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LES IDÉES PO ITIQUES DE MONLUC. LA PREMIÈRE LIGUE

CATOOLIQUE EN GUYENNE.

En dépit de sa vanité risible qui allait quelquefois jusqu'à routrecuidance, MoqIuc voyait clair et juste. UEglise catholique et TEtat étaient deux forces qui s'étayaient mutuellement : Tune par terre, l'autre s'écroulait aussitôt. Pas d'évêques, pas de rois, disait plus fard Jacques I" d'Angle- Ci) Comm. et lettres de B. deMoqluc, t. III, livre vi, p. 79.

ferré ; et c'était là une formule applicable à la France du xvi' siècle. C'est ce que Monluc démontrait fort bien dès 1563 (décembre), dans les

Cathcrice de Médicia.

mémoires et instructions confiés par lui à son iiâèle Charry qui s'en allait en cour :

■^ Les anciens qui ont tcDii les conciles ont bien regardé & cela quand ils ont uni notre foi avec la continuation delà monarchie des princes : car ils ont bien pesé que le peuple qui est gouverné sous un monarque est beaucoup plus assuré et tenu en la crainte de Dieu et &

Tobéissance qu'il doit porter à son roi que non celui qui est sous une république en laquelle sa loi amène tout le monde et détruit les monarchies... Que Ton regarde dès ce genre ce qui se fait en Angleterre et en Ecosse, et si ce n'est plutôt manière d'aristocratie ou démocratie que non de monarchie. Et quand le roi sera grand, il voudra demander sa liberté, laquelle ne lui sera concédée, et s'il fait semblant de la vouloir avoir par force, son conseil même lui coupera la gorge et feront un autre roi à leur plaisir (1).

Ces mêmes idées qu*il remâchait depuis le début des guerres civiles avaient amené Monluc dès 1562 à établir pour le service du roi et la défense de TEglise une ligue catholique en Guyenne et Gascogne qui fut dissoute Tannée suivante après la paix d'Ambroise. Trois ans plus tard, avec la ténacité qui faisait sa force, il reparla de cette ligue à Catherine de Médicis, alors de passage à Mont-de-Marsan : le projet fut repris et étendu atout le royaume. Ce fut la confédération du roiy à laquelle furent obligés de souscrire tous les princes, grands seigneurs, gouverneurs de province et capitaines de gens d'armes.

— Et encore que je sois qu'un pauvre gentilhomme, dit Monluc avec une feinte humilité, mais qui en crevait dans sa peau de satisfaction, le roi voulut que je m'y signasse pour la charge que je tenais de lui (2).

La confédération fut signée : on n'en parla plus ensuite, et Ton putcroire qu'il n'y avait qu'un par chemin de plus dans les coffres du roi. Onze ans

(1) Comm. et lettres de B. de Monluc, t. IV, p. 294, n' 97.

(2) Comm- et lettres de 3- de Monluc, t. UI, livre vu, p. 88.

plus tard, Texplosion de la Sainte Ligue prouva que ridée était bonne et que le pétard de Monluc avait fait son chemin.

LA SECONDE GUERRE CIVILE. MONLUC EST SOULAGÉ BIEN MALGRÉ LUI d'une partie DE SES FONCTIONS.

La guerre civile recommença en 1567. Monluc, qui était bien servi par ses espions, l'avait crié sur tous les tons à Catherine. Les galants de cour ne firent que rire des croassements du corneguerre, comme ils l'appelaient spirituellemenL Quand il fallut bien avouer que le vieux radoteur ne s'était pas trompé, on ne lui en sut pas meilleur gré. Il avait une façon si méprisante pour les autres d'avoir raison qu'elle faisait toujours souhaiter qu'il eût tort. On Tabreuva de dégoûts : Catherine de Médicis, qui avait trop pratiqué les hommes pour ne pas apprécier celui-là à sa juste valeur, le trouvait trop bavard et trop vantard. Ce sont les deux péchés mignons de la race ; et Monluc, il l'avoue lui-même, n'avait pas su s'en défendre. Plus que jamais, la famille qui était aussi la faction des Montmorency le poursuivait de sa haine, et le connétable, qui fut tué à quelque temps de là, eut le crédit de lui faire enlever la moitié du gouvernement de Guyenne (Bordeaux et Bordelais) au profit de Henri de Foix, seigneur de Caudale. Monluc, qui avait joué au temps jadis le même tour à Burîe, ne put digérer la pilule et éclata en récriminations :

