ENTRE SIENNE ET FLORENCE
Et moi aussi, si j'avais un cheval turc aussi précieux que le sien, je le donnerais volontiers pour revoir le spectacle étrange qu'il nous décrit et Brantôme après lui. S'agit-il ici d'un ballet qu'on pourrait appeler le Siège Galmit et où les dames, vêtues comme il convient, dansent le pas des Fortifications ? Est-ce là le début d'une révolte qui ruina Sienne et transforma le pays en désert ? Quel bizarre mélange de l'horrible avec le frivole et le précieux ! Pendant que les Siennoises évoluaient comme sur une scène d'opéra, à quelques pas d'elles des massacres effrayants étaient commis : aux cris de mort contre l'étranger les Impériaux répondaient par une extermination générale. Une haine atroce, inexpiable, lançait les deux races l'une contre l'autre. Les chroniques siennoises (i), entre autres horreurs commises cette année-là, rapportent l'histoire d'une vieille femme de plus de soixante ans qui fut prise par les Allemands. On voulut lui faire crier : a Duc ! Duc ! » comme pour lui extorquer un acte d'obéissance à l'égard du duc de Florence. Elle, farouche, inébranlable, répondait parle mot de ff Louve ! Louve ! » qui rappelait l'emblème
(1) V. Les Chroniques Siennoises^ traduites de l'italien par le duc de Dino, 1846. lls*y trouve un plaa de Sienne au xvi" siècle.
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de Sienne, la Louve de Romuluset deRemus (1). Quand les Allemands virent qu'ils ne pouvaient rien tirer d'une fermeté aussi sûre d'elle-même, ils prirent leur prisonnière, la dépouillèrent en entier de ses vêtements et la clouèrent en croix à la porte d'un château. Dans son agonie, elle leur crachait encore à la face : Louve ! louve ! louve ! et leur fureur fut telle qu'ils la firent enfin taire en lui plantant un piquet de bois entre les dents. Voilà qui ne va guère avec les processions et les chants et la livrée de salin incarnadin de la signora Piccolomini.