RETOUR DU PIGEON VOYAGEUR A LA MAISON
La guérison fut longue ; le bras était encore en mauvais point, au retour de Monluc en France, après le siège de Naples, où mourut M. de Làutréc.
— De ma part avec ce qui se sauva, qui lut presque rien, je m'en revins à pied la plupart du chemin , portant mon bras en écharpe, y ayant plus de trente aunes de taffetas 'Bur moi, pour ce qu'on me liait le bras avec le corps et un coussinet entre deux, souhaitant la mort mille fois plus que la vie : car j'avais perdu tous mes seigneurs et amis qui me connaissaient (2).
C'est ainsi accoutré que le pauvre oiseau voyageur revint au nid.
— Traînant Taile et tirant le pied.
— En ce bel équipage j'arrivai à notre maison où je trouvai mon père assez en nécessité pour n'avoir pas grand moyen de m'aider, de tant que son p^re avait vendu des quatre parts les trois des biens de la maison et le laissa encore chargé de cinq enfants d*un second mariage et nous qu'étions dix de notre père. Chacun peut penser comme nous autres pauvres de la maison de Monluc afallu que suivissions la fortune du monde en toutes nécessités (3).
(1) Comm, et lettres de B. de Monluc, t. I, livre], p. 83-8i.
(2) Ibid., t. I, livre i, p. 104.
(3) Ibid., t. I, livre i, p. 105.
LES ANGOISSES d'uN PETIT GENTILHOMME, PÈRE DE FAMaLE ,