AU ROI CHARLES IX
Le caractère encore indécis et transitoire de
(1) Comm, et lellres de B. de Monluc, t. II, livre iv, p. 296-297.
184 BLAISE DE MONLUG.
Uorganisatioa militaire se faisait surtout sentir dans ravancement des officiers. Cette question si difficile avait à peine été abordée à une époque où Thomme tirait encore son importance plus de son origine et de ses aïeux que de sa valeur personnelle. Monluc, dont Tâme s'ulcérait au moindre passe-droit, était un trop petit gentilhomme de province pour ne pas avoir ressenti plus d'une fois les inconvénients du système en vigueur : il a consigné ses plaintes et les mesures qu'il propose pour un nouveau règlement de la matière, dans quelques pages de ses Commentaires, sous la forme d'une remontrance adressée au roi Charles IX.
— Encore que je sache bien, Sire, que Votre Majesté ne me fera pas cet honneur de vouloir entendre aucune lecture de mon livre : vous avez d'autres occupations et le temps trop cher pour remployer à lire la vie d*un soldat ; mais peut-être quelqu'un qui l'aura lue vous entretenant vous pourra faire quelque discours de ce qu'il aura trouvé. C'est cause que j'ai pris la hardiesse de vous faire celte remontrance, la lecture de laquelle vous supplie vouloir ouïr, d'autant qu'en icelui consistent les causes et malheurs que j'ai vu advenir en votre royaume depuis cinquante-deux ans que j'ai commencé à porter les armes, régnant votre grand-père le roi François, durant le règne duquel commença une coutume qui me semble n'être guère bonne pour votre service, l'expérience que j'en ai vu advenir me» le fait écrire dans ce livre, dont peut-être qu'après l'avoir entendu, Votre Majesté pourrait changer ladite coutume qui vous serait un grand bien pour l'exercice des armes de votre royaume. Un jeune prince comme vous et bien né, le plus grand et premier de la chrétienté, doit toujours apprendre des vieux capitaines. Vous êtes naturellement
martial et avec le cœur généreux : voilà pourquoi vous ne trouverez mauvais d'ouïr le discours d'un vieux -gendarme, votre sujet et serviteur (4).
l'avancempnt dans l'armée : réformes proposées '
par monluc.
La remontrance du vieux gendarme au roi Charles IX qui ne s'en soucia mie est une tentative curieuse pour assujettir Tavancement dans l'armée à des règles fixes et certaines. Rien n'était plus, capricieux que cet avancement, depuis la constitution de la nouvelle armée qui avait en partie remplacé les anciennes milices féodales : la faveur y avait part autant que le mérite, et un appui sérieux à la cour avait plus de poids auprès du maître que les services les plus glorieux et les dévouements les plus obstinés. Bien que Monluc n'eût pas eu, pour sa part, à se plaindre outre mesure de la fortune, ces injustices échauffaient sa bile, naturellement acre et violente. Il en veut aux courtisans habiles à remonter leurs montres, et incîipables de poser un gabion ou de tirer une arquebusade ; il s'en prend même, en vieux gendarme peu galant, aux dames de la cour, au milieu desquelles il promenait rarement son visage renfrogné :
— Je vois que pour le premier qui vous demande un (t) Comm.et lettres de B. de Monluc, t . UI, livre vu, p. 457-458.
gouvernement de quelque place, une compagnie de gens d'armes, une compagnie de gens de pied, un état de mestre de camp, sans considérer quelle perte et quel dommage peut advenir à votre royaume et à votre personne propre, facilement vous lui accordez, voire même à la requête de la première dame qui vous en prie et qui vous aura peut-être entretenu le soir au bal: car quelques affaires qu'il y ait, il faut que ce bal trotte. Sire, elles n'ont que trop de crédit en votre cour (I).