‹ Les mémorialistes. MonlucChapitre 39 sur 102 · LES OPÉRATIONS MILITAIRES EN GUYENNE. JUSTICE UN PEU · texte numérisé non relu

LES OPÉRATIONS MILITAIRES EN GUYENNE. JUSTICE UN PEU

En quelques jours la Guyenne protestante sut à quoi elle devait s'attendre. Monluc n'était pas de ceux qui se plaisent à voiler leurs intentions. Il frappait vite, fort et juste. A deux lieues de son manoir d'Estillac, à Saint-Mezard, une sédition s'était mue contre le seigneur du lieu, M. de Rouillac. « Déjà commençait la guerre découverte contre la noblesse. » Monluc y courut et fit arrêter les chefs de la rébellion.

— Gomme je fus arrivé à Saiiit-Mézard, Monsieur de Fontenilles me présenta les trois et le diacre, tous attachés dans le cimetière, dans lequel il y avait encore le bas d'une croix de pierre qu'ils avaient rompue qui pouvait être de deux pieds de haut. Je fis venir Monsieur de Corde et les consuls, et leur dis qu'ils me disent la vérité à peine de la vie, quels propos ils leur avaient ouï tenir contre le roi. Les consuls craignaient et n'osaient parler. Je dis au seigneur de Corde qu'il touchait à lui de parler le premier et qu'il parlât. 11 leur maintient avoir tenu les propos ici-dessus écrits: alors les dix consuls dirent la vérité comme ledit seigneur de Corde. J'avais

LA PREMIÈRE GUERRE CIVILE. 9d

les deux bourreaux derrière moi, bien équipés de leurs armes et surtout d'un marassau bien tranchant : de rage je sautai au collet de ce Verdier et lui dis : v méchant paillard, as-tu bien osé souiller ta méchante langue contre la majesté de ton roi ? » Il me répondit : c Haï Monsieur, à pécheur miséricorde ». Alors la rage me prit plus que jamais et lui dis : « Méchant, yeux-tu que j'aie miséricorde de toi, et tu n'as pas respecté ton roi ! » Je le poussai rudement en terre, et son col alla justement sur ce morceau de croix et dis au bourreau : « Frappé, vilain I » Ma parole et son coup fut aussitôt Tun quo l'autre et encore emporta plus de demi-pied de la pierre de la croix. Et les autres deux fis pendre à un orme qui était tout contre, et pour ce que le diacre n'avait que dix-l\uit ans, je ne voulus le faire mourir, afin aussi qu'il portât les nouvelles à ses frères; mais bien lui fis-je bailler tant de coups de fouet aux bourreaux qu'il me fut dit qu'il en était mort au bout de dix ou douze jours après. Et voilà la première exécution que je fis au sortir de ma maison, sans sentences ni écriture, car en ces choses j'ai ouï dire qu'il faut commencer par l'exécution (1).

Avec un compagnon aussi décidé, M. de Burie se trouvait bien appareillé 1

— Que si j'eusse fait le doux, comme Monsieur de Burie, nous étions perdus. Il leur promettait prou et je ne tenais rien, sachant bien que ce n'était que pour nous tromper et peu à peu se rendre maître des places. Bref ces nouveaux venus voulaient nous donner la loi et n'y avait si petit ministre qui ne fit le Monsieur, comme s^il eût été unévéque. Voilà les beaux commencements de cette belle religion et comme elle apprenait à vivre (:2).

(1) Comm. et lettret de B. de Monluc, t. II, livre v,p. 363-364.

(2) Comm. et lettres de B. de Monluc, t. II, livre v, p. 367.

100 BLAISE DE MONLtC.

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