‹ Les mémorialistes. MonlucChapitre 86 sur 102 · AUX OFFICIERS · texte numérisé non relu

AUX OFFICIERS

Quand on vit intimement avec lui, on est même surpris de sa largeur d'esprit : ce qu'il pense de l'instruction & donner aux officiers n'est point si banal qu'on ne puisse encore le transcrire :

(1) Comm, et leUres 4^ B. de Monluct. Il, livre m, p. 118.

200 BLÂISE DE MONLUG.

— Vous, Messieurs, qui avez le moyen et qui voulez pousser vos enfants, croyez que c'est une bonne chose de leur faire apprendre, s'il est possible, les langues étrangères : cela sert fort soit pour passer, soit pour se sauver, soit pour négocier et leur gagner le cœur (1).

Il parlait avec aisance, comme tous ses compatriotes, ayant eu, dit-il, ce don de Dieu, bien qu'il ne fût pas grand clerc, et quelques-unes de ses harangues, au moins celles qui ne sont pas travaillées à la romaine, sont fort belles. Il eût souhaité la même facilité d'élocution à tous les capitaines, et leur recommande en termes pressants l'étude des lettres. Il n était pas de ceux qui en nient Tutililé parce qu'ils ont pu s'en passer.

— Et crois que c'est une très belle partie à un capitaine que de bien dire : je n'ai pas été nourri pour cet effet, mais encore ai-je eu ce bonheur de pouvoir exprimer en termes de solîat ce que j'avais à dire avec assez de véhémence qui sentait le pays d'où je suis sorti. Je vous conseille, seigneurs, qui avez le moyen et qui voulez avancer vos enfants par les armes, de leur donner plutôt les lettres : bien souvent, s'ils sont appelés aux charges, ils en ont besoin et leur servent beaucoup : et crois qu'un homme qui a lu et retenu est plus capable d'exécuter de belles entreprises qu'un autre : si j'en eusse eu, j'en eusse fait mon profit : encore avais-je assez de naturel pour persuader le soldat de venir au combat (2).

(1) Comm, et lettres de B. de Monluc. t. III, livre y, p. i2.

(2) Comm, et lettres de B. de Monluç, t. UI, livre vi, p. 206.

Page 1