‹ Les mémorialistes. MonlucChapitre 29 sur 102 · CAPITULER · texte numérisé non relu

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En janvier la situation devint plus mauvaise. Marignan tira de Florence vingt-six ou vingt-huit

(1) Comm. et lettres de B. de Monluc, t. II, livre m, p. 15-16.

grands canons ou couleuvrines. De vivres, hors le pain, il n'en fallait plus parler : les plus riches seuls pouvaient encore acheter à prix d'or un cheval ou un âne étique qu'on mettait en vente à la boucherie. C'était l'instant ou jamais de capituler avant que les provisions ne fussent tout à fait épuisées. Quelques Siennois du moins le pensèrent :

— Ils se résolurent d'assembler toute la noblesse et citoyens au Palais pour résoudre entre eux s'ils devaient endurer l'assaut ou composer avec le marquis. Or là il ne me fallait pas faire le mauvais, car ils étaient plus forts que moi : il fallait toujours gagner ces gens-là avec grandes remontrances et persuasions douces et honnêtes, sans y parler de se courroucer (1).

UN TOOR DE GASCON. QUELQUES RENSEIGNEMENTS PRÉCIEUX POUR L*HISTOIRE DU COSTUME EN 1555.

Bien en prit à Monluc d'être Gascon, c'est-àdire souple, insinuant, beau parleur et un peu bouffon : il joua aux Siennois une comédie de son invention dont le souvenir le fait encore pouffer de rire,

— Or j*étais encore si très exténué de ma maladie et le froid étant grand et âpre, j'étais contraint d'aller si enveloppé le corps et la tête de fourrures que quand on me voyait aller par la ville, nul ne pouvait avoir espérance de ma santé, ayant opinion que j'étais gâté dans

(1) Comm, €t Utlret de B. de Monluc, t. II, livre ui, p. 32.

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le cœur et que je me mourais à vue d'œil. « Que feronsnous, disaient les dames et les peureux, car en une ville il y en a d'uns et d'autres, que ferons-nous si notre gouverneur meurt? Nous sommes perdus : toute fiance, après Dieu,esten lui: il n'est possible qu'il en échappe. » Je crois fermement que les bonnes prières de ces honnêtes femmes me tirèrent de l'extrémité et langueur où j'étais, j*entends du corps, car quant à l'esprit et à Tenlendement je ne le sentis jamais affaiblir. Ayant donc accoutumé auparavant d'être ainsi embéguiné et voyant le regret que le peuple avait de me voir ainsi malade, je me fis bailler des chausses de velours cramoisi que j'avais apportées d'Albe, couvertes de passement d'or et fort découpées et bien faites... je pris un pourpoint tout de même, une chemise ouvrée de soie cramoisie et de filet d'or bien riche : en ce temps-là on portait les collets des chemises un peu avalés. Puis pris un collet de buffle et me fis mettre le hausse-col de mes armes qui étaient bien dorées... et avais encore un chapeau de soie grise, faite à Tallemande avec un grand cordon d'argent et des plumes d'aigrette bien argentées. Par lors les chapeaux ne couvraient pas grand comme font à cette heure. Puis me vêtis un casaquin de velours gris, tout couvert de petites tresses d'argent à deux petits doigts lune de l'autre et doublé de tocquadille d'argent, tout découpé entre les tresses, lequel j'apportais en Piémont sur les armes Or avais-je encore deux petits flacons de vin grec, de ceux que le cardinal d'Armagnac m'avait envoyés, et m'en frottai un peu les mains, puis m'en lavai fort le visage, jusqu'à ce qu'il eût pris un peu de couleur rouge et en bus avec un petit morceau de pain trois doigts, puis me regardai au mi • roir. Je vous jure que je ne me connaissais pas moimême... Je ne pus me contenir de rire, me semblant que tout à coup Dieu m'avait donné tout un autre visage (i).

(1) Comm, et lettres de B. de Monluc, t. II, livre m, p. 35-37.

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