‹ Les mémorialistes. MonlucChapitre 62 sur 102 · LA BOHEME MILITAIRE EN CAMPAGNE · texte numérisé non relu

LA BOHEME MILITAIRE EN CAMPAGNE

Quoi qu'on puisse penser du désintéressement réel de Monluc, ses théories à cet égard sont au moins à l'abri de toute critique. Mais elles n'offrent plus guère pour nous qu'un intérêt rétrospectif. L'avarice dont il essaie de détourner ses compagnons d'armes était, en son temps, chez un capitaine un défaut capital. La solde, allouée sur le papier par le roi, n'arrivait pas toujours à heure fixe : elle s'égarait quelquefois en chemin ; quand les soldats co mmençaient à tirer la langue, il fallait que le capitaine y allât de sa poche. On lui remboursait en dévouement ce qu'il avait dépensé en nourriture ou en vêtements. Les soldats n'étaient pas les seuls à tendre la main. Il y avait dans les camps une foule de gentilshommes faméliques qui erraient le nez au vent à l'heure des repas et quêtant l'odeur d'une table bien servie. On groupait ainsi autour de soi des amitiés qu'on retrouvait sur les champs de bataille. C'était l'ancien compagnonnage militaire, fondé sur la reconnaissance du ventre. Un capitaine habile se faisait

ainsi une popularité de bon aloi qui le portait ou le maintenait au premier rang. Bonivet, le fils de l'amiral, eut en ce genre une grande réputation. Il tenait ordinairement bonne et longue table servie à tous venants ; après le repas, cartes et dés égayaient l'assistance, toujours fort nombreuse. Aussi les capitaines ne manquaient pas à Bonivet: tous bien entretenus, piaffeurs, gorgias et vêtus de corselets dorés et gravés.

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