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INFANTERIE REINE DES BATAILLES

Le rôle, désormais prédominant, de l'infanterie dans les batailles, n'échappa pas non plus au coup d'œil, rapidement exercé, de Monluc. Dès sa seconde campagne, ce ne fut pas à la légère qu'il se jeta parmi les gens de pied ; il leur attribuait un avenir que jes événements ont justifié, et son

(1) CoTim, ei leUrefi\e B. de Monluc, t. 111, livre vu, p. 368.

intérêt personnel se trouva en cette affaire d'accord avec son expérience des choses militaires. Il eut assez de sang-froid pour résister en 1536 à l'attrait d'un commandetnent dans la cavalerie :

— Monsieur de BouUères me fît cet honneur de me ^présenter son guidon que je ne voulus accepter, ayant mis mon opinion sur les gens de pied plus que sur les gens de cheval, et me semblait que je parviendrais plutôt parle moyen d'infanterie (I).

'^ A Cerisoles où il faut toujours revenir parce que c'est un des points lumineux de la carrière de MonluCy il voulut combaltre à pied, la pique à la main, en tête de ses soldats, et ce fut son infanterie qui décida la victoire, qu'avaient compromise les charges furieuses et inconsidérées du duc d'Enghien. Comme il Ta remarqué lui-même, il eût .été à souhaiter qu'à Saint-Quenlin le connétable de Montmorency, petite cervelle et grand cœur, eût su utiliser ses gens de pied pour faire sans encombre sa retraite.

— 11 ne fallait que hasarder trois ou quatre cents arquebusiers auprès de Monsieur le maréchal de Saint- André, lesquels eussent bien gardé au comte d'Egmont de connattre du désordre qui était parmi le bagage, lequel était encore mêlé parmi la cavalerie : car il n'eu t jamais chargé ledit seigneur maréchal, s'il eût été armé de arquebuserie, de tant que ledit comte n'avait pas un homme de pied, et Monsieur le Connétable eût eu une grande demi-heure de temps à s'acheminer, comme il avait déjà commencé de faire, et cependant eût gagné le

(i) Comm. et letires de B. de Monluc» t. I, livre i, p. 126.

bois pour sauver son iafanterie, et lui se fût retiré avec toute sa cavalerie à la Fère : et ainsi ne se pouvaient perdre que les arquebusiers, avec partie de la cavalerie de M. le Maréchal, et valait mieux que cela se perdttque le chef et tout comme il fît (!)•

Malgré les leçons du passé, le préjugé en faveur delà cavalerie resta longtemps vivace en France; et bien que la part de cette arme dans le gain d'une bataille devienne de plus en plus problématique, elle garde encore aux yeux de la foule une sorte de prestige qui ne disparaîtra pas facilement.

PROJET DE CRÉATION d' AMBULANCES POUR LES SOLDATS BLESSÉS ET d'hôpitaux pour LES INVALIDES.

C'est presque toujours l'expérience qui suggère à Monluc les changements qu'il propose dans l'organisation militaire de son temps. Il avait trop vu de champs de bataille pour ne pas être ému du spectacle affreux que présentaient les blessés, gisant sur la terre nue, sans protection, sans abri, sanssoin; abandonnés àla rapacité des valets d'armée ou des paysans qui les achevaient pour se partager leurs maigres dépouilles. Il n'y a pas de dépense inutile de sensibilité au xvi® siècle, et la compassion des plus tendres a quelque chose de rêche et de rude qui ne s'accommode pas avec

(1) Comm. et lettres de B. de Monluc, t. I, livre m, p. i7047i.

notre délicatesse moderne. Mais Monliic luimême avoue que le cœur lui a plus d'une fois failli devant les misères de la guerre : il s'étonne qu'on n'ait pas songé, dans l'intérêt bien entendu de l'Etat, à sauver les soldats atteints légèrement, et, avec une clairvoyance mêlée de compassion qui lui fait honneur, il propose, bien avant Louvois, la création d'ambulances, d'hôpitaux militaires et de maisons de retraite pour les invalides.

— Certes, Sire, et vous qui êtes appelés aux grandes charges, une des principales choses dont vous devriez avoir soin, c'est d'établir des lieux pour les pauvres soldats estropiés ou blessés, tant pour les panser que pour leur donner quelque pension. Pouvez-vous moins faire puisqu'ils vous font présent de leur vie ? Cette espérance leur fait prendre le hasard plus volontiers. Certes, vos âmes en répondront, car elles n'auront pas plus de privilège que les nôtres et si vous en porterez encore plus, car vous nous faites faire les maux que nous faisons pour plaire à vos passions : et si Dieu n'a compassion de vous et de nous, ce sera une grande pitié. Sire, à l'honneur de Dieu, pourvoyez aux braves soldats qui perdent bras et jambes pour votre service. Vous ne les leur avez pas donnés, c'est Dieu. Pouvez-vous moins faire que de les aider à nourrir ? Pensez-vous que Dieu n'ait pas les malédictions qu'ils nous donnent, puisque nous les rendons toute leur vie misérables (1) ?

REMONTRANCE DE MONLUC SUR L AVANCIiMENT DES OFFICIERS

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