‹ Les mémorialistes. MonlucChapitre 7 sur 102 · COMMENT UN FILS DE FAMILLE, AU XVI* SIECLE, QUITTAIT · texte numérisé non relu

COMMENT UN FILS DE FAMILLE, AU XVI* SIECLE, QUITTAIT

LA MAISON PATERNELE.

Son père, qui n'était pas d'humeur à nourrir une bouche inutile, l'arracha bien vite à ses épanchements de famille. Un beau matin, il lui mit un cheval d'Espagne entre les jambes, une couple d'écus dans la main, et d'un geste significatif lui montra la grand' route. Monluc ne se le fit pas dire deux fois. Depuis qu'il était de retour, la terre natale lui brûlait les pieds : jeune, robuste, plein d'une inaltérable confiance en lui-même, il crevait d'envie de courir les aventures, et son cœur bondissant d'aise prenait par avance possession du monde entier. Plus tard, quand lui-même eut des fils, il les mit à la même école, amère et fortifiante :

— Mes enfants ne sont si lâches de cœur qu'ils veuillent demeurer simples cadets de Gascogne et se contenter de manger la soupe grasse auprès de leur père, mais veulent prospérer tant en biens que en honneurs et pour parvenir veulent libéralement hasarder leur personne et vie comme j'ai fait (1).

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