaine Trouverons-nous dedans ?
Il ne m'en chaut d'un blanc D'homme qui soit en France, Mais que ne soit dedans Le capitaine Rance*
28 ËLAtSE DE MONLUC.
Au mont de la Goulombe Le passage est étroit : Montèrent tous ensemble En soufflant dans leurs doigts.
Disant à cette fois :
Prenons tretous courage.
Abatons tous ces bois.
Nous gagnerons passage.
noble seigneur Rance, Nous te remercions De la bonne recueillance Que tu as faite à Bourbon.
A grands coups de canon Aussi d'artillerie Les as tous repoussés Jusques en Italie.
{Brantôme^ Vie de M. Tamiral de Brion.)