‹ Les mémorialistes. MonlucChapitre 25 sur 102 · EMBARRAS ET PÉRILS DE LA SITUATION · texte numérisé non relu

EMBARRAS ET PÉRILS DE LA SITUATION

Il avait enfin la première place qu'il avait si souvent rêvée, mais dans quelles conditions !

Devant lui un ennemi actif, intelligent, énergique, ayant de Tartillerie et sachant s'en servir, poussé d'ailleurs en avant par les haines combinées contre Sienne de l'empereur et de Florence. Avec lui des soldats de quatre pays, de quatre langues et de quatre caractères différents, Allemands, Grisons, Italiens et Français, la plupart mercenaires sans patrie et sans foi, déjà démoralisés par la précédente défaite et peu disposés, en tout cas, à se serrer le ventre pour des gens qui les intéressaient autant que le Grand Turc. Derrière lui une cité sans doute fidèle au roi de France à qui elle s'était donnée deux ans auparavant, mais peuplée de cerveaux légers, mobiles, imprégnés d'une essence inflammable, capables de toutes les confiances et de tous les soupçons, capables de tous les dévouements et de toutes les trahisons. Il fallait avoir l'œil au guet nuit et jour, repousser les surprises du dehors, prévenir les complots du dedans, plaire à tous et se garder de tous. En accommodant son humeur qui n'avait guère le souci des nuances à des exigences aussi délicates, Monluc fit un véritable miracle et il a amplement mérité les éloges qu'il se décerne avec une libéralité toute méridionale dans ses Commentaires.

GOMMENT MONLUG S^EN TIRA. UN EXEMPLE BON A SUIVRE POUR LES FUTURS DÉFENSEURS DE PLACES ASSIÉGÉES.

La défense militaire de Sienne est classique : elle mérite de l'être par la netteté de son but et la simplicité de ses moyens. Monluc, grâce à Dieu, n'était qu'un soldat, et il savait très clairement quel était dans un siège son devoir de soldat : attendre les renforts qu'on lui avait promis, faire le plus de mal possible à Tennemi et tenir jusqu'à la dernière bouchée de pain. Les renforts, il n'y croyait pas beaucoup ; mais il agît comme s'il y eût cru, et c'était là le point important. SIrozzi avait à peine tourné les talons qu'il décida de rationner la ville. Il fit d'abord part de ses intentions aux soldats qui ne protestèrent pas, bien que vingt onces de pain fussent peu de chose au moins pour de gros mangeurs comme les Allemands; ensuite il pria la Seigneurie de réunir les principaux de la ville, et voici comme il leur parla :

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