— Je fus fort ébahi de cela et connus bien qu'on m'avait donné une traverse à la cour et que le roi et la reine ne m'eussent jamais fait ce tour-là sans quelque^ prêteurs de charité : car, grâce à Dieu, auprès des rois de France en y a toujours de telles gens à revendre et qui ne s^attaquent qu'aux meilleurs et plus affectionnés serviteurs que les rois ont (1).

ou L ON VOIT QUE NOTRE HEROS COMMENCE A VIEaUR.

Il fallut se résigner. La mesure prise envers Monluc pouvait d'ailleurs se justifier par le mauvais état de sa santé. La machine, surmenée par quarante-cinq ans de dures fatigues, demandait enfin grâce. Criblé de blessures, sillonné de balafres, craquant des jointures, en proie aux infirmités qui envahissent le corps d'un vieillard, comme les eaux un navire qui coule, Monluc n'était plus que l'ombre du Monluc d'autrefois. L'ancien rodomont levait encore la tête comme un vieux cheval de régiment au son de la trompette, mais ce n'était plus que le dernier effort d'un cœur généreux qui ne veut pas se rendre. Après la paix de Longjumeau , il resta trois mois au lit pour une jambe blessée ; il pensait être guéri quand un catarrhe survint et faillit l'emporter. Du catarrhe il retomba dans une maladie plus dangereuse que les précédentes. Amis, ennemis et médecins, les médecins surtout, pro-

(1) Comm, et lettrée deB.de Monluc, t. III, livre Ti, p. 135.

nostiquaient que c'était fiai. Il leur donna tort en se relevant encore une fois et en rep renant la campagne. Mais ilfut obligé de se rendre à Cahors en litière. Monluc en litière, ce n'était plus Moulue, c'était son ombre ou son fantôme* Ceux de ses vieux amis, les aventuriers du Piémont qui vivaient encore, durent en faire des gorges chaudes. Ou était le temps où il galopait, plein de force et d'ardeur, sur son fameux cheval turc ? La fortune, qui n'aime pas les vieillards, l'abandonna dans cette troisième guerre civile. Il n'osa pas arrêter au passage la reine de Navarre qui se rendait à la Rochelle, et il s'en excusa en disant qu'il n'avait pas d'ordres.

— Si le roi ou la reine avaient envie que je fisse, pourquoi est-ce qu'on ne me le demandait ? je n'eusse rien craint alors : on veut que je sois prophète (i).

Il prenait peur des responsabilités ; il faisait comme M. de Burie dont il s'était tant moqué^ décidément il baissait. Il ne sut pas davantage arrêter l'armée protestante venant de Provence et allant en Saintonge, que conduisaitM. d'Acier : et Dieu sait si Ton clabauda ensuite contre lui à la cour.

— A ouïr parler ceux qui m'accusent, vous diriez qu'avec les ongles je devais tuer tout et avec les dents prendre la Rochelle et Montauban. Je ne suis si fol de cracher contre le ciel et en pays désavantageux aved

(1) Comm, et lettres de B. de Monluc, t. UI, livre vii, p. 173.

trois mille hommes en combattre vingt mille et par ma perte tirer la ruine du pays après moi. Je laisserai ce propos, ne voulant point entrer en excuses, car je n'ai en rien failli et ne veux apprendre mon métier de ces contrôleurs qui en parlent sous la cheminée loin des coups (1)...

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