AUX REITRES ALLEMANDS
En art militaire Monluc est un moderne. S'il a quelquefois (bon sang ne peut mentir) les allures d'un capilan, il n'en a ni l'ignorance ni la folle présomption. Il ne connaît pas davantage l'avachissement du vieux soldat , type aujourd'hui disparu, qui ne savait que boire, changer de garnison et se battre. Il regarde, il observe, il compare, il apprend et il retient : il garde intacte jusqu'à la fin sa curiosité militaire, et les nou-
(1) Comm, etleltrei de B. de Moulue, t. III, livre v, p. 60-61.
veautés qu'il rencontre Tintéressenf assez jusque dans sa vieillesse pour qu'il les note au passage et en fasse son profit. La cavalerie française avait, en ce temps-là, des habitudes d'insouciance et de laisser-aller qu'elle n'a peut-être pas tout h fait perdues. Monluc, pendant les guerres de religion, vit de près les retires venus d'Allemagne au secours des huguenots, et put constater leur supériorité sur les nôtres.
— * Nos gens de cheval sortaient bien souvent, mais ils trouvaient toujours ces reitres si serrés dans les villages ^t enfermés avec des barrières, tellement qu*on ne pour vait rien gagner sur eux que des coups, et tous inconti* nent étaient achevai. A ta vérité ces gens-là campent en vrais gens 4e guerre^ il est malaisé de les surprendre : ils en sont plus soigneux que nous^ et encore plus de leurs armes et chevaux. Davantage ils sont plus épouvantables h la guerre, car on ne voit rien que feu et fer, et n'y a valet d'étables en leurs troupes qui ne se dresse pour le combat et ainsi avec le temps se font gens de guerre (i).