‹ Les mémorialistes. MonlucChapitre 76 sur 102 · MONLUC SE MONTRE PARTISAN DES INVENTIONS NOUVELLES · texte numérisé non relu

MONLUC SE MONTRE PARTISAN DES INVENTIONS NOUVELLES

Au temps de sa prime jeunesse, Monluc fut, comme les autres, du parti des jeunes ; comme les autres et plus que les autres il fut, par son exemple, l'artisan convaincu de la révolution militaire qui s'accomplissait sous ses yeux : non qu'il n'ait eu sa part des préjugés de sa caste et de son temps : quand il dicte ses Commentaires et qu'il pense à « lou nase de Rabastens », il ne peut

tenir sa colère et montre le poing aux nouvelles armes :

— Que plût à Dieu que ce malhe.ureux instrument (rarquebuse) n'eût jamais été inventé, je n'en porterais les marques, lesquelles encore aujourd'iiui me rendent languissant, et tant de braves et vaillants hommes ne fussent morts de la main le plus souvent des plus poltrons et plus lâches, qui n'oseraient pas regarder au visage celui que de loin ils renversent de leurs malheureuses balles t)ar terre. Mais ce sont des artifices du diable pour nous faire enlre-tuer (1).

Il parle ainsi à soixante-dix ans et après une blessure à laquelle il ne pardonnait pas de lui avoir enlevé la moitié du visage. A ses débuts, il n'était ni assez chevaleresque pour se priver des armes à feu, ni assez peu avisé pour en méconnaître les avantages. A Cerisoles, il s'ingénia pour employer utilement les arquebusiers, et ce ne fut pas sa faute si les Espagnols avaient eu la même idée que lui.

— Si pensais-je être le plus fin capitaine de la troupe d'avoir inventé de mettre un rang d'arquebusiers entre le premier et le second rang, pour tuer les capitaines du premier ; et avais dit à M. de Tes trois ou quatre jours auparavant que plutôt que pasnin des nôtres mourût, je ferais mourir tous leurs capitaines du premier rang ; et ne lui voulus dire le secret jusqu'à ce qu'il m'eût baillé à conduire Tarquebuserie. Et alors il appela la Burthe, sergent-major, et lui dit que incontinent fisse élection des arquebusiers et qu'il les y mît. Et à la vérité je ne l'avais jamais vu ni ouï dire et pensais être le premier qui Teût inventé ; mais nous trouvâmes qu'ils avaient été

(l)Comm. et lettres de B. de Monluc,t. I, livre i, p. 52.

si escorts (avisés) que nous : car aussi ils y en avaient mis comme nous, lesquels jamais ne tirèrent, comme ne firent les nôtres que nous ne fussions de la longueur des piques. Là se fit une grande tuerie: il n'y avait coup qui ne portât (i).

ARQUEBUSES ET AUTILLERIË.

Quelques années après, quand le maréchal de Brissac commandait à son tour en Italie, Monluc lui donna le conseil de faire forger à Pignerol quatre cents arquebuse^ d'un calibre qui portait de trois à quatre cents pas, et ces armes perfectionnées, alors bien supérieures à la fabrication française, lui furent d'un grand secours au siège de Quiers en 1551. Quant à Tartillerie, elle était déjà d'un usage trop ancien peut-être pour qu'on puisse louer Monluc d'en avoir compris l'utilité. A tout le moins, il n'eut pas son pareil pour tirer son parti des maigres ressources qu'elle mettait alors à sa disposition, et lui-même remarque quelque part qu'au siège des places l'instruction ou le zèle des capitaines des gens d'armes laissaient grandement à désirer :

— Et ne faut pas trouver étrange si Monsieur de Terrides n'entendait guère à assiéger places, car je veux maintenir qu'il n'y a homme qui l'entende qu'un maître de Tartillerie qui longuement aura pratiqué et les commissaires de l'artillerie, un ingénieur, le mestre de camp et le colonel, si sont vieu& soldats : car en ces charges

(1) Comm, etleltres de B. de Moalac, 1 1, livre n, p. 277.

U faut qu'ils aient vu souvent telles choses ; tous les autres n'y entendent rien, ni le lieutenant du roi même sinon qu'il ait appris avec ceux-là, et allant reconnaître la place avec eux il prend connaissance et se fait sage pour assiéger les places, mais autrement non, car les capitaines des gens d- armes ne vont jamais voir reconnaître ni aux approches, mais se tiennent volontiers à la largue pour garder que secours ni autre chose ne puisse entrer dans la place. Et comment veut-on que les capitaines des gens d'armes le sachent, vu que jamais ils n'ont assisté à la reconnaissance ni entendu à la dispute qui se fait à la reconnaissance des uns et des autres : car là on se discourt à Tœil le fort ou le faible de la place. C'est la chose la plus difficile et la plus importante delà guerre : plusieurs sont bons et grands capitaines qui s'y trouvèrent empêchés : il faut avoir pratiqué cela, savoir que c'est des fortifications, remarquer et connaître le défaut d'un bastion, d'un éperon, d'un flanc, deviner ce que peut être fait dedans par ce que vous-même feriez si vous étiez dedans (1).

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