AU XVI® SIÈCLE
On était un peu à l'étroit dans la gentilhommière des Monluc, et chaque bouchée que mangeait notre aventurier lui semblait un vol fait aux autres. 11 a trop d'orgueil pour s'étendre sur de pareilles misères; mais le peu qu'il nous en montre en dit long sur la vie pénible qui était faite par les circonstances et les préjugés aux petits hobereaux du temps. Un mouchoir de terre avec un colombier, quelques carrés de choux, de misérables rentes que l'avilissement de rargerit réduisit à rien, après la découverte de l'Amérique, c'était là-dessus que vivaient des milliers de familles nobles, engravées d'enfants. Comment faire pour nourrir ces petits loups dévorants qui pullulaient dans tous les coins de la maisonnée? L'histoire, quia tant de sympathies pour les gras bourgeois des villes, devrait en garder quelquesunes pour tous ces maigres don Quichottes qui séchaient d'angoisse au milieu de leur progéniture affamée parce qu'ils étaient nobles, et que tout autre occupation que la guerre leur était interdite, sous peine de déchéance. La paix était pour eux une véritable calamité. Trop heureux quand ils ne voyaient pas, comme le père de Monluc, revenir mal en point au foyer et surtout à la table ceux dont on s'était cru débarrassé poc3^' toujours. r-
36 BLAISE DE MONLUG.