HÉROÏQUE CONDUITE DES DAMES DE SIENNE
— Tous ces pauvres habitants, sans montrer nul déplaisir ni regret de la ruine de leurs maisons, mirent les premiers la main à l'œuvre : chacun accourut à la besogne. Je veux dire qu'il ne fut jamais qu'il ne s'y trouvât plus de quatre mille personnes au travail et me fut montré par des gentilshommes siennois plus de quarante gentilles femmes des plus grandes de la ville qui portaient le panier sur la tête plein de terre. Il ne sera jamais, dames siennoises, que je nMmmortalise votre nom, tant que le livre de Monluc vivra, car à la vérité vous êtes dignes d'immortelle louange, si jamais femmes le furent. Au commencement de la belle résolution que ce peuple fit de défendre sa liberté, toutes les dames de la ville de Sienne se départirent en trois bandes : la première était conduite par la signora Forteguerra qui était vêtue de violet, et toutes celles qui la suivaient aussi, ayant son accoutrement en façon d'une nymphe, court et montrant le brodequin ; la seconde était la signora Piccolomini, vêtue de satin incarnadin et sa troupe de même livrée ; la troisième était la signora Livia Fausta, vêtue toute de blanc, comme aussi était sa suite avec son enseigne blanche. Dans leurs enseignes elles avaient de belles devises : je voudrais avoir donné beaucoup et m'en ressouvenir. Ces trois escadrons étaient composés de trois mille dames, gentilles femmes ou bourgeoises : leurs armes étaient des pics> des pelles, des hottes-e^ des fascines, et en cet équipage firent leur montre et allèrent commencer les fortifications... Elles avaient fait un chant à Thonneur de la France lorsqu'elles allèrent à leur fortification : je voudrais avoir donné le meilleur cheval quej*aiet l'avoir pour le mettre ici (Ij.
(1) Comm, et lettren de B. de Monluc, t. II, livre ni, p. 55-56.