LOYALISME ET ROYALISME DE HONLUC
En réalité, Monluc, fils de petit gentilhomme, élevé dans le respect et la crainte de la royauté, ayant passé sa vie à combattre pour elle, a surtout été, dans les guerres qui s'ouvrirent, un loyaliste et un royaliste. Il fut de la religion du roi, et ce fut la cause du roi et non celle de la religion catholique, qu'il soutint si vigoureusement. A ce point de vue son attitude est curieuse : elle accuse le changement qui s'était opéré depuis plus d'un demi-siècle dans les mœurs de la petite noblesse. Pendant que les princes du sang et les grands seigneurs, sans être des barons féodaux, continuaient les traditions féodales, les nobles de province, détachés insensiblement des liens qui les
attachaient à leurs suzerains, se tournaient vers le roi et mettaient à son service pour la conduite de ses armées une race féconde et besoigneuse, où la monarchie recruta ses cadres jusqu'à la Révolution française. La fidélité au roi remplace l'ancienne fidélité au suzerain ; et si ce dévouement sert de point d'appui au développement exagéré de Tautorité royale, il ne faut pas oublier que c'est aussi par lui que s'est achevée, dans les deux siècles qui suivirent, la constitution de l'unité française.
A une époque où il était si difficile de deviner de quel côté. Dieu ou les hommes, était le devoir, Monluc eut une ligne de conduite inébranlable. Après la mort du roi François II à Orléans, il alla prendre congé de la reine-mère.
— Et encore qu'elle fût bien malade, elle me fit cet honneur de commander qu'on me laissât entrer pour prendre congé d'elle. J'avais connu des maniements qui se faisaient qui ne me plaisaient guère et mêmementsur les états qui se tinrent. Et le tout entendu, je connus bien que nous ne demeurerions pas longtemps en paix. Et me résolus de m'ôter de la cour, afin de n'être embarrassé parmi les uns ni les autres : car je m'y élais déjà trouvé contre toute raison, ainsi que je veux que Dieu m'aide : qui fut cause que prenant congé de Sa Majesté, je lui dis ces mots, ne la voulant entretenir longuement à cause de son mal : « Madame, je m'en vais en Gascogne, avec délibération de vous faire toute ma vie très humble service. Et vous supplie très humblement croire que s'il y advient chose aucune dont vous ayez affaire de vos serviteurs, je vous promets et vous donne ma foi que je ne tiendrai jamais autre parti que le vôtre et celui de Messeigneurs vos enfants et serai si soudain à
cheva] que vous me le commanderez ». Le jour propre que le roi François était mort, la nuit, je lui en avait donné toute telle assurance. Alors elle m'en fit cet honneur de me remercier. Madame de Cursol (Grussol), qui était au chevet de son lit, lui dit : « Madame, vous ne lui devriez pas laisser aller, car vous n*avez point de plus fidèles serviteurs que ceux de Monluc. » Alors je répondis : « Madame, vous ne demeurerez jamais sans avoir des Monlucs : car il vous en demeure trois, qui sont mes deux frères et mon fils : que tous mourront à vos pieds pour votre service ». Sa Majesté se prit à rire. Elle qui avait beaucoup d'entendement et Ta bien montré voyait bien qu'ayant tant d'affaires sur les bras, parmi la jeunesse de ses enfants, qu'elle aurait besoin des personnes. Elle se ressouvieftdra de ce qu'elle me dit, et si j'ai manqué d'exécuter ce qu'elle me commanda, ce sont lettres closes. Et ainsi je pris congé d'elle (1).
ou IL EST PROUVÉ QUE MONLUC n'oUBLIAIT JAMAIS SES PROPRES INTÉRÊTS.
Ce Gascon de Monluc est bîen le fils de sa race* Dans ses minutes les plus vives d'attendrissement ou d'exaltation, il reste maître de lui-même: il garde sa pensée de derrière la tête. Le jour où il parlait ainsi à Catherine de Médicis, il aimait la reine et ses enfants, mais il aimait aussi Monluc, et ce dernier était un personnage qu'il n'oubliait pas facilement. Brouillé avec les Montmorency, en froid avec les Guise qui ne lui pardonnaient pas sa conduite équivoque sous François II, au plus mal avec les Navarre qu'on
(1) Comm, et lettres de Bi de Monluc, i. II, livre v, p. 336-337.
Tavait pourtant accusé de favoriser, il ne lui restait guère d'autre ressource que le parti de la reine, et il s'y jeta avec la décision qu'il apportait en toutes choses. Quant à la religion qui troublait alors tant de tètes, c'était le moindre de ses soucis. Il n'en est pas question dans son entretien avec Catherine. Il était, là-dessus, aussi libre d'esprit que son frère Tévêque de Valence, Théodore de Bèze l'accuse formellement d'avoir changé d'attitude cette année-là (1561), à la nouvelle que la Cour inclinait vers la Réforme. Il faisait alors le bon apôtre, et ceux qui le connaissaient étaient tout étonnés d'entendre sortir de sa bouche des maximes de douceur et de modération qui auraient fait pleurer un tigre. Il lui échappa même de dire que bientôt la papauté serait abattue et que tous ces ventres bénéficiers perdraient leur marmite. Il disait aussi — que ne disait-il pas, car il était très bavard — qu'il était prêt de devenir Turc, voire d'aller à tous es diables si le roi le lui commandait (I).
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ItONLUC SOLDAT ET RIEN QUE SOLDAT PENDANT LA