COMMENT ET POURQUOI MONLUC A DICTÉ SES COMMENTAIRES
Monluc détestait les écrivailleurs : il leur attribuait en partie les maux de la guerre civile, et il en eût fait volontiers brancher une demi-douzaine par passe-temps : aussi n'a-t-il pas cherché à les imiter. Son livre est un livre parlé et non écrit* Brantôme nous raconte qu'il eut quelquefois occasion de causer avec lui, et que c'était merveille de l'ouïr discourant sur les guerres du temps jadis;
Nous n'avons pas à enVier' Brantôme., Monluc a pris soin de nous réserver le même plaisir. Il y à des hommes ^ue Taclion .dédouble, et qui sont aussi vibrants à l'heure des grandes résolutions qu'ils sont mornes et' passifs dans la vie ordinaire. C^est un feu qui couve sous la cendre pour ne lancer^ que par : échappées quelques jets de flamme rapides et brillants. Monluc n'appartient pas à cette race-là ; chez lui le foyer, toujours à découvert, est inextinguible. Il avait au plus haut degré ce qui caractérise les véritables organisations militaires, têle brûlante et cerveau froid. Par bonheur, il était aussi Gascon, bavard et vantard. Il a revécu sa vie pour nous et pour le soin de sa gloire, et, la revivant, il en a, à chaque étape, ressuscité les passions. Il est là, à chaque page, comme dans la réalité, actif, inquiet, haletant, l'esprit plein de ses devoirs et de sa responsabilitéy rêvant la nuit de batailles imaginaires après s'être battu toute la journée, et incapable de reposer tranquille pour le moindre projet qu'il avait en tête. Du saog-froîd, il en avait, et dû meilleur, au moment décisif; mais Faction était toujours précédée chez lui d'une sorte d'angoissé qui le rendait plus nerveux et plus remuant que jamais. Il ne comprenait pas bien qu'un général pût dormir la veille d'une bataille, et pour sa part il lui fut toujours impossible sur ce point d'être un autre Alexandre. On retrouve dans soti récit celte sorte de trépidation nerveuse qui ùe le quitta pas jusqu'à la fin de sa vie. A tant d'années
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de distance et quand les choses sont accomplies , il semble qu'il soit encore inquiet de l'issue qu'elles vont prendre : il dicte en levant le bras et en faisant le geste de frapper, comme il avait fait en présence de François P' avant Cerisoles. Ses secrétaires avaient peut-être peine à suivre sa parole agile et pressée ; mais à coup sûr ils n'ont pas dû s'ennuyer ; et, si mutilé qu'il fût, ils ont dû plus d'une fois, au récit de certains faits d'armes, regarder avec stupeur ce vieux débris, presque indestructible, de l'ancienne génération.