A Dictionary ofmusic and musicians, t. II, p
le style et l'humeur, mais n'ont aucun rapport avec l'art musical et par conséquent, ne peuvent, à mon grand regret, trouver place ici. Celles qui suivent et qui proviennent de madame Hensel et de Félix sont des plus intéressantes.
DE FANNY
t 17 août 1843.
]& L'interminable affaire de Félix est enfin réglée; le roi a signé et, s'il plaît à Dieu, nous entendrons de belle musique cet hiver. Ne te chagrine pas de n'y point assister; nulle symphonie ne peut remplacer le ciel bleu que lu vas voir ; nulle belle voix ne vaut celle de la mer. Naples est le plus magnifique air de bravoure, et Pompéi le plus beau Requiem que Dieu ait composés. On ne s'en lasse pas! }>
a 18 octobre.
> J'ai cette fois d« jolies choses à te raconter*L^Son^^ d'une Nuit d'été a été « rêvé » au palais neuf, et, si je ne fais partir cette lettre que ce matin, c'est pour te rendre compte de la première représentation qui a eu lieu hier soir. C'était fort beau et la musique était enchanteresse. 11 faut que je reprenne les choses d'un
1» LES MENDeLSSOSN*BARTHOLDY.
peu plos haut. La semaine passée, les artistes de Leipzig sont venus ici pour assister à la fête : Hiller, David, Gade, et un charmant petit Hongrois de douze ans, Joachim, lequel est déjà un violoniste si habile, que David n'a plus rien à lui apprendre ; ce bambin est si raisonnable, qu'il voyage seul et descend seul dans les hôtels. La représentation ayant été retardée de deux jours, nous avons passé avec ces joyeux compères, auxquels est venu se joindre Eckert, deux soirées très amusantes et notamment une chez Paul, où tout ce qui violonise violonisa, et où tout ce qu'on peut jouer se joua. Malheureusement, nous n'avions pas la plus petite voix pour chanter le plus petit Lied; nous n'étions que des âmes instrumentales. Le samedi, émigration générale à Potsdam . J'étais assise à côté de Tieck, qui te salue cordialement et qui a été pour moi un aimable et agréable voisin. La représentation m'a émve au dernier point, car jamais maman ne m'a été aussi présente à l'esprit; je m'attendais à tout instant à l'entendre rire! Toi aussi, ma chérie, tu me manquais. — Les costumes sont la seule chose non réussie à cause de l'entêtement de Tieck, qui s'obstinait à les vouloir espagnols du xvii^ siècle. Les enfants cle l'école de danse figuraient les Elfes ; ils étaient diamants. La scène qui fait le plus d'eifet, c'est la dernière, après que la cour s'est éloignée au son de la marche nuptiale qui diminue peu à peu d'intensité et Inetombe dans le thème de l'ouverture, pendant que Puck et les Elfes reviennent occuper le théâtre. C'est
beau à crier! Les enlr'actes sont tous de vrais chefsd'œuvre, et ont été exécutés dans la perfection. Jamais je n'ai entendu d'orchestre jouer aussi pianissimo. » Félix a été acclamé et rappelé, mais il ne s'est pas montré. La Hager l'a excusé. Tous les morceaux ont été remarqués et applaudis ; l'ouverture a superbement marché, comme tout le reste. N'est-ce pas curieux que sa première œuvre de jeunesse, celle qui a fondé et propagé sa renommée, soit de nouveau glorifiée sous une autre forme ? Hier, nous nous remémorions comme de tout temps le Songe d'une Nuit d'été a été honoré chez nous; comme, à des âges divers, tious en avons joué tous les rôles, depuis «elui deFleurdes-fèves jusqu'à ceux d'Hermia et d'Hélène. Nous avons grandi avec le Songe d'une Nuit d'été, et Félix l'a fait sien ; il en a rendu tous les caractères comme Shakspeare, dans sa veine intarissable, les a conçus et produits, depuis la superbe et pompeuse marche nuptiale, jusqu'à la grotesque marche funèbre pour la mort de Thisbé. Cette marche m'offusque et me scandalise; jusqu'à la fin, j'ai refusé d'y croire. C'est une colossale impertinence que de s'être permis de l'olfrir au public. J'en suis étonné de la part de Félix. »
Madame Hensel avait tort déjuger aussi sévèrement cette plaisanterie musicale qui s'adapte parfaitement à la scène tragi-comique qu'elle accompagne. Qu'on ne la joue pas dans les concerts, cela se conçoit; mais, dans la représentation scénique, elle vient à propos et occupe fort bien sa place. Voyons maintenant ce que
184 LKS MENDELSSOHN-BARTIIOLDY.
Félix dit de son œuvre dans sa lettre à Rébecca, du 29 octobre :
« Le Songe d'une Nuit d'été a douze numéros, La marche funèbre pour la mort de Thisbé est tout à fait dans le genre de mes préludes dont tu as tant ri. Elle est jouée parla clarinette, le basson et les timbales, mais cela ne peut se décrire; Eckert, qui part pour Rome, t'expliquera le Songe dune Nuit dété mieux que ne peuvent le faire les journaux. Je t'assure qu'à chaque répétition et à chaque représentation, j'ai bien regretté ton absence; tout cela était réellement fait pour ton bec; tu te serais réjouie avec nous de ce qui a réussie comme tu te serais fâché, avec nous de ce qui a été manqué. Ce qui m'amuse, c'est de voir que les Berlinois sont fous de notre pièce favorite du vieux William. On l'a donnée hier pour la septième fois à Berlin, en dix jours, et, pour demain, il n'y a pas une place à avoir, d'après ce que m'écrit Paul. Mais il faut que cette lettre soit sublime, puisqu'elle doit aller à Rome, cette délicieuse Rome y pour parler comme Berlioz. A propos ! il écrit maintenant, dans le Journal des Débat s y la relation de son voyage en Allemagne, et ses articles font bondir les carnassiers musicaux. Il y insère tout. Je m'étonne qu'il n'ait pas encore parlé de Christel et de Jette (ses domestiques). Ses articles font le bonheur de Cécile. Dernièrement, David lui a apporté le Journal des Débats, dans lequel se trouve ma lettre écrite en mauvais Irarçais, et elle en a ri aux larmes. »
DE FANNY
c 31 octobre.
3> Ad vocem Shakspeare. Je voudrais pouvoir l'envoyer quelques échantillons du jugement que Ton prête à Berlioz sur le Songe d^une Nuit d'été. C'est stupéfiant! Hier, chez Steffer, nous nous sommes étonnés en chœur de ce que, après tant d'éditions et de traductions imprimées, publiées et vendues tous les ans, si peu de personnes connaissent la pièce. Ces jours-ci, Magnus a entendu dans un restaurant, de jeunes élégants discuter entre eux lequel de Tieck ou de Shakspeare en est l'auteur. Je crois même que l'un d'eux a prétendu que c'est Shakspeare qui Ta traduite en anglais... Des gens du grand monde accueillent d'un air pincé, rechigné les plaisanteries des ouvriers et surtout la tête d'âne ; Tautorité du roi, qui couvre ces folies de son manteau d'hermine, ne les empêche pas de proférer tout haut leur déplaisir. Ainsi, lorsque, après la première représentation, Félix alla souper au palais neuf chez le roi, un gros monsieur, plus chargé de décorations que de cervelle, lui dit : « C'est dommage, de prodiguer votre belle musique à une pièce aussi bête! ))