DÉMÊLÉS HOMÉRIQUES DE MONLUC ET DE DAMVILLE
Ses querelles interoiinables avec le gouverneur du Languedoc, Henri de Montmorency, comte de Damville, firent encore plus de tort à Monluc que son inaction ou sa négligence. Dès la rentrée de Damville dans son gouvernement (juin 1569 ), il y eut des paroles aigres entre ces deux hommes qui ne pouvaient pas se souffrir. Sans parler de la vieille haine des Montmorency pour le Gascon, il y avait de Monluc à Damville un procès autrement plus grave qui se plaidait : Damville, véritable représentant de la noblesse de cour qui a fait tant de mal à la France, méprisait profondément le petit hobereau qui osait lui tenir tête ; et Monluc, organe cette fois de revendications qui ne lui étaient pas absolument personnelles, s'écriait fièrement en parlant de son rival :
— Je porlerai honneur à Télat qu'il tient comme maréchal de France, mais non comme sieur de Damville, Il n*est fils que d'un gentilhomme, non plus que moi, sauf qu'il soit d'un baron de llle-de-France et moi d'un pauvre gentilhomme d'aussi bonne race qu'il en ait, et
(!) Comm et lettres ^ de B. de Monluc, t. IH, livre vi, p. 200.
suivants et appartenant de plus grands seigneurs qui . soient en ce pays (1) -
Damyille, aussi haineux, plus -puîssaqt etrpks adroit, ripostait en accusant Monluc d'infidélités, de malversations et de pillages. Ce dernier point, qui n'était peut-être pas tout à fait dénué de fondement, mettait notre homme hors de luimême. 11 rageait, il trépignait, il écumait. Oubliant qu'il n'était plus qu'un vieux strppiat et • que les beaux temps d'Italie étaient loin^ il s'écriait:
— De la puissance que Dieu m'a laissée qui m'est que le bras droit, je lui ferai connaître que je crains aussi peu la mort que lui ni autres Français (2).
Quand les chats se disputent, les sourisdansent. Pendant que Monluc et Damville, tout entiers à leurs invectives, refusaient de concerter leurs opérations, le comte de Montgomery, avec vingtdeux enseignes de gens de pied protestants^ entrait dans le Béarn, forçait le capitaine Terride de lever le siège de Navarreins, le poussait dans Orthez ( 7 août 1569 ) et le réduisait en six jours à capituler. Monluc dit lui-même dans ses Commentaires:
— Toute la France crie que si morisîëur'Ie 'riiaréchal Damville et Monluc eussent fait leur devoir, Môntgo-. mery eût été défait... (3).
(1) Comni. et lettres de B. de Monluc, t. V, p. 269j n* 058.
(2) Comm, et lettres de B. de Monluc, t. V, p. 269, n<* 258. ,, (8) Comm. et lettres de B. de Moulue, t. lU, livre y)k p. 28.
Et la France, n'en déplaise aux deux adversaires, avait raison. Ce qui suivit la prise d'Orlhez augmenta encore l'émotion générale. Sainte- Colombe et quelques * capitaines catholiques, exclus de la capitulation comme rebelles à la reine de Navarre, furent conduits à Pau et massacrés peu de jours après, dans leur prison. Tous les martyrs dans ces luttes fratricides n'ont pas été du côté des protestants. Le sang appelle le sang : Monluc fit massacrer la garnison de Montde-Marsan qu'il venait d'emporter d'assaut. A Moncontour, les catholiques firent une affreuse boucherie des huguenots en criant: c Sainte- Colombe ! Sainte^Colombe ! j>