ESPRIT NATUREL DE MONLUG
Le naturel aiguîsé par un demi-siècle de dure expérience, voilà ce qui éclate à chaque ligne des Commentaires. Libre à Monluc de regretter Timperfection de ses études premières. Nous qui l'avons suivi depuis le jour où il fut lâché, franc du collier, comme un jeune poulain à travers le monde, nous ne sommes pas obligés de partager son avis, et nous nous réjouissons que le pédantisme n*ait pas eu le temps de le gâter. Comme tous ses contemporains, il parle des anciens, mais, Dieu merci, il ne les connaît pas. Il n'est pas assez savant poumons jeter Polyen ou Frontinà la tête, et le peu qu'il en dit se réduit à des allusions discrètes aux noms célèbres. Il a ainsi gardé intacte sa verve naturelle, fleur précieuse que Tindigeste érudition du temps n'aurait pas manqué de flétrir, et avec elle un robuste bon sens qui a fait, malgré tout, bon ménage avec sa vanité. Cette qualité qu'il tenait de son origine quasipopulaire l'empêcha d'avoir, complètement après son élévation, les allures d'un parvenu : il fut toujours plus glorieux que sufflsant, et son humeur satirique s'exerça plus d'une fois sur ceux qui ne savent pas sacrifier leur rang et leur dignité aux nécessités du moment :
— ...La vanité du monde est si grande qu'il sembla
que c'est se rabaisser, si on ne marche toujours avec toutes les pièces qui appartiennent à la principauté, et cependant on fait force pas de clerc. Il vaut mieux marcher en simple gentilhomme et non pas faire le prince et faire bien que non pas se tenir sur le haut bout et être cause de quelque désordre et malheur (1).