‹ Les mémorialistes. MonlucChapitre 66 sur 102 · UN ÉPISODE DU SIÈGE DE BOULOGNE. — CE QUE PEUVENT · texte numérisé non relu

UN ÉPISODE DU SIÈGE DE BOULOGNE. — CE QUE PEUVENT

l'Émulation et un sac de gros sous.

Il y a moins d'humanité que de prudence bien entendue dans ces recommandations de Monluc ; Le même sentiment le guide dans ses autres conseils. Ménager les épaules ou les reins des soldats, c'est bien ; avoir égard à leurs besoins, les garantir de la faim et de la soif, leur donner l'exemple des privations est encore mieux. En 1545, au siège de Boulogne, les pionniers manquaient pour mettre en défense un fort destiné à bloquer la ville. Les soldats, qui avaient leur point d'honneur, refusaient de travailler la terre, disant sans doute, comme les Espagnols, que Dieu ne les avait pas faits pour se baisser. Monluc, pour les décider à cet excès de dégradation, leur promit la même paie qu'aux pionniers (cinq sous), et comme une tentation aussi forte ne parvenait pas à les mettre en mouvement, il alla lui-même avec son frère,

(1) Comm. et lettres de B. de Monluc, t. I, livre i, p. 133.

son beau-frère, son cousin germain et quelques autres capitaines, mettre la main à la terre. A côté de la courtine où il travaillait, il fil mettre en évidence une barrique de vin, du pain; de la viande et un sac plein de gros sous. Le Gascon connaissait les hommes. Son exemple, son vin et ses gros sous produisirent un effet miraculeux. Il en vint d'abord quelques-uns timidement, puis d'autres, et encore d'autres. Le troisième jour, on refusait du monde ; le huitième, tout était fini.

— Cet exemple, dit Monluc après avoir raconté cette histoire, ai-je voulu écrire ici pour montrer aux capitaines qu'il ne tiendra aux soldats qu'ils ne fassent tout ce qu'on voudra; mais aussi il faut trouver les moyens de les y faire de bonne volonté et non de force. Mettez la main à l'œuvre le premier : votre soldat de honte vous suivra, et fera plus que vous ne voudrez. Que si vous venez aux injures et bastonnades, ce sera lors que dépités ils ne voudront plus mettre la main à ce qu'ils ne sont tenus, à quoi quelquefois la nécessité nous force. capitaines, mes compagnons, combien et combien de fois voyant les . soldats las et recrus, ai-je mis pied à terre afin de cheminer avec eux pour leur faire faire quelque grande traite ! Combien de fois ai-je bu de Teau avec eux afin de leur montrer exemple pour pâtir I Croyez, mes compagnons, que tout dépend de vous, et que vos soldats se conformeront à votre humeur, comme vous voyez ordinairement (1).

(1) Comm, et lettres de B. de Monluc, t. I, livre ii, p. 310.

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