CHARRY
Le terrible homme ! et qu il était difficile de résister à ses arguments I Tous ses capitaines n'étaient pas d'ailleurs des Saint-Auban ; et Monluc dans la même affaire met en regard la conduite
(1) Comm, et lettres de B. de Monluc, t. H, livre m, p. 23.
de Charry — Tun des rares êtres qu'il ait aimés avec ses enfants et son cheval turc.
— Le capitaine Charry arriva à nous, encore qu'il n'y eût que huit jours qu'il avait eu une arquebusade par la tête, lequel nous tenions pour mort, toutefois je le vis Tépée et la rondelle en la main, un morion sur son couvre-chef qui lui couvrait sa plaie. Le bon cœur se montre toujours là où il est : encore extrêmement blessé voulait-il avoir part au combat. J'étais au pied de l'échelle et avais dit au sieur Cornelio et au comte de Gayasse de sortir hors le fort, donner courage àceuxqui défendaient les flancs, et que Tun prit un côté et l'autre un autre : ce qu'ils firent et y trouvèrent encore prou d'affaires. Je pris par la main le capitaine Charry et lui dis : € Capitaine Charry, je vous ai nourri pour mourir faisant un grand service au Roi: il faut que vous montiez le premier ». Lui,pleinde bonne volonté et sans marchander, commença à monter par l'échelle, laquelle ne pouvait être de plus de dix ou douze degrés: et fallait entrer par une fausse -trappe comme j'ai déjà dit. J'avais de bons arquebusiers et toujours les faisais tirer à ce trou de la fausse trappe; et fis mettre sur l'échelle deux desdits arquebusiers qui montaient après lui. J'avais les deux torches avec moi, car les autres deux, le sieur Cornelio et le comte les m'en avaient emportées, et voyaient si clair que nos arquebusiers n'offensaient pas le capitaine Charry, qui montait degré à degré, donnant toujours loisir à nos arquebusiers de tirer, et comme il fut à se montrer sur le haut, ils tirèrent deux arquebusades qui lui percèrent la rondelle et le morion sans l'offenser à la tête. L'arquebusier qui était après lui lira par-dessus la rondelle : qui fut cause que le capitaine Charry s'avança de monter, et les voilà tous trois dedans Tun après Tautre. Ils y tuèrent trois des ennemis et le reste sauta par le trou. Ceux des flancs furent aussi repoussés, et ainsi notre fort fut reconquête de tous côtés (1).
(1) Comm, et lellrei de B. de Moaluc, t. II, livre m, p. 25-i^6.
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