‹ Les mémorialistes. MonlucChapitre 17 sur 102 · NÉCESSITÉ POUR LA NOBLESSE FRANÇAISE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ POUR LA NOBLESSE FRANÇAISE DE LA GUERRE

OU DE l'Émigration.

Dans cette petite noblesse française, dont on n'a pas encore écrit Thistoire, il y avait un fonds inépuisable d'ardeur chevaleresque, de générosité et de dévouement; mais, à côté de l'esprit de sacrifice qui n'a jamais faibli chez elle, il y avait une envie bien naturelle de vivre. Toutes les fois qu'une issue semblait s'ouvrir à la situation inextricable où elle était engagée, elle s'y précipitait avec furie. Les guerres d'Italie d'abord, les guerres de religion ensuite furent le salut pour elle. Ses cadets apprirent aussi vers la même époque le chemin de la mer ; les aventuriers de guerre français parurent à leur tour en Amérique; et, pour revenir directement à notre sujet, l'un des fils de Monluc, le capitaine Peyrot, fut tué plus tard par les Portugais à Madère, au cours d'une entreprise qu'il avait montée lui-même pour conquérir Madagascar.

REPRISE DES HOSTILITÉS. LE SECOND SIÈGE DE MARSEILLE (1536) ET l'affaire des MOULINS d'aURIOLLE.

Trois ans et plus se passèrent : le bras de Monluc était guéri, mais la paix durait toujours, eN las de rôder, d'un air furieux, autour du cbâ--

teau de ses pères, il songeait à servir le Turc plutôt que de rester inutile. 11 n'eut pas besoin d'aller ^î loin : les affaires se gâtaient de nouveau du côté de Tltaliô, et, en 1534, François I"^ créa sept légions d'infanterie nationale, fortes chacune de six mille hommes. Antoine de Rochechoiiart, sénéchal de Toulouse et Albigeois, fut chargé de la quatrième^ affectée au Languedoc ; il prit Monluc pour lieutenant : je laisse' à penser la joie de notre Gascon. A peine les compagnies étaient-elles levées avec leurs centeniers, leurs capitaines d'escouade et leurs enseignes, que la guerre éclata. Et voilà nos gens en campagne. L'empereur en personne avait envahi la Provence, il était à Aix, le roi François l" à Avignon, et Marseille investie était défendue par quelques milliers de braves gens que Charles -Quint luimême n'intimidait pas. Monluc était de ceux-là. Toujours petit compagnon, malgré sa lieutenance, il ne pensait qu'à se mettre en' avant. C'était un vrai chef de partisans, un homme de coups de main, sec, net, droit, énergique, sans peur du danger et sans mépris non plus, décidé, suivant son mot, quand il avait pris une résolution, à l'exécuter ou à crever (1). C'est ainsi qu'il enleva avec cent vingt hommes les moulins d'Auriolle, à cinq heures à,e Marseille, qui approvisionnaient l'armée impériale. L'entreprise avait paru si difficile qu'on s'était d'abord moqué de

(1) Cf^mm. et lettres (Je B. de Monluo, t. T, livre T, p. Itl et sulv.

lui, quand il en avait parlé pour la première fois :

— Laissez-le aller, disait un certain M. de Villebon, car il prendra l'empereur et serons tous ébahis qu'il nous l'amènera demaia malin prisonnier en cette ville.

— Vous n'êtes qu'un cogne-fétu, riposta Monluc avec son accent : vous ne voulez rien faire ni laisser faire les autres.

Il partit, il réussit — et un autre, le marquis de Barbézieux, s'en attribua tout l'honneur auprès de François I". Avec ses humeurs et complexions de Gascogne, Monluc avait une âme à ressentir vivement l'injustice. Celle-ci Taffecta plus qu'on ne saurait croire.

— M. de Lautrec, dit-il, n'eôt pas fait cela. Il sied mal de dérober l'honneur d'autruiril n'y a rien qui décourage tant un bon cœur (1).

MONLUC ESSAIE EN VAIN DE JOUER LE PERSONNAGE DE COURTISAN. IL RETOURNE A L'ARMÉE.

Avec Monluc il faut toujours faire la part de Texagéralion qui lui est naturelle. 11 alla à Paris après la campagne de Provence, et l'accueil qu'on lui fil prouve qu'on lui rendait suffisamment justice, en dépit de son caractère emporté^ de son humeur étrange et aussi — il faut bien le dire — d'une déplorable intempérance de lan-

(1) Comm. et lettres de B. de Monluc, t. I, livre i,. p. 124.

gue dont il était affligé et affligeait les autres plus qu'aucun de ses compatriotes. M. le grandmaître, qui depuis fut connétable, Anne de Montmorency lui donna une compagnie de gens de pied; il fut de la garde de M. le Dauphin, qui fut Henri II et prit part à une campagne insignifiante en Artois. Après quoi, la nostalgie de Tltalie et des grands coups d'épée qui s'y donnaient, le reprit. La cour n'était point faite pour son humeur bourrue : ses coutumes a qui sont rapports et traverses à ceux qui ont envie de bien faire »>, l'exaspéraient, et plus encore la vue et le contact de tous ces courtisans damerets, pimpants, douillets, frisés, fardés et moqueurs. Le midi, plus indulgent aux gasconnades, l'attirait davantage. 11 retourna en Provence, où il avait laissé ses grands chevaux et ses armes, y reçut une commission pour dresser deux compagnies, et, tout en hâte, alla chercher des recrues en Gascogne.

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