‹ Les mémorialistes. MonlucChapitre 47 sur 102 · LES CONFIDENCES DE LA REINE CATHERINE · texte numérisé non relu

LES CONFIDENCES DE LA REINE CATHERINE

Pour qui connaît la vanité transcendentale de Monluc, ce fut pour lui un vrai coup de fortune que le voyage du roi et de sa mère à travers les provinces. Il alla les saluer tous les deux à Toulouse, et on le voit d'ici faisant le gros dos auprès de la reine qui ne se lassait pas de causer avec lui et de le faire causer.

— Un jour étant en sa chambre avec Messieurs les cardinaux de Bourbon et de Guise, elle me raconta ses fortunes et la peine où elle s'était trouvée : et entre autres choses me dit que le soir que la nouvelle lui vint que la bataille de Dreux était perdue (car quelque hardie lance lui donna cette alarme, n'ayant pas eu loisir d'attendre ce que M. de Guise ferait, après que monsieur le connétable fut rompu et pris), elle fut toute la nuit en conseil où étaient mesdits seigneurs les cardinaux, pour aviser quel parti elle prendrait pour sauver le roi. Enfia sa résolution fut que si le matin la nouvelle se fût trouvé véritable, elle tâcherait se retirer en Guyenne, encore que le chemin fût bien long, où elle se tenait plus assurée qu'en tout autre pays de France. Je prie Dieu qu'il ne m'aide jamais si Jes larmes ne m'en vinrent aux yeux, lui oyant raconter sa désolation. Et lui dit ces mêmes mots : a Hé ! mon Dieu, madame, vous étes-vous trouvée en telle nécessité ? » Elle me l'assura et jura sur son âme comme firent aussi messieurs les cardinaux. Il faut dire la vérité, que, si cette bataille eût été perdue, Sa Majesté eût eu bien à souffrir et crois que c'était fait de la France, car Tétat eût changé et la religion : car à un jeune roi on fait faire ce qu'on veut 1).

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